La mort de Roland | Histoire et analyse d'images et oeuvres

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La mort de Roland

Date de publication : décembre 2019

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Contexte historique

Le mythe de Roncevaux

Seul épisode fameux du règne de Charlemagne qui n’implique pas directement le futur empereur d’Occident, la mort tragique de Roland au col de Roncevaux est un sujet littéraire puis pictural prolifique mais un événement très incertain sur le plan historique : son lieu exact, voire son existence, font encore débat. Révélée après la mort du roi par la Vie de Charlemagne d’Eginhard et surtout mythifiée par la Chanson de Roland, la bataille se serait déroulée le 15 août 778. Elle aurait opposé l’arrière-garde de l’armée franque commandée par le préfet de la marche de Bretagne et, selon les sources, soit les Sarrazins menés par les fils de Suleyman, pris en otage par Charlemagne, soit des Vascons. Achille Etna Michallon (1796-1822), fils de sculpteur et élève un temps de Jacques-Louis David, s’est spécialisé dans les paysages historiques. Ce genre qui lui offre le Prix de Rome en 1817 et la commande officielle pour la Galerie de Diane du château de Fontainebleau d’un tableau sur la mort de Roland, achevé en 1819. Michallon est témoin de la revisitation du Moyen Âge par les artistes romantiques, mais reste un peintre néo-classique qui est intéressé à la fin de sa courte vie par la peinture de paysages d’après nature, en plein air et non en atelier.

Analyse des images

Lyrique sacrifice

Fidèle à sa manière, Michallon a refusé de peindre une scène de bataille pour privilégier sa vision de la nature pyrénéenne – qu’il n’a jamais contemplée – et se focaliser sur la mort solitaire du héros. Ce dernier a été placé juste en-dessous du centre de la toile, un ravin ocre illuminé par le soleil qui signale le lieu où a été tendu le piège. C’est contre cette roche qui a signé la fin de sa vie que Roland, dans un dernier sursaut d’énergie, frappe son épée – que la Chanson de Roland a nommée Durandal au XIe siècle. Il est soutenu par un compagnon qui est soit le comte du palais Anselme le Preux, également tué lors de la bataille, soit plus probablement Olivier, beau-frère de Roland, qui le protège de son bouclier. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre d’un peintre qui a manifestement une connaissance de l’épopée servant de source principale à la bataille, Roland n’est pas représenté soufflant dans son olifant pour appeler au secours Charlemagne. Les petits personnages visibles sur la droite figurent les adversaires qui prennent la fuite une fois commis leur crime obtenu par la traîtrise. Mais plus qu’à ces humains rehaussés qui de rouge, qui d’un panache blanc, Michallon s’intéresse à une nature majestueuse, sublime, celle qui est encensée à son époque par le romantisme naissant, celle qui est visitée et décrite par les premiers touristes. Le peintre met en balance la puissance des éléments – un ciel chargé de nuages menaçants, de hautes roches impénétrables – avec des symboles du passage de la vie au trépas : la fameuse échancrure entre les falaises, le torrent de montagne qui s’écoule, les feuilles mordorées des arbres qui symbolisent l’automne (alors que la scène est censée se dérouler le 15 août). La pierre des montagnes sert à la fois d’écrin à une mort héroïque et de matière pour le tombeau de celui que l’on considérait alors comme le neveu de Charlemagne.

Interprétation

Les sources obscures du mythe national

L’étude des sources d’époque disponible laisse penser que Roland n’a jamais existé, et en tout cas n’a été ni neveu de Charlemagne, ni préfet de la marche de Bretagne (une fonction qui n’existait pas en 778). En outre, le site de Roncevaux n’est pas clairement identifié dans les Pyrénées et la bataille, décrite dans des chroniques de façon assez tardive, aurait peut-être eu lieu des années plus tard. La légende du combat de Roland, propagée par la littérature (notamment la Chanson de Roland) et les enluminures, a permis au mythe de s’enraciner. Ce mythe sans doute créé de toutes pièces signale une volonté politique de réécriture de l’histoire qui s’est renforcée avec le temps. En 1819, après la fin de l’aventure napoléonienne, il n’est pas innocent de peindre un épisode fameux du règne de celui qui a été à la fois le premier empereur franc et l’un des consolidateurs du royaume et de la monarchie. Si Michallon occulte l’enjeu religieux en évitant de représenter l’ennemi et ne verse pas dans l’orientalisme, il remet à l’honneur les valeurs chevaleresques et féodales dénoncées sous la révolution et battues en brèche par une nouvelle noblesse d’épée. Roland, lié personnellement et politiquement à son suzerain, est l’emblème de la fidélité du vassal, question éminemment d’actualité en ces temps de bouleversements politiques.

Bibliographie

La Bataille de Roncevaux. Dans l'histoire, la légende et l'historiographie (actes du colloque de Saint-Jean-Pied-de-Port, 12 août 1978), Bayonne, Labourd, 1979.

Isabelle Duran-Le Guern, Bernard Ribémont, Charlemagne. Empereur et mythe d’Occident, Paris, Klincksieck, 2009

Renée Mussot-Goulard, Roncevaux, samedi 15 août 778, Paris, Perrin, 2006.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « La mort de Roland », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 23 janvier 2020. URL : http://www.histoire-image.org/fr/etudes/mort-roland
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