Louis XIII en majesté

Date de publication : Février 2018

Inspecteur d'Académie Directeur académique adjoint

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Contexte historique

Un portrait officiel du roi

On ignore quand Philippe de Champaigne réalise ce portrait du roi Louis XIII. Il s’agit probablement d’une toile du milieu des années 1630, si on en juge par l’aspect du visage du souverain. Né en effet avec le siècle (1601), Louis XIII apprécie particulièrement le talent du peintre d’origine flamande, dont il fait son peintre officiel et à qui sont commandés de nombreux portraits du roi. Artiste connu et reconnu, Philippe de Champaigne se distingue par sa capacité à peindre les visages dans une veine naturaliste, dans le sillage de ce qu’un autre Flamand, Frans Pourbus le Jeune, avait introduit à la cour de France sous Henri IV et Marie de Médicis. Marie de Médicis, mère de Louis XIII, puis Richelieu, cardinal et principal ministre, s’attirent eux aussi le concours du portraitiste, qui s’illustre par ailleurs dans les sujets religieux et les paysages.

La toile a probablement été abîmée dans sa partie haute, ce qui explique le raccord visible à partir du sommet du sceptre.

Analyse des images

Les attributs de la majesté

Assis dans un fauteuil curule, le monarque participe de deux imaginaires, celui de l’Antiquité qui fonde la double légitimité du pouvoir, auctoritas et potestas, et celui de la monarchie française revitalisée par la dynastie des Bourbons à partir de 1589. La mine du roi est similaire à celle du portrait conçu en 1635 pour la Galerie des Hommes illustres du Palais Cardinal : le visage est allongé, les traits rehaussés d’une moustache en croc et d’une fine barbiche, la chevelure est détachée pour onduler sur les épaules. Philippe de Champaigne peint Louis XIII à un âge très proche de celui du portrait de 1635. Pourtant, l’armure a fait place au manteau du sacre et le peintre donne à voir une autre image de la souveraineté.

Louis XIII apparaît en costume antique (lambrequins descendant sur la cuisse et brodequins aux pieds) et paré du lourd manteau du sacre. Sa jambe droite se dévoile nue parmi les plis du manteau et constitue par la suite un motif récurrent du portrait royal en costume du sacre. Le manteau bleu se déploie jusqu’aux marches de l’estrade sur laquelle trône littéralement le roi. Doublé d’hermine, il reprend le motif héraldique de la monarchie de France (fleurs de lys d’or sur champ d’azur). Le chaperon d’hermine recouvre les épaules du roi et met en valeur le grand collier de l’ordre du Saint-Esprit. La couronne fermée, symbole de l’empire sur le monde, est posée sur un coussin placé à mi-hauteur sur un meuble recouvert d’un drap de velours cramoisi. Louis XIII tient en sa main droite le sceptre dit « de Charlemagne », en usage lors des sacres royaux depuis le XIVe siècle, et pose sa main gauche sur sa couronne, laissant battre à son côté l’épée dont on aperçoit la garde et la poignée.

Interprétation

Dire le pouvoir souverain

La pose hiératique renforce la solennité d’une peinture où la souveraineté respire à travers le corps mortel du roi. Les regalia, ensemble des objets symboliques de la monarchie, confèrent à Louis XIII une force quasi surnaturelle parce que d’origine divine. Leur utilisation lors de la cérémonie du sacre confirme la dimension implicitement religieuse d’une telle représentation du roi en majesté.

La réaffirmation de la souveraineté royale à travers l’imaginaire du sacre et du sacré est particulièrement opportune durant les années 1630, au moment où Louis XIII et son principal ministre Richelieu se livrent à une politique d’expansion de l’influence française en Europe. Après avoir réduit les protestants français à l’obéissance et leur avoir retiré leurs privilèges politiques, tout en obtenant des grands seigneurs qu’ils mesurent progressivement (et parfois violemment…) leur bénéfice à défendre l’intérêt du roi plutôt que le leur, Louis XIII et Richelieu finissent en 1635 par déclarer une « guerre ouverte » à la dynastie rivale, celle des Habsbourgs. Peindre le prince en majesté dans ce contexte, c’est rappeler que les choix du roi sont guidés par une inspiration qui ne doit rendre de compte qu’à Dieu.

Philippe de Champaigne reprend les éléments de son tableau de Louis XIII en costume du sacre conservé dans les collections royales anglaises, mais il montre ici le roi assis et avec le sceptre de Charlemagne. Cette spécificité sera reprise dans les tableaux en majesté de Louis XIV enfant, avant que celui-ci ne soit à nouveau représenté debout, comme dans le célèbre portrait réalisé par Hyacinthe Rigaud.

Bibliographie

Pierre CHEVALLIER, Louis XIII, roi cornélien, Fayard, Paris, 1979.

Bernard DORIVAL, Philippe de Champaigne (1602-1674) : la vie, l’œuvre et le catalogue raisonné de l’œuvre, Laget, Paris, 1976.

Louis MARIN, Philippe de Champaigne ou la présence cachée, Éditions Hazan, Paris, 1995.

Jean-Christian PETITFILS, Louis XIII, Perrin, Paris, 2008.

Gérard SABATIER, Le Prince et les arts. Stratégies figuratives de la monarchie française de la Renaissance aux Lumières, Champ Vallon, Seyssel, 2010.

Alain TAPIÉ et Nicolas SAINTE FARE GARNOT (sous la dir.), Philippe de Champaigne (1602-1674). Entre politique et dévotion, Éditions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 2007.

Pour citer cet article
Jean HUBAC, « Louis XIII en majesté », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Mai 2018. URL : http://www.histoire-image.org/fr/etudes/louis-xiii-majeste
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