• Employés des ateliers de la Librairie de France, rue Meyerbeer

    François Antoine VIZZAVONA (1876 - 1961)

  • Employés des ateliers de la Librairie de France, rue Meyerbeer.

    François Antoine VIZZAVONA (1876 - 1961)

Dans les ateliers de la Librairie de France

Date de publication : Juillet 2009

Docteur en Histoire de l'art

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Contexte historique
L’évolution de l’imprimerie moderne : la presse et le livre

Le monde de l’édition a connu une forte modernisation vers la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Avec la mécanisation des procédés – presses rotatives et machines de composition (linotype et monotype) –, la qualité et le nombre des imprimés augmentent considérablement. Ces avancées techniques touchent en premier lieu la presse. Des journaux populaires peuvent tirer à de très nombreux exemplaires – jusqu’à deux millions pour Le Petit Parisien pendant la guerre de 14-18. Le livre n’est pas en reste dans cette évolution technique, bien que le volume de production reste stable de la fin du XIXe siècle aux années 1930 (douze à treize mille titres par an). Avec les nouvelles machines, les mises en pages sont standardisées, tout comme la gestion des formats et des façonnages. Cette modernisation du livre accompagne les efforts des éditeurs pour favoriser la vente des livres en faisant notamment un usage important de la publicité. Dans l’entre-deux-guerres, Bernard Grasset fut l’une des figures emblématiques de ce milieu, en utilisant de nouvelles techniques de commercialisation. À partir de 1900, le roman connaît notamment un souffle nouveau grâce à la création de nombreux prix littéraires. Dans la première moitié du XXe siècle, le livre scolaire se développe considérablement ainsi que les livres de loisirs comme la bande dessinée.
Analyse des images
Dans l’imprimerie moderne : façonnage et finition

Ces deux photographies réalisées par François Vizzavona nous plongent au cœur d’une imprimerie parisienne des années 1930, La Librairie de France, sise rue Meyerbeer, dans le 9e arrondissement de Paris. Donnant à voir deux étapes de la chaîne du livre, c’est-à-dire de sa fabrication depuis l’impression jusqu’aux finitions, elles révèlent l’univers typique des ouvriers du livre durant l’entre-deux-guerres : locaux vétustes et chichement éclairés, machines imposantes, travailleurs protégés par un simple tablier ou une blouse, tâches encore essentiellement manuelles. Dans ce monde d’organisation industrielle les activités sont spécialisées et les tâches effectuées par les ouvriers du livre apparaissent répétitives. Sur la première photographie, l’ouvrier manœuvre une lourde presse. La seconde image montre la phase finale du façonnage d’un livre, ensemble d’opérations qui regroupe son pliage, son massicotage, son assemblage et sa reliure. La masse impressionnante des ouvrages entreposés dans les locaux de la Librairie de France, désormais prêts à être distribués, témoigne de la vitalité de l’édition de livres durant l’entre-deux-guerres.
Interprétation
Les années trente : une période charnière dans le secteur du livre

« La fabrication des livres n’est pas une profession insignifiante. » Le propos du philosophe allemand Emmanuel Kant, à la fin du XVIIIe siècle, insiste sur la spécificité de ce savoir-faire. Les origines de l’industrialisation de la chaîne du livre remontent à la première moitié du XIXe siècle, mais c’est au début du XXe que la production, grâce à la maturité des systèmes mécanisés, est devenue massive. Dans les années 1930, l’imprimé a autant joué un rôle dans l’histoire de la propagande politique que dans le développement des livres scolaires et de la presse illustrée. Sur le plan sociologique, ces deux photographies évoquent la structuration des tâches ouvrières dans le métier du livre. Ce fonctionnement de répartition des tâches, avec la création de l’ouvrier spécialisé, a pour but de parvenir à une plus grande rentabilité. Cette évolution a permis une baisse des coûts dans le monde de l’édition à grands tirages et a inscrit le monde du livre dans un plus large mouvement d’industrialisation des activités économiques.
Bibliographie
Frédéric BARBER, Histoire du livre, Paris, Gallimard, 2000.
Roger CHARTIER et Henri-Jean MARTIN, Histoire de l’édition, Tome I à IV, Paris, Fayard/Du Cercle de la Librairie, 1990-1991.
Alain MERCIER (dir.), Les trois révolutions du livre, Paris, Imprimerie Nationale éditions, 2002.
Jean-Yves MOLLIER, L’Argent et les lettres, Paris, Fayard, 1988.
Jean-Yves MOLLIER, Edition, presse et pouvoir au XXe siècle, Paris, Fayard, 2008.
Pour citer cet article
Claire MAINGON, « Dans les ateliers de la Librairie de France », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 27 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/ateliers-librairie-france?i=998
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