Rassemblements contre les acquittements de Nuremberg

Date de publication : mars 2016

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Contexte historique

Ce cliché, pris le 3 octobre 1946 à Berlin, dans la zone soviétique, est à situer dans un double contexte que reflètent les deux banderoles sur la façade du bâtiment : d’une part, l’annonce du verdict du tribunal de Nuremberg, d’autre part, la tenue des premières élections municipales après la défaite du IIIe Reich.

Le procès de Nuremberg (20 novembre 1945 – 1er octobre 1946), intenté contre vingt-quatre des principaux responsables du IIIe Reich et correspondant à la première mise en œuvre d’une juridiction pénale internationale, est un moment de confrontation des ex-alliés de la guerre. Le rapport de force tourne en défaveur des Soviétiques qui, au fil des mois, perdent le contrôle sur la tournure des événements au bénéfice des Américains. L’énoncé du verdict est senti comme un affront, et le juge soviétique Iona Nikitchenko proteste officiellement contre l’acquittement de trois des accusés, Hans Fritzsche, Franz von Papen et Hjalmar Schacht, dont la cour a échoué à prouver la participation consciente aux crimes répertoriés. Staline et son ministre des Affaires étrangères, Viatcheslav Molotov, décident alors de lancer une campagne de protestation contre la « libération de trois criminels » dans la zone d’occupation soviétique de l’Allemagne, et particulièrement dans la partie de Berlin qu’ils contrôlent. En réalité, les trois accusés sont rapidement rejugés par des tribunaux de dénazification mis en place dans les zones occidentales et condamnés, au moins dans un premier temps (car Franz von Papen sera par la suite relâché en appel).

Au moment où est prise cette photographie, Berlin, situé en pleine zone soviétique, est, conformément aux accords, divisé en quatre secteurs d’occupation avec une direction quadripartite qui connaît des tensions grandissantes. Les Soviétiques accentuent leur pression et soviétisent leur zone. L’assemblée municipale mise en place à leur arrivée jouit d’une constitution provisoire prévoyant des élections en octobre 1946. Celles-ci seront marquées par une victoire du Parti social-démocrate (SPD) et de l’Union chrétienne démocratique (CDU), ce qui est un grave échec pour les Soviétiques qui ont soutenu le SED (Parti socialiste unifié d’Allemagne), fondé en avril 1946 sur le modèle du Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS). En effet, la victoire du SED leur aurait permis de prendre pied à Berlin de manière définitive et légale.

Analyse des images

La photographie montre une foule de dos, tournée vers un bâtiment qui bouche entièrement l’horizon. Il s’agit du Karl-Liebknecht-Haus, qui vient d’être restauré pour abriter, comme avant 1933, le siège du parti communiste. Il est probable que la foule attend l’allocution d’un de ses responsables (on aperçoit des micros disposés dans l’embrasure d’une fenêtre).

Le point de vue légèrement en surplomb et le cadrage large permettent de saisir simultanément la foule massée jusqu’au pied du bâtiment et les slogans inscrits sur les banderoles qui s’étalent sur la façade. Celui du haut affirme que le SED est le « moteur de la reconstruction du Grand Berlin », tandis que celui du bas exige que Hjalmar Schacht, Franz von Papen et Hans Fritzsche soient jugés par un tribunal allemand.

Interprétation

Le photographe Carl Weinrother, qui a œuvré sous le IIIe Reich puis, à partir des années 1950, en Allemagne de l’Ouest, montre ici une unité ambiguë : moins un soutien populaire actif qu’une présence statique. Le spectateur ne peut observer qu’une uniformité grise, sans visage, à l’exception de trois profils masculins saisis de trop loin pour qu’on puisse en distinguer l’expression. Nulle émotion n’est donc palpable. Cette photographie est l’image non pas d’une foule attentive, mais d’une masse indistincte dont le photographe a peut-être voulu suggérer la relative docilité.

Bibliographie

BENZ Wolfgang, Deutschland unter alliierter Besatzung (1945-1949/55): ein Handbuch, Berlin, Akademie Verlag, 1999.

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FOITZIK Jan, Sowjetische Militäradministration in Deutschland (SMAD; 1945-1949): Struktur und Funktion, Berlin, Akademie Verlag, coll. « Quellen und Darstellungen zur Zeitgeschichte » (no 44), 1999.

HIRSCH Francine, « The Soviets at Nuremberg: International Law, Propaganda, and the Making of the Postwar Order », The American Historical Review, vol. 113, no 3, 2008, p. 701-730.

Pour citer cet article
Valérie POZNER, « Rassemblements contre les acquittements de Nuremberg », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 15 décembre 2018. URL : http://www.histoire-image.org/fr/etudes/rassemblements-contre-acquittements-nuremberg
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