• Vue du palais Mancini.

    Giovanni Battista Piranesi, dit PIRANESE (1720 - 1970)

  • Palais de l'académie de France à Rome.

    Charles PERCIER (1764 - 1838)

L'Académie de France à Rome : le palais Mancini

Date de publication : Mai 2009

Docteur en Histoire de l'art

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Contexte historique

Fondée par Colbert en 1666 sur les conseils des peintres Charles Le Brun et Charles Errard, l’Académie de France à Rome occupe une place à part dans le vaste appareil d’établissements artistiques créé pour la gloire du « grand roi ». La vocation de cette institution est double : école des beaux-arts délocalisée, elle doit permettre à de jeunes artistes français d’assimiler les grands modèles de l’art en leur offrant une pension et une résidence au sein de la Ville éternelle. En échange de cette

formation, ces pensionnaires contractent l’obligation de réaliser des copies d’œuvres romaines (marbres antiques, cartons de tapisserie) qui puissent servir à la décoration des résidences royales, dont l’étendue s’accroît avec les grands travaux. D’abord établie dans la maison Sant’Onofrio, l’Académie déménage au palais Cafarelli en 1673, puis investit le palais Capranica en 1684. Quand elle installe son siège au palais Mancini en 1725, l’institution gagne une place stratégique sur l’échiquier artistique romain.

Analyse des images

Propriété de la famille Mancini depuis le XVIe siècle, le palais est acheté en 1725 par le duc d’Antin (directeur général des Bâtiments du Roi) pour y installer l’Académie de France selon les vœux de son nouveau directeur, Nicolas Vleughels. Le choix du bâtiment a été dicté par sa distribution, son décor et ses proportions, particulièrement bien adaptés à son nouvel usage. Dans la légende de la vue qu’il donne du palais vers 1757-1758, Piranèse a pris soin d’indiquer son organisation intérieure : plusieurs salles du rez-de-chaussée, prévu pour recevoir les activités pédagogiques, abritent des moulages en plâtre destinés à familiariser les élèves avec les modèles canoniques de la sculpture ; dotées d’amphithéâtres (visibles sur le plan de Percier, architecte pensionnaire de 1786 à 1791), deux autres salles sont consacrées à l’étude du modèle vivant, fondement de toute pratique artistique.

À l’étage noble se trouvent les salons de réception qui, selon l’usage, intègrent l’appartement royal, orné de marbres et de copies d’antiques, comme le sont d’ailleurs tous les espaces publics de l’établissement. Ces « modèles des plus rares Statues et autres vestiges de la Magnificence Romaine », associés aux tapisseries des Gobelins et aux meubles précieux envoyés de Paris, font aussi de l’Académie de France un lieu de représentation du pouvoir royal. Cette préoccupation a d’ailleurs pesé dans le choix du palais, puisque la rue du Cours (Strada del Corso) sur laquelle il s’élève est un haut lieu de sociabilité et le théâtre principal des festivités romaines. Placé à mi-chemin entre la place du Peuple et celle de Venise, le « Palais de l’Académie instituée par Louis XIV » est, jusqu’à la Révolution, l’éloquent témoignage de la magnificence du roi de France.

Interprétation

L’institution s’est imposée au milieu académique romain par son utilité : destinées aux pensionnaires et à tous les étudiants en art, ses classes d’étude d’après le modèle vivant ou drapé en font une structure pédagogique incontournable de la « capitale des Arts ». Elle est la seule à dispenser un enseignement public quotidien jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. Au-delà de sa fonction artistique, l’Académie est aussi un symbole politique. Son lieu d’implantation rend compte de l’ambition d’un roi qui entend placer sa nation à la tête de l’Europe : le rayonnement artistique de son règne doit accompagner sa gloire militaire. Mais lorsque la République française est proclamée à l’automne 1792 et que la France cesse d’être la « fille aînée de l’Église », l’emplacement stratégique de l’Académie devient une menace pour ses occupants. Accueillant ni plus ni moins le siège d’un club d’artistes patriotes, le palais Mancini constitue bientôt l’emblème d’une nation impie et cristallise l’hostilité du peuple romain : l’émeute antifrançaise qui coûte la vie au représentant de la République Hugou de Bassville, le 13 janvier 1793, entraîne la mise à sac de l’Académie. L’institution est abandonnée pour une décennie. En décembre 1798, le palais est à nouveau pillé, par l’armée du roi de Naples cette fois, entrée dans Rome pour faire tomber la République romaine instaurée par les Français quelques mois plus tôt. Pour venger les États du pape spoliés de leur patrimoine, elle s’empare de la collection de moulages de l’Académie. Celle-ci sera rendue cinq ans plus tard à l’institution nouvellement restaurée dans la villa Médicis.

Bibliographie

Georges BRUNEL et Isabelle JULIA (éd.), Correspondance des directeurs de l’Académie de France à Rome, nouvelle série.
II : directorat de Suvée, 1793-1807
, Rome, 1984, 2 vol..
Christian MICHEL, « Les relations artistiques entre l’Italie et la France (1680-1750) : la contradiction du discours et de la pratique », Studiolo.
Revue d’histoire de l’art de l’Académie de France à Rome
, 1 (2002), p.
11-19.
Jules GUIFFREY et Anatole de MONTAIGLON, Correspondance des directeurs de l’Académie de France à Rome, Paris, 1888-1912, 17 vol.

Pour citer cet article
Mehdi KORCHANE, « L'Académie de France à Rome : le palais Mancini », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/academie-france-rome-palais-mancini?i=986&d=1&c=Rome&id_sel=1780
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