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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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La saisie de l'huissier.

© Photo RMN-Grand Palais - T. Le Mage

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Titre : La saisie de l'huissier.

Auteur : Philippe-Auguste JEANRON (1809-1877)
Technique et autres indications : Série : Les Stations du prolétaire, épisodes de la révolution de 1830.
Lieu de Conservation : Musée des Beaux-Arts de Chartres (Chartres) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 01-009967

La mort de l'ouvrier.

© Photo RMN-Grand Palais - T. Le Mage

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Titre : La mort de l'ouvrier.

Auteur : Philippe-Auguste JEANRON (1809-1877)
Dimensions : Hauteur 32 cm - Largeur 24 cm
Technique et autres indications : Série : Les Stations du prolétaire, épisodes de la révolution de 1830.
Lieu de Conservation : Musée des Beaux-Arts de Chartres (Chartres) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 01-009980

  Contexte historique

Prolétaires et révolutions avant 1848

« La saisie de l’huissier » et « La mort de l’ouvrier » sont des dessins appartenant à la série Les stations du prolétaire, épisodes de la Révolution de 1830, qui compte aussi « La mort des soldats » et « L’insurgé ». Leur auteur, Philippe-Auguste Jeanron (1809-1877), démocrate-social et républicain de la première heure, était un proche de Buonarotti (dont il a peint un portrait), Duchez, Ledru-Rollin ou encore Marrast. Artiste engagé, il a d’ailleurs participé aux Trois Glorieuses. Insatisfait de l’évolution de la monarchie de Juillet, il participe pleinement à l’opposition républicaine et milite, avec son art, pour plus de justice sociale. L’artiste, assez introduit dans le monde politique et assez reconnu pour espérer trouver un écho (on peut penser que ces dessins ont trouvé place dans des journaux de l’opposition républicaine), fait donc ici œuvre de propagande et combat à sa manière en faveur des plus démunis. La grave crise économique du milieu des années 1840, qui suscite une aggravation des conditions sociales et exacerbe les tensions politiques, lui offre de nombreux sujets d’engagement.

D’origine latine, le mot « prolétaire » désigne celui qui n’ayant que ses enfants (proles) comme richesse est considéré comme appartenant à la couche la plus basse de la société. Durant la première partie du XIXe siècle, les débuts de l’essor industriel associés à un exode rural de plus en plus massif précipitent dans les villes un nombre croissant de personnes pauvres en quête de travail. Ouvriers dans les grandes manufactures, artisans (compagnons et apprentis) salariés dans de plus petits ateliers, ou encore chômeurs, ils s’entassent dans des quartiers miséreux de bidonvilles, ne parvenant à subsister qu’au prix de journées de travail qui durent douze à dix-huit heures en moyenne. Sous la Restauration (1814-1830), ces « classes laborieuses » en voie de paupérisation sont globalement privées de droits sociaux et politiques, le « prolétaire » étant soumis au contrôle du livret ouvrier depuis 1803. Répondant aux appels des républicains, le peuple de Paris se soulève lors de la révolution de juillet 1830, permettant ainsi le succès des Trois Glorieuses (28, 29 et 30 juillet). Mais la monarchie de Juillet (1830-1848) est celle des espoirs déçus pour les prolétaires, dont les conditions économiques empirent. Les mouvements populaires, grèves et insurrections, se multiplient, durement réprimés par le nouveau régime.

  Analyse des images

Le prolétaire, pauvre et victime

« La saisie de l’huissier » met en scène trois hommes dans le décor dépouillé d’un galetas. À gauche est représenté le « prolétaire » aux traits usés, vêtu pauvrement d’un pantalon à bretelles, d’une chemise et chaussé de souliers éculés. Mains dans les poches et tête basse, il fixe le sol d’un air accablé, évitant de regarder ce qui se passe et de voir disparaître ses maigres avoirs. Au centre se tient l’huissier, richement vêtu (manteau, chapeau, canne, pantalon et chaussures contrastent avec l’habit du prolétaire), mieux apprêté (rasé de près) et moins fatigué par la vie. Campé sur ses deux jambes, rigide et inflexible, il tient sous le bras l’avis de saisie. La tête haute de celui qui est sûr de son droit, il observe le bon déroulement de l’opération. Enfin, l’homme qui emporte les meubles représente une position sociale intermédiaire entre les deux premiers, comme en témoigne la qualité de ses vêtements. Son attitude aussi semble à mi-chemin : s’il ne baisse pas la tête, il semble accomplir sa mission sans y prendre goût, d’un air à la fois résigné et un peu sombre. Le dessin au crayon travaille les gris et les ombres, donnant à l’ensemble une tonalité triste et presque lugubre.

Utilisant la même technique, « La mort de l’ouvrier » évoque la même ambiance, renforcée encore par le sujet. Elle montre un ouvrier mourant (ou déjà mort), seul, couché sur un simple matelas dans une mansarde dénuée de tout ornement (crochet vide au mur). Symbolisant le dénuement au propre comme au figuré, sa chemise laisse apparaître un corps décharné. Sa têtee, renversée en arrière et visible de profil, est celle d’un vieillard marqué par une vie de labeur. La masse sombre à sa droite peut figurer la mort, qui le recouvre de son ombre.

  Interprétation

Le prolétariat français, entre souffrance et révolte

Les deux images sont très politiques, militantes même. « La saisie de l’huissier » montre au public l’inégalité sociale, sensible dans les costumes, les corps et les attitudes. Un épisode humiliant pour l’ouvrier, soumis ici à l’huissier, agent assermenté presque arrogant d’un pouvoir politique qui, loin de réduire les injustices, semble les porter et les aggraver. Trois « classes » sociales sont ici représentées : celle de ceux qui, bien placés, bénéficient de la situation qu’ils entretiennent ; celle des exécutants qui, malgré eux, obéissent ; celle des victimes résignées et démunies jusque dans la mort (« La mort de l’ouvrier »).

La souffrance du prolétaire qui se voit enlever son presque rien ou qui meurt seul sans aide, évoque une Passion des temps modernes : les « stations » rappellent ainsi les stations de croix du parcours christique. La représentation s’inscrit pleinement dans la perspective du très fort courant de socialisme chrétien qui se développe dans les années 1840, auquel adhèrent tous les « utopistes ».

Ce spectacle est aussi volontairement révoltant. Révolte rentrée de l’ouvrier qui subit sans mot dire mais qui pourrait bien « serrer les poings dans ses poches crevées » (Rimbaud), ou révolte à venir de ceux qui n’acceptent plus cette réalité. Au-delà de la résignation et de la mort existe le combat (voir « L’insurgé » de la même série), pour peu que l’on ne soit plus seul face au pouvoir ou à la mort. Datant de 1845, ces dessins évoquent l’insurrection de 1830, mais aussi celles, postérieures, qui marquent la monarchie de Juillet (comme celle des canuts lyonnais en 1834) et préfigurent celle, à venir, de 1848.

Auteur : Alexandre SUMPF


Bibliographie

  • Jean-Louis BORY, La Révolution de Juillet (29 juillet 1830), Paris, Gallimard, coll. « Les trente journées qui ont fait la France », 1972.
  • Jean-Claude CARON, La France de 1815 à 1848, Paris, Armand Colin, coll. « Cursus », 1996.
  • Marie-Claude CHAUDONNERET, « Auguste Jeanron », in 1815-1830. Les années romantiques, catalogue de l’exposition du musée des Beaux-Arts de Nantes, Paris, R.M.N., 1996.
  • Gérard NOIRIEL, Les Ouvriers dans la société française (XIXe-XXe siècle), Paris, Le Seuil, coll. « Points », 1986.

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