Le 14 juillet 1936

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Contexte historique

14 juillet 1936

14 juillet 1936, le Front populaire victorieux célèbre pour la première fois la fête nationale. Dans la matinée, comme de coutume, l’armée défile à Paris sur les Champs-Élysées. Dans l’après-midi, un million de personnes défilent dans l’Est parisien à l’appel des organisations constitutives du rassemblement populaire. Des cortèges identiques se déroulent simultanément dans la France entière.

Des spectacles sont enfin subventionnés, trois jours durant, par le gouvernement. La fête nationale emprunte pour la première fois à la manifestation de rue, en donnant corps à ce qu’on peut qualifier de manifestation de souveraineté, résumée par le titre du magazine : « Trois jours de fête, l’armée, le peuple, la France. »

Analyse des images

Photographier la multitude

Dans les années vingt, les photographies de manifestations, rassemblements ou défilés publiées dans la presse représentent le plus souvent la foule par un plan large ou une plongée donnant à voir le nombre. Le magazine Vu, fondé en 1928 par Lucien Vogel, s’inspire des techniques photographiques à l’œuvre dans des magazines illustrés de l’Allemagne de Weimar et révolutionne la presse française d’information photographique.

La photographie de Robert Capa choisie pour illustrer ce 14 Juillet se focalise sur un groupe : un jeune garçon, sur les épaules de son père, brandit un drapeau tricolore. L’un et l’autre portent la casquette, mais l’on entrevoit, derrière le visage du père un chapeau  ; discret rappel de l’alliance de la classe ouvrière et des classes moyennes dont le Front populaire se réclame. En arrière-plan, la colonne de Juillet, place de la Bastille, ornée pour la circonstance de drapeaux tricolores et rouges qui claquent au vent telle une voile, mais que la photographie ne fait que suggérer.

Interprétation

Une nouvelle image du peuple en marche

Cette manière de représenter le nombre en montrant la partie pour le tout se retrouve dans de nombreuses photographies de Robert Capa, David Seymour ou Willy Ronis alors publiées par Vu ou Regards et devenues emblématiques du Front populaire. Les photographes préfèrent l’individu, d’origine populaire, à la foule indistincte.

Cet individu n’est plus tendu vers l’avenir, comme l’était, par exemple, La Liberté de Delacroix, cette image barricadière du peuple en marche. Il est saisi dans sa verticalité pour signifier ainsi un présent qui doit à sa plénitude d’être devenu à lui-même sa propre fin. Sur ses épaules, l’enfant, capable de transmettre, demain, la mémoire de ce qui fut, en construisant sur un autre mode le devenir. En arrière-plan, discret mais, nonobstant clairement identifiable, le symbole de la révolution victorieuse à Paris et par Paris, presque confondu avec le drapeau tricolore arboré par l’enfant. Inscrits dans une même verticalité, ils autorisent la construction d’une nouvelle image du peuple, capable de rivaliser avec des mythes barricadiers antinomiques de l’expérience politique alors à l’œuvre : un peuple de France constitué ce jour à Paris et par Paris.

Bibliographie

Robert CAPA, David SEYMOUR, Front populaire, Paris, Chêne-Magnum, 1976.

Jean-Louis ROBERT, Danielle TARTAKOWSKY (dir.), Paris le peuple, XVIIIe-XXe siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 1999.

Danielle TARTAKOWSKY, Les Manifestations de rue en France, 1918-1968, Paris, Publications de la Sorbonne, coll. « Histoire de la France au XIXe et XXe siècle », 1997.

Pour citer cet article
Danielle TARTAKOWSKY, « Le 14 juillet 1936 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/14-juillet-1936?i=84&d=1&a=95
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