La mort de Louis XIV

Date de publication : septembre 2015

Université d'Evry-Val d'Essonne

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Contexte historique

La longue agonie du Roi-Soleil

Au cœur de l’été 1715, Louis XIV approche de ses 77 ans. Le souverain souffre de multiples maux, en particulier de crises de goutte. Le 14 août, il ressent un grand état de fatigue et le marquis de Dangeau (1638-1720) évoque son épuisement : « Il me parut en se déshabillant un homme mort. Jamais le dépérissement d’un corps vigoureux n’est venu avec une précipitation semblable à la maigreur dont il était devenu en peu de temps. Il semblait, à voir son corps nu, qu’on en avait fait fondre les chairs. »

Georges Mareschal (1658-1736), premier chirurgien du Roi depuis 1703, et Guy-Crescent Fagon (1638-1718), premier médecin du Roi à partir de 1693, peinent à établir un diagnostic, estimant qu’il s’agit d’une sciatique ou d’un mauvais érysipèle (infection de la peau) à cause de rougeurs aux jambes. Des massages, des bains d’herbes aromatiques, du quinquina ou encore du lait d’ânesse sont prescrits, mais ils ne calment ni la douleur ni la fièvre. Le 24 août, le duc de Saint-Simon (1675-1755) observe qu’on « visita sa jambe, où il parut des marques noires » : la gangrène est diagnostiquée. Le roi est perdu ! Il reste alité, agonisant. Louis XIV meurt le 1er septembre 1715 à 8 h 15.

Cette gravure, sans nom d’auteur ni de graveur et sans indication de publication, appartient à la série d’objets (médailles, tableaux, estampes…) commémorant la mort du roi. Elle est probablement destinée à un livre de pompes funèbres réalisé selon des modèles antérieurs, mais avec quelques décalages par rapport à la réalité. Contrairement au titre, il ne s’agit pas de la chambre du trépas, mais de la chambre du service funèbre. En effet, Louis XIV meurt dans la chambre installée depuis 1701 au centre du premier étage du palais, face au soleil levant, alors que la gravure représente le salon de Mercure. C’est un cercueil ceint d’une couronne qui est exposé, et non le corps « physique » du roi. Cette démarche rompt avec la tradition qui consiste à exposer une effigie de cire du souverain, incarnant le corps « mystique », celui qui ne meurt jamais.

Analyse des images

L’adieu au roi Très Chrétien

La chambre funéraire est installée dans le salon de Mercure, également appelé chambre du Lit car il servait de chambre de parade et d’audience. Il se situe au cœur du Grand Appartement du Roi, une enfilade de sept salons dont les noms se réfèrent aux planètes du système solaire. À partir du 3 septembre, les membres de la famille royale, les grands du royaume et les diplomates peuvent se recueillir. La gravure illustre cet hommage et le décor du salon du Mercure, même si certains éléments sont délaissés, comme les voussures peintes par Jean-Baptiste de Champaigne (1631-1681).

Le décor est fastueux, avec un lit à la duchesse agrémenté de parements en velours noir et satin blanc, recouverts d’hermines et de fleurs de lys. Deux autels sont placés de part et d’autre du lit, « l’un pour y dire les cinq grandes messes de requiem en musique et l’autre pour les cent messes de l’oratoire, vêpres et office divin », avec les armoiries de France et un important mobilier liturgique : dais, candélabres, cierges, crucifix, bénitier… Le service divin et la veillée funèbre sont assurés par des aumôniers du Roi et des moines feuillants présents à droite du lit.

Les personnes représentées appartiennent à la Maison civile du Roi, qui regroupe plusieurs départements dirigés par de grands officiers. Sept gentilshommes de la Chambre sont assis, vêtus d’une robe à capuche comme les quatre valets à côté de la fenêtre. Des pages, jeunes nobles attachés au service du Roi, restent debout, non loin des gardes suisses munis d’une hallebarde. Ceux-ci sont en poste dans le salon d’Apollon, transformé en antichambre. Les hauts dignitaires, en tenue de deuil, défilent devant le lit pour l’aspersion du cercueil. Ils sont accueillis par un aumônier et un héraut d’armes, qui présentent le carreau d’eau bénite et le goupillon.

Interprétation

Le cérémonial de la mort

Le lendemain de la mort du roi, le 2 septembre 1715, la succession s’ouvre au Parlement de Paris. Le duc Philippe d’Orléans (1674-1723), neveu de Louis XIV, est déclaré régent de France pendant la minorité du jeune Louis XV, arrière-petit-fils du roi défunt. Les premiers conseils se tiennent à Versailles dès le 3 septembre.

Le corps du roi est autopsié. Cette opération est réalisée dans l’antichambre de l’Œil de bœuf, qui jouxte la chambre du Roi. Le procès-verbal confirme qu’on « a trouvé l’extérieur du côté gauche gangrené depuis l’extrémité du pied jusqu’au haut de la tête ». Médecins et chirurgiens procèdent ensuite à l’éviscération préalable à l’embaumement. La dépouille est déposée dans un cercueil de plomb, glissé à son tour dans un cercueil de chêne.

Le 4 septembre, les entrailles du souverain sont déposées en la cathédrale Notre-Dame de Paris. Deux jours plus tard, le cardinal de Rohan transporte son cœur dans la Grande Galerie de l’église des Jésuites, rue Saint-Antoine à Paris. Le 9 septembre, le jeune Louis XV quitte Versailles pour Vincennes. Le soir, le convoi funèbre accompagne le cercueil de son bisaïeul vers la basilique de Saint-Denis.

Bibliographie

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Pour citer cet article
Stéphane BLOND, « La mort de Louis XIV », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 16 novembre 2018. URL : http://www.histoire-image.org/fr/etudes/mort-louis-xiv
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