Une armée en mal d'idéaux

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Contexte historique
Le Second Empire a toujours entretenu, en métropole et dans ses colonies, une armée importante afin de soutenir, avec des fortunes diverses, tant la sûreté nationale que la défense des intérêts et des possessions à l’étranger. Dévolue à des fidèles du régime selon une organisation hiérarchique qui empruntait largement aux conceptions militaires du Premier Empire, l’encadrement d’une armée permanente et nombreuse ne présentait pas, hors conflits, la rigueur qu’on aurait pu attendre d’une telle institution. Malgré les fréquentes promenades militaires, les grandes manœuvres et l’expédition du Mexique à partir de 1861, dont les journaux donnaient régulièrement des comptes rendus, après les victoires héroïques des années 1850, à Sébastopol, Magenta ou Solférino, l’armée française semblait s’assoupir dans un rêve de gloire qui s’interrompra brutalement à Sedan.
Analyse des images
Virtuose du traitement des phénomènes atmosphériques liés à la neige, à la pluie et au brouillard en des compositions presque monochromes uniquement relevées de quelques touches de couleurs, Chenu-Fleury reçoit les louanges de la critique pour ses envois au Salon de 1867 et à celui de 1868, à l’issue duquel il obtient une médaille. Lorsqu’au Salon de 1870 il présente à nouveau un vaste paysage de neige à la facture minutieuse, sa composition simple et efficace lui vaut l’acquisition de son tableau par l’Etat, au prix élevé de 8 000 F.

Le paysage est plat et s’enfonce vers l’horizon, butant sur un village presque indistinct à l’arrière-plan. Occupant à peine un tiers de la hauteur, le paysage enneigé où dominent les blancs et les bruns est sommé d’un ciel gris jaunâtre, lourd de menaces, où se distingue à peine une lune voilée orangée et où tournoient des corbeaux de mauvais augure. La seule animation colorée entre ces deux univers glacés se trouve au centre de la partie inférieure, sur la route qui trace un sillon grisâtre où « des grenadiers escortent une carriole où gît un soldat malade et que conduit un paysan » (Théophile Gautier). Malgré l’animation qu’introduit le groupe de militaires aux attitudes variées et la présence anecdotique et sentimentale d’un chien, la neige qui a tout recouvert fait peser sur l’ensemble de la composition une chape de silence.
Interprétation
Illustration recomposée en atelier par un paysagiste, cette scène militaire participe aux nombreuses productions anecdotiques inspirées par une armée en mal d’idéaux, à partir du milieu des années 1860. Malgré les nombreuses interventions armées à l’étranger (Algérie, Russie, Mexique…), les dirigeants politiques français d’après la Restauration s’opposent à l’héritage guerrier des années révolutionnaires et n’entretiennent plus la doctrine de guerre qui avait sous-tendu la période 1789-1815. Les règlements militaires de 1831 et de 1862 ne fournissent que peu de références aux différents corps de la hiérarchie militaire et prônent une action défensive (tranchées-abris, feu à longue distance…) contraire à la tradition française. Le grand projet de réforme militaire du maréchal Niel a été repoussé en 1868, et l’armée maintient le système du tirage au sort, bien peu mobilisateur. Malgré sa volonté de tenir le rôle de commandant en chef des armées comme son oncle Napoléon Ier, l’empereur ne saura mener ses troupes. Dès lors, la France se trouvera confrontée à un double problème : l’absence d’une doctrine de guerre et la carence d’un chef pour l’appliquer.
Bibliographie
Collectif Paysagistes lyonnais 1800-1900 Lyon, Musée des Beaux-Arts, 1894, p.
99-102.
François ROBICHON L’Armée française vue par les peintres - 1870-1914 Paris, Herscher-Ministère de la Défense, 1998.
François ROBICHON La Peinture militaire française de 1871 à 1914 Paris, B.
Giovanangeli, 1998.
Pour citer cet article
Dominique LOBSTEIN, « Une armée en mal d'idéaux », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/armee-mal-ideaux?i=224&d=1&c=Second%20Empire
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