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Rencontre entre Emile Guimet et un moine boudhiste. Rencontre entre Emile Guimet et un moine boudhiste.
Félix Elie REGAMEY.
Jeune fille de la halte à thé devant la mer, île d'Enoshema Jeune fille de la halte à thé devant la mer, île d'Enoshema
Félix Elie REGAMEY.
Illustration du roman Okoma Illustration du roman "Okoma"
Félix Elie REGAMEY.
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Rencontre entre Emile Guimet et un moine boudhiste.

© Photo RMN-Grand Palais (musée Guimet, Paris) / Droits réservés

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Titre : Rencontre entre Emile Guimet et un moine boudhiste.

Auteur : Félix Elie REGAMEY (1844-1907)
Date représentée : 1876
Dimensions : Hauteur 180 cm - Largeur 134 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée Guimet (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 09-508879 / EG2531

Jeune fille de la halte à thé devant la mer, île d'Enoshema

© Photo RMN-Grand Palais (musée Guimet, Paris) / Droits réservés

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Titre : Jeune fille de la halte à thé devant la mer, île d'Enoshema

Auteur : Félix Elie REGAMEY (1844-1907)
Date de création : 1876
Technique et autres indications : Dessin
Lieu de Conservation : Musée Guimet (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 90-005730-02 / Bibliothèque2

Illustration du roman Okoma

© Photo RMN-Grand Palais (musée Guimet, Paris) / Droits réservés

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Titre : Illustration du roman "Okoma"

Auteur : Félix Elie REGAMEY (1844-1907)
Date de création : 1876
Technique et autres indications : Dessin
Lieu de Conservation : Musée Guimet (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 90-005706 / Bibliothèque2

  Contexte historique

La mission Guimet au Japon

A partir de 1868, début de l’ère Meiji, le Japon s’ouvre au monde extérieur et accueille un nombre croissant d’Européens fascinés par sa culture et ses traditions : jusqu’à cette date, l’entrée et la circulation des étrangers dans l’archipel nippon étaient sévèrement contrôlées. Après 1868, les voyages se multiplient, permettant aux visiteurs et au public occidental de mieux connaître les réalités japonaises tandis qu’en Europe, on invente au même moment un terme pour désigner cet engouement : le « japonisme ».

C’est dans ce contexte que s’inscrit le voyage d’Emile Guimet (1836-1918) et de Félix Régamey (1844-1907). Le premier est un industriel lyonnais attiré depuis l’adolescence par l’archéologie et l’Orient, ainsi que par l’étude des religions ; le second est un peintre et dessinateur qui a été formé à l’Ecole spéciale de dessin à Paris et qui vivait à Londres et aux Etats-Unis après 1870. Ces deux amoureux du Japon se rencontrent à Philadelphie en 1876, à l’occasion de la Centennial Exhibition, où de nombreux vases japonais étaient exposés. Quelques mois plus tard débute la mission de Guimet au Japon (août 1876-mars 1877), dont l’objectif est d’étudier les religions de l’archipel : bouddhisme et shintoïsme. Mais Guimet et Régamey sont séduits par tous les aspects de la vie japonaise : le peintre, qui connaissait bien les estampes d’Hokusai et d’Hiroshige, a rapporté du Japon ou exécuté après son voyage plusieurs dizaines de dessins, de tableaux, d’estampes, d’affiches, témoignant de son goût pour l’estampe.

  Analyse des images

Régamey et le japonisme dans les arts et la littérature

Le premier tableau représente une rencontre entre Emile Guimet et les moines des sanctuaires bouddhistes. Régamey évoque dans cette scène de genre le dialogue posé et respectueux entre le Français et le bonze par l’intermédiaire de l’interprète, debout entre les deux hommes. Il rappelle ainsi que l’accueil de Guimet dans les monastères avait été excellent et avait permis au Français de mieux comprendre la religion bouddhique, malgré sa vision chrétienne des cultes de l’Extrême Orient. Régamey est aussi très attentif aux éléments pittoresques de cette scène : sensible aux traditions japonaises, il représente avec précision les costumes des trois Japonais, leurs gestes et leurs positions, la cérémonie du thé qui se prépare à l’arrière-plan. De plus, l’intérieur des demeures japonaises avait intéressé le peintre, qui écrivait : « Comme fond de tableau, on aperçoit toujours une cour plantée d’arbres, un gracieux jardin pittoresquement disposé et habilement éclairé. (…) Rien n’est laissé au hasard, l’art préside à tout, et un art plein de finesse, de sobriété et de bon goût ». C’est ce qu’il a cherché à exprimer dans ce tableau : il n’enjolive pas l’intérieur de cette demeure, mais insiste plutôt sur son extrême simplicité. Comme dans les estampes d’Hiroshige, il propose aussi des perspectives originales : la porte coulissante ouverte permet de créer une échappée vers le jardin, tandis que l’intérieur de la salle se caractérise par l’importance des lignes verticales, qui trouvent un écho dans les arbres à l’extérieur et atténuent l’impression de profondeur.

Plus originale encore est la composition de la lithographie « Jeune fille de la halte à thé devant la mer, île d’Enoshema », dans laquelle l’influence des estampes japonaises est évidente. Comme Utamaro, Régamey choisit de peindre une jeune fille, dont la fonction est suggérée par la coupelle posée sur le banc derrière elle, ainsi que par la théière et le plateau qu’elle tient dans ses mains. Le choix de ce sujet rappelle que le peintre est attentif aux coutumes et aux traditions, dont il déplore la disparition sous l’effet de l’occidentalisation rapide du Japon. De plus, il adapte librement les procédés de l’estampe : simplification des formes, contours rehaussés par un trait noir, personnage coupé par le cadre, asymétrie.

Guimet et Régamey, dès leur retour en France, ont diffusé leurs découvertes dont ils se sont faits les propagandistes. Guimet a conçu également le musée d’art asiatique qui porte aujourd’hui son nom à Paris et qui a ouvert ses portes en 1889. Quant à Régamey, il a publié les Promenades japonaises et quelques pantomimes sur des sujets japonais à la fin du siècle. Mais il a également illustré un « roman japonais », Okoma, adapté du récit « Histoire étrange de Hachijô » (1813) de l’écrivain Takizawa Bakîn (1767-1848). Ce roman, publié en 1883 et précédé d’une préface de Guimet, est illustré de 35 compositions en couleur réalisées par Régamey d’après des estampes japonaises. La mise en page en est inhabituelle : le texte est disposé sur une colonne à gauche, tandis que l’illustration occupe les 4/5e de la page ; des caractères japonais ont été reproduits près des personnages, tandis que leur nom en français apparaît sous le cadre qui enserre la scène. Ce livre est une tentative pour transposer en France, sous le nom familier de « roman », les procédés artistiques japonais.

  Interprétation

Deux promoteurs du japonisme en France

Ces trois images témoignent de la vogue du japonisme, dont Guimet et Régamey figurent parmi les principaux promoteurs en France : outre les objets rituels, les estampes et les récits qu’ils rapportent du Japon en 1877, les deux hommes se sont aussi attachés à faire connaître le théâtre japonais, dont ils avaient eu la révélation à Yokohama en 1876. Ils sont donc représentatifs de cette fascination pour le Japon qui s’empare des Européens dans les années 1880 et qui a été parfois comparée à une véritable renaissance artistique : ce que montrent bien les tableaux de Régamey, si fortement influencés par les estampes de Hokusai, Hiroshige et Utamaro. Régamey et ses contemporains les plus célèbres, Degas, Whistler, Van Gogh, Monet, Bonnard découvrent dans l’art japonais des moyens neufs pour renouveler le langage pictural et s’inspirent par conséquent des principes esthétiques de cet art pour ouvrir la voie à la modernité.

Auteur : Christophe CORBIER


Bibliographie

  • OMOTO Keiko et MACOUIN Francis, Quand le Japon s’ouvrit au monde. Emile Guimet et les arts d’Asie, Gallimard-Découvertes, 1990.
  • LAMBOURNE Lionel, Japonisme. Echanges culturels entre le Japon et l’Occident, Phaidon, 2006.

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