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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Le Passage du Rhin, 12 juin 1672 [les personnages]. Le Passage du Rhin, 12 juin 1672 [les personnages].
Adam-François VAN DER MEULEN.
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Le Passage du Rhin, 12 juin 1672.

© Photo RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

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Titre : Le Passage du Rhin, 12 juin 1672.

Auteur : Adam-François VAN DER MEULEN (1632-1690)
Date représentée : 12 juin 1672
Dimensions : Hauteur 49 cm - Largeur 110 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 08-551312 / INV1490

Le Passage du Rhin, 12 juin 1672 [les personnages].

© Photo RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

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Titre : Le Passage du Rhin, 12 juin 1672 [les personnages].

Auteur : Adam-François VAN DER MEULEN (1632-1690)
Date représentée : 12 juin 1672
Dimensions : Hauteur 49 cm - Largeur 110 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 08-551312 / INV1490

  Contexte historique

L’offensive éclair de la France

Le 6 avril 1672, Louis XIV déclare la guerre aux Provinces-Unies (Pays-Bas du Nord) afin d’abaisser l’outrageuse puissance économique et commerciale de la petite république protestante. Soigneusement préparée depuis deux ans, la campagne terrestre rencontre peu de résistance. À la tête de l’armée, Louis de Bourbon-Condé (1621-1686), cousin du roi, traverse les Pays-Bas espagnols et les provinces allemandes avant d’envahir les Provinces-Unies. Le 12 juin 1672, la cavalerie atteint un bras du Rhin à proximité de Schenk, en face du village de Tolhuys, la « maison du péage ». Le fleuve est à son étiage, ce qui rend son cours praticable par un gué. Les troupes du prince Guillaume d’Orange (1650-1702) rivalisent mal face aux 20 000 soldats français qui traversent le fleuve sans peine.

Cette action sans fait d’armes devient le sujet d’une vaste production artistique qui mobilise tous les arts (peinture, sculpture, littérature) ainsi que la numismatique. Dans Le Siècle de Louis XIV, Voltaire (1694-1778) décrit « une action éclatante et unique, célébrée alors comme un des grands événements qui dussent occuper la mémoire des hommes ».

Le tableau d’Adam-François Van der Meulen, peintre flamand passé au service de la France, constitue un modèle du genre dans la mise en scène d’un fait militaire pour servir d’outil de propagande politique. Né à Bruxelles, capitale des Pays-Bas espagnols, Van der Meulen se forge rapidement une réputation picturale qui est repérée par Colbert (1619-1683). En 1664, il passe au service du roi et collabore avec Charles Le Brun (1619-190), Premier Peintre du Roi. Il se spécialise dans la représentation des actions militaires du roi Soleil et devient peintre des Batailles. Ce tableau commémorant la traversée du fleuve est commandé par la Grande Mademoiselle, Louise d’Orléans (1627-1693), cousine du roi et marraine du fils du peintre. L’œuvre agrémente le cabinet consacré aux actions de Louis XIV au sein du château de Choisy.

  Analyse des images

Le triomphe du chef de guerre

La composition du tableau repose sur plusieurs études préparatoires et esquisses, comme le projet d’une tapisserie allégorique basée sur un programme iconographique en trois volets présentés par l’artiste : « J’ai fait l’esquisse du Passage du Rhin, en trois morceaux ; le premier est la marche de la cavalerie, le milieu le Roy qui commande, et le troisième là où on fait le pont de bateaux.  » Le tableau conservé au musée du Louvre correspond au volet central de ce triptyque, celui qui attribue au souverain la posture du chef de guerre. Le peintre ne suit pas le roi pendant la campagne de juin 1672, mais il se rend sur place au mois de septembre suivant afin d’étudier le site. Si les personnages sont mis en scène, la topographie est respectée, selon un style flamand alliant un ciel clair-obscur à une végétation faite d’un camaïeu de verts. Le peintre révèle aussi sa virtuosité dans la représentation des chevaux.

Ce tableau de petite taille décrit un large panorama où la lecture de l’action est guidée par une succession de plans. Le groupe principal occupe la moitié droite de l’œuvre. Le regard est immédiatement attiré vers le roi, placé sur un monticule qui surplombe le fleuve. Le costume étincelant et le cheval blanc à la robe pommelée sont magnifiés par la lumière. Le roi se tourne vers le spectateur afin de renforcer l’idée d’une démonstration en cours. Épée au fourreau, Louis XIV tient le bâton de commandement qui prolonge sa main droite, la main de l’action, afin de théâtraliser l’événement.

En combinant plusieurs techniques (plans variés, scénettes, jeux de lumière, gestuelles), Van der Meulen dynamise son tableau et donne l’impression que l’événement intervient en direct. La monture royale se cabre pour traduire le commencement de la manœuvre, ce qui rappelle un autre tableau du peintre, le portrait équestre du roi devant Besançon. Au second plan, l’action se précise : les manœuvres militaires et la canonnade renforcent l’ambiance martiale, alors que les cavaliers s’élancent vers le fleuve, sabre au clair. Au dernier plan, le Rhin est envahi par une multitude de soldats déferlant sur quelques cavaliers hollandais. Des coups de canon, plutôt inoffensifs, sont tirés au loin depuis la tour du village de Tolhuys.

  Interprétation

La Gloire, la Valeur et l’Honneur

Le tableau de Van der Meulen modèle une certaine image du roi. Il autorise de nombreux parallèles historiques avec Alexandre le Grand ou Jules César qui participent à la naissance du mythe et aux stratégies de la gloire évoquées par Peter Burke. L’épisode du passage du Rhin est postérieur à l’invasion des Provinces-Unies, mais la limite naturelle du fleuve ouvre symboliquement sur un nouvel espace diplomatique. Jean Racine (1639-1699) évoque la déroute des Hollandais après la traversée : « Ils fuient à toute bride, et se renversant les uns sur les autres, vont porter la nouvelle jusqu’au fond de la Hollande que le roi était passé.  »

Sur une esquisse préparatoire, le peintre ajoute trois figures allégoriques qui symbolisent la grandeur de l’acte : la Gloire, la Valeur et l’Honneur. À travers ce panorama historique, Van der Meulen figure la stature inébranlable du souverain, acteur d’une marche victorieuse et sans limite. Louis XIV (no 1) est situé au cœur de l’événement, à proximité immédiate du danger, afin de magnifier son courage et sa puissance. Il éclipse les autres personnages : le duc Philippe d’Orléans (1640-1701), son frère (no 2), lui fait face ; le Grand Condé (no 3) planifie la manœuvre, mais il est placé en retrait, derrière le souverain. Muni d’un manteau bleu et d’un pantalon rouge, un officier des gardes françaises interpelle le roi, mais celui-ci reste impassible, impérial et majestueux, malgré le feu de l’action.

Cette scène historique est l’objet de multiples répliques qui essaiment à travers le royaume, par Van der Meulen lui-même, ses disciples ou d’autres peintres, comme les tableaux de Joseph Parrocel (1646-1704), Jean-Baptiste Martin l’Ancien (1659-1735) ou encore Sauveur Le Comte (1659-1694). La gloire des armes est également célébrée par les almanachs, les médailles ou les bas-reliefs, comme sur la porte Saint-Denis dédiée à « Louis le Grand ». En réalité, cette scène triomphale érigée en référence historique masque les revers militaires des jours suivants. Au mois de juillet, les Hollandais ouvrent les digues, inondent le plat-pays et stoppent l’avancée des troupes françaises. Ce thème artistique brosse une action en demi-teinte, sans éclat et sans rupture majeure, mais dès 1673, il permet à Van der Meulen d’être reçu à l’académie de Peinture et de Sculpture.

Auteur : Stéphane BLOND


Bibliographie

  • BÉLY Lucien, Les relations internationales en Europe. XVIIe-XVIIIe siècles, Paris, Presses universitaires de France (coll.  Thémis. Histoire), 1992.
  • BURKE Peter, Louis XIV. Les stratégies de la gloire, Paris, Le Seuil, 1995.
  • CORNETTE Joël, Le roi de guerre. Essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle, Paris, Payot (coll. Bibliothèque historique), 1993.
  • DRÉVILLON Hervé, Les rois absolus. 1629-1715, Paris, Belin (coll. Histoire de France), 2011.
  • DE VRIES S., « Le passage du Rhin door Adam-Frans van der Meulen », Bulletin van het Rijksmuseum, 1993, no 1, p.  24-30.
  • RICHEFORT Isabelle, Adam-François Van der Meulen. Peintre flamand au service de Louis XIV, Rennes, Presses universitaires de Rennes (coll. Art et société), 2004.
  • STARCKY Laure, « L’épopée d’une traversée », À la gloire du roi : Van der Meulen, peintre des conquêtes de Louis XIV, catalogue de l’exposition au musée des Beaux-Arts de Dijon (9 juin – 28 septembre 1998) et au musée d’Histoire de la Ville de Luxembourg (29 octobre 1998 – 17 janvier 1999), Dijon / Luxembourg, musée des Beaux-Arts de Dijon / musée d’Histoire de la Ville de Luxembourg, 1998, p. 149-163.

Commentaires

toujours très intéressant, nous apprend ou rappelle pour d'autres l'Histoire de notre Nation.
henri
Par henri le 04/12/13 à 17h03 - #1867

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