© MuCEM, Dist RMN / Photographe inconnu
Titre : Mannequin d'enfant emmailloté (Avignon).
Dimensions : Hauteur 58.7 cm - Largeur 29.1 cm
Technique et autres indications : Laine, toile.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 08-522088 / 1936-2312-1-8
© MuCEM, Dist RMN / Photographe inconnu
Titre : Mannequin d'enfant emmailloté (Creuse).
Dimensions : Hauteur 61 cm - Largeur 22.5 cm
Technique et autres indications : Laine, toile.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 08-521905 / 1936.2307.1-6
© MuCEM, Dist RMN / Photographe inconnu
Titre : Mannequin d'enfant emmailloté (Ardennes).
Dimensions : Hauteur 62 cm - Largeur 23.3 cm
Technique et autres indications : Flanelle, toile.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 08-521904 / 1936.2300.1-5
L’action de l’assistance publique
La France de la fin du XIXe siècle est marquée par une grande fragilité de la petite enfance, une mortalité très élevée, des maladies, des épidémies et des malformations qui vont de pair avec des pratiques aux portées prophylactiques. Le corps vulnérable d’un nouveau-né, source d’attentions et d’inquiétudes, est au centre de pratiques religieuses, de rites symboliques et de sacrements religieux.
Lors de l’Exposition Universelle de 1889, Madame A. Landrin, inspectrice générale des services de l’enfance au sein du ministère de l’Intérieur, a organisé une exposition réunissant de nombreux instruments de puériculture. Une collection de trente-huit poupons emmaillotés était présentée, concrétisant l’action de l’Assistance publique dans différentes régions de France. Selon un souci ethnographique et sanitaire, ces mannequins figurent les différentes façons d’emmailloter telles qu’elles avaient été observées dans les hôpitaux où étaient recueillis de nombreux enfants. La série de type d’emmaillotement montre de curieux spécimens : des bébés landais emmaillotés dans une peau de mouton, des bébés enveloppés dans des édredons et des lisières. Ces pratiques ont longtemps persisté dans les campagnes.
Au même titre que la nutrition ou la toilette, la manière de vêtir un bébé se fait dans un souci de protection tant physique que symbolique. L’emmaillotage, pratique très répandue depuis l’Antiquité, matérialise ces préoccupations. Tel un cocon, le bébé est protégé du froid et par l’immobilité dans laquelle il est maintenu, la surveillance maternelle est facilitée. Le corps de l’enfant est pris de la tête aux chevilles. Une longue et étroite bande d’étoffe nommée fascia ou maillot enserre les bras sur les côtés et maintient les jambes tendues. Il est ordinairement entendu que la crasse protège, les croûtes de lait ne doivent pas être touchées et deux ou trois bonnets superposés assure à la tête du bébé une bonne défense, en dépit de la présence de nombreux poux.
Bébé en camisole
L’habillement des nourrissons se compose, avec des variations, des mêmes éléments de layette. La tête est toujours protégée par deux ou trois bonnets, portés jusqu’à un âge avancé. Le bonnet de baptême est une pièce du costume particulièrement investie de symboles de providence. Le cou est ceint d’un mouchoir. Le corps est recouvert d’une chemise, d’une brassière, d’une couche et d’un lange. Que ce soit des médailles cousues au bonnet, des colliers…, de nombreuses amulettes entourent le corps du bébé : peau de taupe contre les convulsions, collier de grains d’ambre, de coquillage, de dents de loup…
Le premier exemple vient du Vaucluse. Le poupon porte un bonnet en tissu molletonné blanc, une brassière et une couche en toile blanche, une brassière en tissu imprimé. Autour de son cou, il a un collier, à peine visible, de 18 perles d’os ou d’ivoire. Il porte une pointe en tissu imprimé à fond bleu et à motifs rouge, un carré de laine marron servant de lange et une bande en toile grise entourant le lange. Fait remarquable, ses bras sont libres.
Le deuxième mannequin vient de la Creuse et porte un bonnet en tissu bleu à pois noir, une chemise en toile blanche, une brassière en tissu noir à pois jaune et bleu doublé d’un tissu gris, une couche en toile blanche, un carré en laine marron bordé d’un galon bleu, tissu servant de lange et une bande noire pour tenir le lange. La bande noire assure également le maintien des épaules, des bras et du bassin.
Enfin, le troisième exemple de poupon vient des Ardennes avec trois bonnets superposés : un en flanelle blanche, un deuxième en tissu molletonné blanc à bordure noire et un troisième en toile blanche fine. Il porte un carré en toile blanche fine, une couche en grosse toile blanche, une bande de tissu molletonné pour tenir le lange et un carré en lainage kaki. Ses bras et tout son corps sont maintenus prisonniers.
Entre oppression et protection
L’emmaillotement a pour but de protéger l’enfant du froid, mais aussi de façonner son corps en le serrant dans des bandes maintenant ses bras le long du corps, ses jambes droites et sa tête dans le prolongement du tronc. Le corps médical s’insurge contre cette pratique jugée aberrante, considérant ces liens barbares et malsains. Il est impossible d’assurer un bon développement musculaire et le maintien, dès la naissance et des heures durant, des cuisses ainsi bloquées aggrave les luxations congénitales des hanches. Malgré les contestations des médecins, l’emmaillotage perdure. Ainsi entravé, le bébé est facile à garder pour peu qu’il soit accroché à un clou comme cela se pratiquait dans certaines régions du Poitou ou encore, suspendu dans un sac au pays Basque. Dans le pays de Caux ou les Deux-Sèvres des serre-têtes sont utilisés pour déformer les crânes à des fins esthétiques, en dépit des lésions et des altérations du cerveau. L’emmaillotage est également, aux yeux des mères, garant de chaleur, de protection et assure une pression rassurante pour le bébé. Cette pratique se trouve au sein d’un paradoxe très prégnant dans la société française du XIXe siècle qui encense à la fois les mœurs et les coutumes locales et les vilipende au nom du nécessaire progrès national.
Auteur : Valérie RANSON-ENGUIALE
enfance - hygiène - médecine - puériculture
Site réalisé à l'initiative de :