La libération de Paris : derniers combats

Date de publication : mai 2015

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Contexte historique

La place de la Concorde, un « nid de résistance allemande »

Effectuée du 19 au 25 août 1944, la libération de Paris est le résultat conjoint de l’avancée des troupes alliées depuis la Normandie et de l’action de la Résistance au cœur de la capitale. Après plusieurs jours de grèves, d’insurrections populaires plus ou moins sporadiques et d’actions de guérilla menées de l’intérieur, la ville est partiellement et fragilement reconquise (au tiers) le 23 août. L’entrée décisive des forces militaires, menées notamment par la 2e DB (division blindée) du général Leclerc, intervient quant à elle le 24 août. Dans le contexte inquiétant du projet de destruction totale de Paris ordonné par Hitler le 23 août mais non exécuté par Dietrich von Choltitz, gouverneur militaire de Paris, les combats sont âpres et soutenus.

Au matin du 25 août, certains quartiers restent contrôlés par les nazis, notamment la place de la Concorde, considérée comme un véritable « nid de résistance allemande ». Le général Choltitz a, quant à lui, installé son poste de commandement à l’hôtel Meurice, rue de Rivoli, et une grande part des troupes encore opérationnelles dans la capitale à ce moment-là (environ dix mille hommes) était basée au jardin des Tuileries.

Menée par la 2e DB et les FFI, l’attaque débute à 13 h 15 par la rue de Rivoli. Dirigée par le capitaine Branet, le capitaine Julien et le lieutenant Bricard, l’opération donne lieu aux plus violents combats de la libération de Paris. Après plusieurs heures, la place de la Concorde et le jardin des Tuileries sont enfin repris, précipitant la capitulation allemande.

À côté de Robert Doisneau, Henri Cartier-Bresson ou Willy Ronis, de simples spectateurs prennent de nombreux clichés de la libération de la capitale. Cette image offre un document précieux sur les circonstances historiques et l’état d’esprit des Parisiens.

Analyse des images

Au cœur des combats

Prise dans l’après-midi du 25 août, cette photographie nous plonge dans cette journée particulière qui mêle joie des Parisiens et derniers affrontements. La prise de vue à hauteur d’homme, la proximité de certains passants (un Parisien à vélo surgit même dans le cadre, sur la gauche, à 1 ou 2 mètres du photographe) et le rendu du mouvement de la foule témoignent en effet de l’urgence et de la soudaineté d’une situation captée sur le vif, dans toute son intensité dramatique.

L’image est néanmoins organisée autour d’une perspective qui suit une sorte de trottoir central sur lequel les barricades installées sur la place et deux lampadaires dessinent une ligne transversale, qui débouche elle-même sur l’espace plus dégagé de la place.

Le long de cette ligne, plusieurs habitants habillés en civil (l’un d’eux, au premier plan, porte un brassard de FFI) tentent d’échapper aux coups de feu des tireurs allemands postés dans quelques-uns des bâtiments qui entourent la scène. Certains se couchent au sol, d’autres, comme cette femme en blanc qui regarde l’objectif, se cachent derrière les lampadaires. D’autres encore s’abritent derrière les barricades de bois et de barbelés. Des passants se sauvent aussi en courant, courbés et craintifs, en direction du photographe.

À l’arrière-plan, au centre, on aperçoit une foule plus compacte et plus indistincte ainsi que deux chars alliés au bout de la rue Royale, qui donne sur la place et vers laquelle les canons sont pointés.

Interprétation

La guerre en ville

Prise par un anonyme au cœur de la foule réunie sur la place de la Concorde, cette photographie s’inscrit dans un « paysage » parisien on ne peut plus identifiable. La place et ses bâtiments haussmanniens donnent ainsi un cadre exceptionnellement symbolique à la scène représentée. La ville des Lumières et de l’amour, du luxe et d’une certaine image universelle de la France devient le théâtre de combats âpres et violents. Relativement épargnée jusqu’alors pendant la Seconde Guerre mondiale, elle accueille à son tour la guerre (les chars), la peur et les balles, trouvant peut-être ici indirectement un fait d’armes à mettre à son actif.

Dans l’urgence et le danger, les éléments familiers de la vie urbaine et parisienne prennent alors une autre signification, inédite et assez marquante. Le lampadaire sert à se couvrir, les fenêtres s’ouvrent sur la mort et les tirs, la foule se meut d’une manière différente, offrant un motif esthétique et historique au photographe.

Enfin, l’image témoigne de la situation assez confuse qui prévaut encore le 25 août, dernier jour des combats. Si, la veille, les Alliés sont bien entrés dans la ville par le sud (la 2e DB pénètre par la porte d’Orléans), si les chars sont bien présents, si les Parisiens osent venir fêter les libérateurs, l’ennemi n’est pas encore totalement vaincu et la reddition n’a pas eu lieu. L’attroupement joyeux, la possibilité hautement symbolique de se réapproprier l’espace urbain côtoient encore, pour quelques heures, la menace et l’oppression bien réelles des troupes nazies. Deux mille huit cents civils et plusieurs centaines de militaires ont d’ailleurs été tués durant la libération de Paris, dont quelques dizaines en ce 25 août.

Bibliographie

AZÉMA Jean-Pierre, Nouvelle histoire de la France contemporaine. XIV : De Munich à la Libération (1938-1944), Paris, Le Seuil, coll. « Points : histoire » (no 114), 1979.

CLÉMENT René, Paris brûle-t-il ?, film franco-américain, 1966.

KIM Jacques, La Libération de Paris : les journées historiques du 19 au 26 août 1944 vues par les photographes, Paris, Artra, 1944.

LAPIERRE Dominique, COLLINS Larry, Paris brûle-t-il ? Histoire de la libération de Paris (25 août 1944), Paris, Robert Laffont, coll. « Ce jour-là », 1964.

THOMAS Édith, La Libération de Paris, Paris, Mellottée, 1945.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « La libération de Paris : derniers combats », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 21 septembre 2018. URL : http://www.histoire-image.org/fr/etudes/liberation-paris-derniers-combats
Commentaires
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Fran le 13/05/2015 à 05:05:40
Bravo de ne pas donner dans le mythe de "Paris brûle-t-il ?", inventé par des journalistes en 1964 et devenu une plante vigoureuse.
Mais comme tout le monde l'a en tête, il conviendrait de prendre ses distances.
Comment voter contre le bolchevisme ? Adrien BARRIÈRE (1877 - 1931)  1919 Bibliothèque de documentation internationale contemporaine / MHC