L'armée de l'Est

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Contexte historique
En novembre 1870, Gambetta et son entourage décidèrent de mener une diversion offensive dans l’est de la France, afin de menacer les communications des Allemands sur leurs arrières et de tenter de desserrer l’étau qui bloquait Paris. L’action visait la place forte de Belfort, encore tenue par le colonel Denfert. On y envoya la portion de l’armée de la Loire refoulée sur Bourges qui, jointe aux troupes lyonnaises, prit le nom d’armée de l’Est et réunissait 120 000 hommes sous le commandement du général Bourbaki (1816-1897). Mais l’opération qui devait être rapide et secrète fut éventée par un article du Moniteur. Elle échoua définitivement lors de la bataille d’Héricourt, du 15 au 17 janvier 1871, et coûta la vie à plusieurs milliers de soldats. Encerclées par l’armée allemande de l’Est que dirigeait Manteuffel (1809-1885), les troupes de Bourbaki perdirent encore 15 000 hommes dans une série de combats autour de Pontarlier, alors que l’armistice était déjà signé. Les 92 000 survivants se réfugièrent en ordre dispersé en Suisse, par le passage des Verrières, et ils furent désarmés le 1er février.
Analyse des images
Sur cette immense toile, d’une composition synthétique et d’une gamme de couleurs limitée, où la terre recouverte de neige occupe la majeure partie de la surface, dissimulant tout repère topographique, Chigot isole deux personnages qui se soutiennent mutuellement. Un commentaire d’Eugène Montrosier publié dans le Salon de 1888 (Paris, L. Baschet, 1888, p. 82-83) évoque le contenu de ce tableau et sa réception : « Dès qu’on touche au genre militaire, on est bien près de tomber dans la sentimentalité. C’est ce que n’a pu éviter M. Chigot rappelant un souvenir de l’Armée de l’Est, de douloureuse mémoire et qui, après des exploits glorieux, se vit amenée à se réfugier en Suisse. La scène est lugubre. Dans une plaine couverte de neige, le soleil se couche sinistrement jaune, à droite. Un dominicain décoré soutient la marche d’un turco [tirailleur algérien] blessé, et porte le fusil du soldat, prêt à en faire usage pour sauver l’enfant noir de Mahomet. »
Interprétation
Dès la fin de la guerre de 1870 et en réaction contre la Commune, de nombreux textes, souvent accompagnés d’estampes, ont été publiés, illustrant les actes d’héroïsme, individuels ou collectifs, des différents corps d’armée. Ces symboles de la résistance à la défaite de Sedan du 1er septembre 1870, réunissaient un consensus national et alimentaient le souvenir de l’amputation de l’Alsace et de la Lorraine. Dès le Salon de 1872, les artistes s’unirent à ce mouvement de célébration qui perdura jusqu’à la fin du siècle. Des peintres comme Alphonse de Neuville (1835-1885) ou Edouard Detaille (1848-1912) contribuèrent activement à ce souvenir, avec d’immenses toiles d’un réalisme appliqué telles que le Panorama de la bataille de Champigny dont la gravure diffusa largement le message. Image pacifiste, le tableau de Chigot ajoute à la dénonciation de la guerre, l’idée renouvelée d’une concorde humaine et religieuse. Image pacifiste, le tableau de Chigot ajoute à la dénonciation de la guerre l’idée renouvelée d’une concorde humaine et religieuse, anticipant "l’Union sacrée" de 1914.
Bibliographie
Dominique LOBSTEIN « 1872, un Salon désarmé ? »in 48/14.
La Revue du musée d’Orsay , n° 10, printemps 2000, p.
84-93.
François ROBICHON L’Armée française vue par les peintres 1870-1914 Paris, Herscher-Ministère de la Défense, 1998.
François ROBICHON La Peinture militaire française de 1871 à 1914 Paris, B.
Giovanangeli, 1998.
François ROTH La Guerre de 1870 Paris, Fayard, 1996.
Pour citer cet article
Dominique LOBSTEIN, « L'armée de l'Est », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/armee-est?i=324&d=31&t=142
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