L'histoire par l'image


Ce jour-lÀ : 20 Octobre
1614
La majorité de Louis XIII
La fin de la régenceAfin de satisfaire aux ambitions de la reine mère Marie de Médicis, le peintre anversois Rubens, alors au faîte de sa gloire artistique, réalise une grande série de vingt-quatre toiles...
Accéder à l’analyse
Ce jour-lÀ : 20 Octobre
1848
L'Emancipation à la Réunion
Esclavage et économie coloniale :La première moitié du XIXe siècle voit l’émergence d’une classe dominante de colons dont la richesse s’appuie sur la possession de grands domaines consacrés à la culture de...
Accéder à l’analyse
Ce jour-lÀ : 20 Octobre
1827
Episode de la bataille navale de Navarin
Navarin et la question de Grèce L’ensemble de l’Orient méditerranéen était, au début du XIXe siècle, possession de l’Empire ottoman. Mais le déclin politique de la puissance turque, le réveil des peuples...
Accéder à l’analyse

Nos grandes thématiques

Nouvelles études

Ce mois-ci, en lien avec l’exposition « Rubens, portraits princiers » qui a lieu au Musée du Luxembourg jusqu’au 14 janvier 2018, nous vous proposons de découvrir sept tableaux du cycle de Marie de Médicis.

En 1622, Marie de Médicis, l'épouse d’Henri IV et la mère de Louis XIII,  commande une série de vingt-quatre tableaux au peintre Pierre Paul Rubens dont la notoriété est alors à son comble. À travers ces toiles qui exaltent les épisodes marquants de sa vie, elle cherche à signifier la légitimité de son autorité. Régente du royaume après l’assassinat d’Henri IV en 1610, elle tient son fils sous son influence jusqu’en 1617. Ce dernier l’écarte du pouvoir entre les années 1617 – 1621 au cours desquelles elle s’efforce d’accéder à nouveau aux affaires. C’est donc dans un contexte de retour en grâce qu’elle commande ces peintures à sa gloire pour le palais du Luxembourg. Depuis l'année 1900, ces tableaux sont exposés au musée du Louvre.

« L’Expo du mois » est consacrée à Fernand Léger et à l’exposition « Le Beau est partout » qui a lieu au Centre Pompidou-Metz jusqu’au 30 octobre.

Enfin notre animation revient sur les conquêtes du Directoire.  

 

L'expo du mois

Animation

Hors série - Spécial révision du Brevet

L'épreuve du brevet approche, révisez votre épreuve d'histoire avec l’Histoire par l’image et son hors-série spécial Brevet ! Cette sélection d'études vient donner un nouvel éclairage sur les grands chapitres du programme : le XIXe siècle et ses transformations, la France dans l'entre-deux-guerres, la montée des régimes totalitaires en Europe et la seconde guerre mondiale. Pour comprendre les différents aspects de la première guerre mondiale, consultez notre hors-série Première Guerre mondiale paru en 2010.

Découvrez aussi nos trois cartes mentales réalisées avec l'outil Renkan du portail Histoire des arts qui accompagnent les albums Un siècle de transformations scientifiques et technologiques et la France de l'entre-deux-guerres

  • Speed, dit aussi Vitesse. Robert DEMACHY (1859 - 1936)

    Un siècle de transformations scientifiques et technologiques
  • La prise de Barcy, le 6 septembre 1914. © Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN

    Les grandes phases de la Première Guerre mondiale
  • Poilu gazé alertant les soldats américains. Joseph Félix BOUCHOR.1918

    Les soldats et la vie quotidienne dans les tranchées
  • Le général Marchand ramené vers l'arrière © Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN / Giovanni Dagli Orti

    Grandes figures de la Première Guerre mondiale
  • Insigne à la tête de Sioux © Photo RMN - C. Jean

    Les Etats-Unis et la guerre
  • Retour d'un vol de nuit © Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN / Giovanni Dagli Orti

    Aviation, artillerie et armement
  • Aux Eparges. Avril 1915 © Photo RMN - G. Blot

    Représenter les ravages de la guerre
  • Une leçon de France © Photo RMN - G. Blot

    Propagande, caricature et patriotisme
  • Quatre militaires sénégalais à Saint-Ulrich, 6 juin 1917 © Min. de la Culture / Méd. du Pat., Dist. RMN Paul Castelnau

    Les troupes coloniales
  • Une famille réinstallée dans un abri militaire © Photo RMN - G. Blot

    Effort de guerre et population civile
  • Inauguration du monument aux morts de la ville de Metz. © Photo BDIC / MHC

    Monuments aux morts et commémorations
  • Adolf Hitler salué par des jeunesses hitlériennes au congrès du parti nazi à Nuremberg. Anonyme.

    L'Allemagne de l'entre-deux-guerres: la montée du nazisme
  • La famine à Buzuluck. ANONYME

    La Révolution russe
  • Grévistes jouant aux cartes dans la cour d’une usine occupée, en région parisienne.

    La France de l'entre-deux-guerres
  • Les déportés contraints au travail chez Siemens. Rudolf LIPUS. [1943] 1959

    La Seconde Guerre mondiale, une guerre d'anéantissement
  • Les femmes des FTP-MOI défilent à Marseille le 29 août 1944. Julia PIROTTE.1944

    Les femmes et la Seconde Guerre mondiale
  • Le Ministre de l'Intérieur von Ribbentrop et le chef de l'OKW Keitel saluent le maréchal Pétain

    La défaite française (1940)
  • Philippe Pétain, Maréchal de France.

    L'Etat français - Le régime de Vichy
  • Exposition "entartete kunst " (art dégénéré) au "galeriegebäude am münchener hofgarten"

    L'art pendant la Seconde Guerre mondiale
  • Alger, capitale provisoire de la France. 1943

    Les résistances françaises (1939-1945)
  • American move up in Normandy. ANONYME.1944

    Le débarquement en Normandie
  • Le défilé du 11 novembre 1944

    La fin de la Seconde Guerre mondiale: les libérations
  • La Maison pompéienne de Joseph Napoléon par Gustave Boulanger

    Date de publication : Mai 2016

    Partager sur:

    Contexte historique

    Si les fouilles de Pompéi, découverte en 1748, ont étonné et parfois déçu les amateurs et les artistes, tels que Joseph Marie Vien, celles qui continuent au XIXe siècle vont révéler une dimension toute autre de la ville enfouie. Au XVIIIe siècle, les érudits s’attendent à trouver de grandes pièces sculptées telles le Laocoon. Les excavations mettent en relief du mobilier et des peintures murales, majoritairement, qui vont alimenter le style à la grecque à la fin du XVIIIe siècle. Cependant, ce n’est qu’en 1819 que l’un des ouvrages fondamentaux sur la ville est publié par Richard Mazois avec un texte de l’historien de l’art Quatremère de Quincy, Les Ruines de Pompéi. Cet ouvrage, ainsi que les fouilles de grandes villas telles que la Villa de Diomède, vont être propices à la création d’un fantasme autour de la ville de Pompéi et de sa vie, si bien préservée. La Villa de Diomède renferme par exemple dix-huit corps calcinés, dont l’empreinte d’un sein de femme, conservé aujourd’hui au musée de Naples.

    Ce destin commun ultimement tragique et pour certains séduisant enflamme l’imagination de nombreux écrivains et conduit à la création d’une aura particulière dans l’imaginaire collectif, qui dépasse la portée des fouilles archéologiques.

    En 1855, le prince Joseph Charles Paul Napoléon, dit Plon-Plon, cousin de Napoléon III, décide de faire construire une villa entièrement inspirée de Pompéi, sur les goûts de sa maîtresse, la tragédienne Rachel, interprète emblématique de plusieurs pièces de théâtre antiques. L’architecte Alfred Normand est finalement chargé de la construction, sur les conseils de Jacob Ignace Hittorff, architecte du Cirque d’Hiver, mais surtout théoricien de la polychromie antique. Les travaux commencent en 1856 pour s’achever en 1860, alors que Rachel est décédée en 1858. L’édifice final est inspiré des villas pompéiennes telle que la Villa de Diomède. Détruite en 1891, quelques photographies et le tableau de Gustave Boulanger sont les seuls vestiges de sa splendeur.

    Analyse des images

    Le 14 février 1860, lors de l’inauguration de la villa en présence de Napoléon III et de son épouse, le prince Napoléon a fait donner des fêtes à l’antique. Théophile Gautier y participe en créant un prologue en vers, La Femme de Diomède, lu par Mlle Favart du Théâtre Français. La pièce d’Emile Augier, Le Joueur de Flûte est intégralement jouée. Gustave Boulanger, peintre néo-grec à l’instar de Jean Léon Gérôme, présente donc dans ce tableau, non pas un décor de théâtre mais bien l’intérieur de la maison pompéienne de Joseph Napoléon. Au Salon de 1855, l’artiste avait déjà présenté une Répétition dans la maison du Poète tragique à Pompéi (huile sur toile, Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage), en faisant l’un des artistes les plus propres à représenter les fêtes du cousin de l’Empereur. Dans cet atrium, composé de colonnes corinthiennes aux fûts peints en rouge et en jaune dans la partie supérieure, se trouvent des personnages vêtus à la mode antique en train de discuter art et littérature. Théophile Gautier et Emile Augier sont vêtus de toges alors que les comédiens ont plus légitimement chaussé leurs cothurnes. On peut retrouver : Mlle Favart et Madeleine Brohan, Got et Samson de la Comédie-Française, et Geffroy, représentés de manière réaliste selon les critiques de l’époque, dont Théodore de Banville.

    Outre la représentation de cette scène, qui se veut être la représentation réaliste d’une répétition, Boulanger a surtout recopié de manière scrupuleuse la réalisation architecturale de cette maison. Malgré la statue de Napoléon Ier, qui rappelle la descendance du Prince, les éléments décoratifs de cette pièce constituent un hommage formel aux demeures patriciennes de l’antiquité et ont été réalisés par des artistes tels que Gérôme et Sébastien Corun pour les toiles peintes ou Rossigneux pour le mobilier.  

    Interprétation

    A juste titre, un critique de l’époque a vu dans cette œuvre un dessin d’architecture. En effet, malgré le titre et l’action mise en lumière par Boulanger, les véritables vedettes de cette œuvre ne sont ni les auteurs, ni les comédiens, célèbres en leur temps mais bien l’architecture elle-même. Il s’agit précisément de vivre le fantasme d’une antiquité retrouvée et non de la représenter par le biais de la peinture. Cette œuvre a la force de l’évocation et donc de la mémoire. Elle évoque non seulement l’Antiquité recréée par Hittorff, Normand ou encore Gérôme, qui participe à la décoration picturale de l’atrium mais également le fantasme du voyage dans le temps et l’hommage à une époque jugée idéale, pure et primitive. Gautier l’exprime lui-même de cette façon : « la vie moderne est venue réveiller la vie antique ». Rêve issu de l’imaginaire de Rachel, Gautier et du Prince Napoléon, cette demeure est vendue en 1866 par ce dernier alors qu’il s’est marié avec Clotilde de Savoie et qu’il a été exilé par son cousin germain. Un temps exploitée en tant que musée par Gautier et Houssaye, elle tombe rapidement en ruine, rejoignant le destin des villas de Pompéi.

    Bibliographie

    Collectif, Pompéi, Travaux et Envois des Architectes français au XIXe siècle, Paris, Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts et Ecole Française de Rome, 1981.

    Théophile GAUTIER, Arsène HOUSSAYE et Charles COLIGNY, le Palais Pompéien, études sur la maison greco-romaine, ancienne résidence du Prince Napoléon, Paris, Palais pompéien, 1866.

    Pour citer cet article
    Commentaires

    Découvrez aussi

    Les commandos Kieffer

    Date de publication : Mai 2016

    Partager sur:

    Contexte historique

    Le 1er bataillon de fusiliers marins commandos

     

    Cette photographie, réalisée entre juin 1943 et juin 1944, représente quelques membres des commandos effectuant un entraînement en Écosse. Créée le 2 avril 1942 et placée sous le commandement du lieutenant de vaisseau Kieffer (promu capitaine de corvette le 5 juin 1944), le bataillon de fusiliers marins commandos est intégrée au Special Service Brigade au sein du commando interalliés numéro 10 (et de ce fait placée sous autorité Britannique). Les soldats du 1er BFMC (bataillon des fusiliers marins commandos) suivent une formation intensive avec les commandos britanniques (les bérets verts) au château d’Achnacarry situé dans les Highlands écossais.

     

    Organisés en deux « troops » et une section de mitrailleuse « k gun », ils sont 177 à participer au Débarquement du 6 juin 1944, seuls représentants de la France à joindre les côtes normandes par voie maritime. Arrivés sur la plage Sword de Colleville, ils s’illustreront tout particulièrement à Ouistreham, où ils reprendront à l’ennemi, au prix de lourdes pertes, l’ex casino fortifié du site Riva Bella. Après avoir combattu jusqu'à la fin de la bataille de Normandie, le 1er BFMC est notamment engagé lors de la libération de Flessingue aux Pays-Bas en novembre 1944.

     

    Cette prise de vue n’est diffusée qu’après les opérations car tout ce qui touche aux commandos et à leur préparation est ultra secret et sous contrôle des forces britanniques. Doté d’une valeur documentaire et instrument de la propagande Alliée, il permet aussi à sa manière d’incarner l’élite des combattants de la France libre, acquérant de ce fait une dimension symbolique.

    Analyse des images

    Figures de la France libre

    Anonyme, ce cliché nous plonge au cœur d’un exercice d’instruction militaire que ces commandos suivent quotidiennement pendant plusieurs mois. Son auteur pourrait être un membre du 1er bataillon, plus vraisemblablement un photographe autorisé et missionné par les forces Alliées.

     

    En se plaçant au devant des commandos en marche, il choisit de représenter un instantané éloquent. Les militaires s’approchant de l’endroit de la prise de vue d’un pas décidé semblent en effet fondre sur le spectateur, ce qui donne l’impression d’une force en mouvement que rien ne peut arrêter.

     

    Trois colonnes de quatre ou cinq soldats bien alignés parcourent ainsi d’un pas réglementaire (cadencé, les bras le long du corps) une route de campagne, passant à côté d’une maison de briques typique de la région. Le soleil diffuse une grande luminosité si l’on en juge par les manches retroussées et les cols ouverts des chemises. Les simples commandos sont de jeunes hommes portant un uniforme britannique et un béret (qui n’est pas encore le béret vert qu’ils reçoivent à la fin de l’instruction). Plus âgés, les officiers à la tête de chaque colonne se distinguent également par leur couvre-chef, identifié comme ceux de la Marine. Malheureusement, les insignes qui ornent ces casquettes sont illisibles sur l’image.

     

    Le photographe a enfin choisi de centrer le lieutenant de vaisseau Kieffer qui est le commandant de ces troupes en exercice. Si certains visages sont assez détendus, le sien est plutôt fermé, déterminé, grave. Il fixe l’objectif en continuant d’avancer, droit, martial, guerrier. Il apparaît en tout cas comme l’acteur principal de cette photographie.

    Interprétation

    En marche. Prêts au combat

    Ce cliché donne donc à voir certains des visages de ceux qui doivent habituellement rester dans la clandestinité avant d’opérer derrière les lignes ennemies. Les commandos sont particulièrement redoutés et ciblés par les nazis (Hitler ordonne d’abattre tous ceux qui seraient faits prisonniers en octobre 1942). De même, parce qu’elle indique sommairement le lieu de leur entraînement, cette image n’est pas destinée à être diffusée avant un certain temps.

     

    Elle permet d’incarner les soldats du 1er bataillon dont près de la moitié étaient bretons. Les héros sont de jeunes gens, parfois encore adolescents (premier rang à gauche et à droite de l’image). Si la photographie donne quelques indications sur la réalité de leur formation (équipement, matériel, exercice) le document entend surtout présenter une scène « habituelle » (la marche) de leur entraînement, prise sur le vif.

     

    La figure centrale de Kieffer est plus connue. Né en 1899 et mort en 1962, il répond dès le 19 juin à l’Appel du Général De Gaulle avant de s’engager dans les forces navales françaises libres le jour où celles-ci sont créées, le 1er juillet 1940. Inspiré par le fonctionnement des Special Forces Britanniques, il constitue et dirige les premiers commandos de la marine française qui ne prendront son nom que bien après le conflit. Cette image montre certes un groupe, mais un groupe qui suit son chef.

     

    Quoique diffusée après le Débarquement, cette image a aussi une valeur idéologique et symbolique. Elle témoigne du fait que des français ont bien constitué une partie des troupes d’élite Alliées, suggérant d’une part que la France Libre n’est pas qu’un concept et d’autre part que les Britanniques ont su s’appuyer sur des nationalités réfugiées (Polonais, Français, Grecs, etc.) à qui ils ont fait une place de choix. Bientôt prêts aux combats les plus extrêmes, ces hommes et celui qui les guide avec fierté sont des acteurs à part entière de la Libération. Triés sur le volet, leur entraînement et leurs capacités font d’eux de redoutables soldats en marche vers une victoire inéluctable.

    Bibliographie

    Jean-Pierre, AZEMA, Nouvelle histoire de la France contemporaine, T. 14. De Munich à la Libération, 1938-1944, Paris, Seuil, 2002 [1973].

    Philippe KIEFFER, Béret vert, Paris, France-Empire, 1952.

    Benjamin MASSIEU, Philippe Kieffer, chef des commandos de la France Libre, Paris, Éditions Pierre de Taillac, 2013.

    John MAN, Atlas du Débarquement et de la bataille de Normandie 6 juin-24 août 1944, Paris, Éditions Autrement, 1994.

    Stéphane SIMONNET, Les 177 français du jour J, Paris, Éditions Tallandier, 2014.

    Olivier WIEVORKA, Histoire du Débarquement de Normandie. Des origines à la Libération de Paris (1941-1944), Paris, Seuil, Points-Histoire, 2007.

    Pour citer cet article
    Commentaires

    La Guerre

    Date de publication : Mai 2016

    Partager sur:

    Contexte historique

    L’armée française prête à repartir au front ?

    A la fin des années 1880, près de vingt ans après la défaite de Sedan, les idées revanchardes atteignent un point culminant en France. La guerre de 1870 n’est pas digérée, et le désir de reprendre l’Alsace et la Lorraine suffisamment fort pour que les va-t-en-guerre aient l’oreille des français. Un leader charismatique émerge alors : le général Boulanger. Ministre de la guerre de 1886 à 1887, il porte la bannière de tous les mécontents. Son suicide, en 1891, met fin à l’éphémère mouvement boulangiste, mais les idées qu’il portait ne sont pas enterrées avec lui. Les figures nationalistes comme Paul Déroulède ou Maurice Barrès les reprennent à leur compte tout en les teintant plus vivement de xénophobie.

    Dans ce climat tendu, le gouvernement se dirige peu à peu vers une conscription militaire universelle : en 1889, les dispenses de service pour les enseignants, les élèves des grandes écoles et du séminaire sont levées. Deux ans plus tard, le 1er mai 1891, cette armée à laquelle les fils de France sont donc appelés à participer retourne ses fusils contre le peuple. Cet événement, la fusillade de Fourmies, laisse le pays sous le choc : sous les balles de la République, des civils sont tombés.

    Intitulé la Guerre  et peint par le Douanier Rousseau, ce tableau est exposé au Salon des Indépendants de 1894.

    Analyse des images

    La furie et son charnier

    Peint dans les teintes de terre, de sang et du noir de l’abîme sans fond, ce paysage n’est que dévastation. Sur le dos d’un animal d’enfer qui tient autant du fourmilier que du cheval, une enfant hirsute le survole. De sa main droite, elle tient une épée, de l’autre une torche enflammée. Sa responsabilité dans la désolation qui l'environne semble évidente.

    Sous sa monture, les morts n'ont pas d'uniforme. De cette façon, Henri Rousseau ne permet pas d'identifier une guerre en particulier : il généralise l'évocation à tous les conflits. Ces corps nus qui s’amoncellent peuvent même se comprendre comme des victimes civiles.

    Le Douanier Rousseau reprend de façon assez littérale une illustration de presse parue le 6 octobre 1889 dans le journal anarchiste L’Égalité. Intitulée Le Tsar, cette image montrait une caricature d’Alexandre III à cheval survolant une pyramide de cadavres dénudés. Cette appropriation d’une image trouvée dans la presse ou dans une publication populaire s’observe fréquemment dans la peinture de cet autodidacte.

    Interprétation

    Un message pacifiste

    Pour le Douanier Rousseau, grand amateur de jungles luxuriantes, cette végétation ravagée symbolise le malheur le plus total. Aux branches brisées, il fait correspondre les bras arrachés ou désarticulés. S’il prétendait avoir participé aux guerres du Second Empire, on pense désormais qu’il n’a en réalité jamais porté l’uniforme militaire. Il défend plutôt les idées pacifistes, comme en témoigne ses Représentants des puissances étrangères venant saluer la République en signe de paix de 1907.

    Au Salon des Indépendants de 1894, pendant lequel La Guerre est exposée, il rédige un slogan pour présenter le tableau dans le livret : "elle passe effrayante, laissant partout le désespoir, les pleurs, la ruine". Il confirme ainsi son choix de l’allégorie, ce qui lui permet de faire passer la guerre pour un caprice infantile.

    Ce message, il le porte en outre personnellement. En effet, le personnage vêtu d’un pantalon est très probablement un autoportrait de Rousseau. De son regard vitreux, il prend le spectateur à témoin des désastres de la guerre.

    Bibliographie

    Guy COGEVAL, Gabriella BELLI, Le Douanier Rousseau, l’innocence archaïque, Musée d’Orsay/Hazan, Paris, 2016

    Isabelle CAHN, Le Douanier Rousseau : naïf ou moderne ?, À propos, Garches, 2006

    Christopher GREEN, Frances MORRIS, Claire FRÈCHES-THORY, Le Douanier Rousseau, Jungles à Paris, Editions de la Réunion des Musées Nationaux, Paris, 2006

    Pour citer cet article
    Commentaires

    Albums liés

    Les Pêcheurs à la ligne

    Date de publication : Mai 2016

    Partager sur:

    Contexte historique

    Les frères Wright, pionniers américains de l’aviation

    En août 1908, Wilbur Wright impressionne la France en réalisant un vol à bord d’un aéroplane motorisé. Pour l’opinion publique, l’aviation est alors une découverte. Wilbur et son frère Orville Wright sont pourtant impliqués dans la conquête de l’air depuis 1899.

    D’abord occupés à contrôler la trajectoire de vol de leurs planeurs, les frères Wright finissent par concevoir un engin muni d’un moteur qu’ils font voler pour la première fois à la fin de l’année 1903. Inquiets à l’idée de se faire dérober leur invention, ils restent très discrets dans les années qui suivent. A tel point que ceux qui croient à la véracité de ces exploits sont peu nombreux.

    Les démonstrations françaises de 1908 font parties des premières que les frères exécutent. Wilbur est seul à bord, car son frère Orville est resté aux Etats-Unis pour mener des exhibitions en parallèle. Les deux ingénieurs ont en effet conçu plusieurs exemplaires de leur aéroplane Flyer Model A. Leur souhait est alors de vendre des licences de construction. Muni d’un moteur puissant, l’aéroplane est capable d’embarquer un passager. En France, l’événement a un grand retentissement dont la presse se fait l’écho. Au fil des mois, l’engin s’affiche dans de nombreux journaux. Il est notamment en couverture du Petit Journal, Supplément illustré du 9 septembre 1909, date à laquelle le Douanier Rousseau peint Les Pécheurs à la ligne.

    Analyse des images

    Incursion de la modernité

    Lorsqu’il compose ses tableaux, le Douanier Rousseau s’appuie sur une abondante documentation visuelle qu’il n’hésite pas à copier fidèlement. Pour ses célèbres jungles, par exemple, il cite généreusement des journaux comme L’Illustration ou des publications plus inattendues comme un recueil de gravures montrant des animaux sauvages édité vers 1900 par les Galeries Lafayette.

    Pour ses Pêcheurs à la ligne, il procède donc de même. Dans le ciel de sa vue fluviale, la représentation du Flyer Model A de Wilbur Wright reprend très exactement l’angle adopté par l’illustrateur ayant signé la couverture du Petit Journal, Supplément illustré de septembre 1909.

    Rousseau joue ainsi du contraste que crée cette apparition moderne au milieu d’un paysage où seule une cheminée d’usine trahit l’époque. La pêche, activité immémoriale, ne semble cependant pas troublée par cette apparition aérienne.

    Interprétation

    Une obsession constante

    Le Douanier Rousseau se passionne très tôt pour les nouveautés et les inventions de son époque. Dès 1890, il se portraiture ainsi devant la tour Eiffel tout juste achevée, ce qui fait de lui l’un des premiers peintres, après Georges Seurat, à peindre la Dame de Fer.

    L’aéronautique constituait donc un sujet qu’il était naturellement enclin à représenter. Sur une Vue du Pont de Sèvres de la même époque, il se plait ainsi à réunir un dirigeable, une montgolfière et un avion. Ce goût de Rousseau pour l’innovation technique attire l’attention des peintres de l’avant-garde. Comme lui, ces artistes considèrent que bien avant le style, la modernité d’une œuvre tient à la modernité des sujets représentés. Robert Delaunay, l’un de ses plus proches amis parmi les peintres de la nouvelle génération, suit son œuvre avec attention. Dès 1909, il se met à son tour à peindre la tour Eiffel ainsi que les exploits de l’aviation.

    Bibliographie

    Guy COGEVAL, Gabriella BELLI, Le Douanier Rousseau, l’innocence archaïque, Musée d’Orsay/Hazan, Paris, 2016

    Isabelle CAHN, Le Douanier Rousseau : naïf ou moderne ?, À propos, Garches, 2006

    Christopher GREEN, Frances MORRIS, Claire FRÈCHES-THORY, Le Douanier Rousseau, Jungles à Paris, Editions de la Réunion des Musées Nationaux, Paris, 2006

    Pour citer cet article
    Commentaires

    Albums liés

    Découvrez aussi