• Arrivée du Duc d'Orléans au Palais-Royal.

    Jean-Baptiste CARBILLET (1804 - 1869)

  • Louis-Philippe, duc d'Orléans, quitte le Palais Royal pour se rendre à l'hôtel de ville de Paris.

    Horace VERNET, ou Emile-Jean-Horace VERNET (1789 - 1863)

  • Louis-Philippe, Duc d'Orléans, arrive à l'Hôtel de Ville de Paris

    Eloi-Firmin FERON (1802 - 1876)

  • Lecture à l'hôtel de ville de Paris de la déclaration des députés et de la proclamation du duc d'Orléans

    François GERARD, Baron (1770 - 1837)

L’avènement de Louis-Philippe : l’histoire officielle

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Contexte historique

À l’issue de la révolution de 1830 provoquée par la publication d’ ordonnances iniques[1], Charles X abdique. Le duc d’Orléans accepte la lieutenance générale du royaume.

Les images de cette accession au pouvoir sont abondantes car le futur Louis-Philippe va rapidement commander plusieurs tableaux consacrés aux « Trois Glorieuses[2] ». L’iconographie de Juillet s’exhibera aussi sur des objets du quotidien – jeux de cartes, blagues à tabac, bouteilles de liqueur, vaisselle – susceptibles de laisser une empreinte dans les consciences.

Analyse des images

Les quatre toiles forment une suite. Leurs auteurs, qui n’étaient pas à Paris durant les troubles[3], racontent la trajectoire du duc d’Orléans, depuis sa propriété de Neuilly jusqu’à l’Hôtel de Ville.

Arrivée du duc d’Orléans au Palais-Royal

Le héros arrive nuitamment à son domicile parisien en entrant discrètement par une maison de la rue Saint-Honoré qui fait partie du Palais-Royal[4]. Un cheval mort au premier plan, des fusils posés au sol, les restes d’une barricade gardée par des hommes du peuple, les tons chauds du tableau – orange et bordeaux des éclairages, rouge des échoppes – rappellent les journées insurrectionnelles qui ont précédé.

Louis-Philippe, duc d’Orléans, nommé lieutenant général du royaume, quitte à cheval le Palais-Royal, pour se rendre à l’Hôtel de Ville de Paris, le 31 juillet 1830

Le lendemain matin, le duc repart à cheval[5] pour la mairie, seulement escorté de quelques officiers de la garde nationale et des députés venus à l’aube s’entretenir avec lui. Casquettes, bicorne et hauts-de-forme levés expriment la belle unanimité des Parisiens. Tout, dans la peinture, suggère aussi l’apaisement : teintes gris-bleu[6] du Palais-Royal, présence d’une femme tenant son bébé emmailloté dans les bras et d’une autre, en coiffe, munie d’un panier.

Louis-Philippe, duc d’Orléans, nommé lieutenant général du Royaume, arrive à l’Hôtel de Ville de Paris

Le duc, maintenant en tête d’un cortège plus imposant[7], arrive en place de Grève où l’acclament à l’unisson ouvriers, gardes nationaux, étudiants, et bourgeois venus en famille.

Lecture à l’Hôtel de Ville de Paris de la déclaration des députés et de la proclamation du duc d’Orléans, lieutenant général du royaume

Cet homme providentiel peut désormais entrer dans la grande galerie de l’Hôtel de Ville pour écouter – la main droite sur la poitrine et le regard rivé sur la Déclaration des droits de l’homme – Jean Viennet[8] prononcer la déclaration des députés.

Dans ces quatre toiles, le drapeau tricolore, signe de renaissance politique, a également la vedette. Toute la composition s’ordonne autour de bannières qui forment des motifs géométriques, qui claquent aux fenêtres des maisons et de l’Hôtel de Ville, qui flottent au sommet de la barricade et sur la tour nord de Notre-Dame, étendards dont les ouvriers comme les bourgeois tiennent fièrement la hampe et que composent savamment les vêtements des personnages, Louis-Philippe en tête avec son pantalon blanc, sa veste courte bleutée, sa selle ou son écharpe rouge.

Interprétation

Dans cette histoire officielle, fabriquée par les vainqueurs, des chaînons manquent et des scènes sont édulcorées. Nul n’a peint, à l’amont, le trajet peu glorieux du Raincy – où le duc s’était replié par crainte d’être arrêté sur ordre de Charles X – jusqu’à Neuilly.

Contrairement à ce que nous montrent les images, tous les Parisiens n’étaient pas favorables à une monarchie parlementaire à l’anglaise. Si Louis-Philippe fut acclamé aux environs de son domicile, à mesure qu’il approchait de l’Hôtel de Ville, les cris de « Vive la Liberté ! » dominèrent ceux de « Vive le duc d’Orléans ! » et des témoins entendirent le cri : « Plus de Bourbons ! »

L’idée maîtresse de l’iconographie est de prouver que 1830 fut le contraire de 1793 : une révolution propre, sans pillages et presque sans morts, où la liberté a été obtenue grâce à l’union des classes. Les blessés peints sur toile sont donc légers, et les pavés bien nets, sans poudre ni poussière. Le bourgeois, le polytechnicien et l’ouvrier (parfois accompagné d’un garçonnet) forment un inséparable trio, dans une pose convenue.

Mais ces œuvres de « propagande » laissent néanmoins sourdre des ambiguïtés. Le drapeau tricolore est chargé d’exprimer la réconciliation des bonapartistes et des républicains. Or, Vernet place au centre de sa composition l’étendard de la Première République – où l’ordre des couleurs est rouge-blanc-bleu –, non celui du Premier Empire.

Les peintres, suivant la Vulgate, surestiment le rôle des gardes nationaux, qui dans les faits n’intervinrent que tardivement[9] et essentiellement pour maintenir l’ordre. Mais ils placent ces hommes en amorce, donc en retrait de l’événement, encadrant au sens propre la toile comme les insurgés. Et leur uniforme[10] impeccable dit qu’ils ont peu combattu, à la différence des travailleurs, aux mains ou aux pieds bandés et aux vêtement maculés.

En outre, dans le tableau de Gérard (4), les trois héros de Juillet ne se tiennent déjà plus fièrement côte à côte, le regard tourné dans la même direction. Au moment où Louis-Philippe va prêter serment, non seulement l’ouvrier et ses deux enfants sont rejetés tout au fond du champ, mais leurs traits sont inachevés.

Bibliographie

Claire CONSTANS, « Versailles, les grandes commandes », in 1815-1830. Les années romantiques, musée des Beaux-Arts de Nantes, Réunion des musées nationaux, 1995, p. 86-93.

Mathilde LARRERE-LOPEZ, « La garde nationale des Trois Glorieuses. Héroïque combattante ou figure héroïsée », Sociétés & Représentations, no 8, déc. 1999, p. 163-185.

David PINKNEY, La Révolution de 1830 en France, Paris, PUF, 1988.

Notes

1. Ordonnances publiées dans Le Moniteur du 25 juillet et établissant une censure rigoureuse de la presse, dissolvant la Chambre des députés nouvellement élus, modifiant le système électoral en faveur des candidats conservateurs, organisant de nouvelles élections.

2. Notamment pour la future galerie des Batailles de Versailles, qui sera inaugurée en 1837 et dans laquelle les tableaux s’échelonneront de la bataille de Tolbiac à la révolution de 1830.

3. Horace Vernet, auteur des deux premiers tableaux, est à Rome où il dirige l’Académie française. Gérard et Larivière ont quitté Paris, caniculaire.

4. Domicile qu’il habite depuis son retour d’exil, en 1817, et qui communique avec le no 216 rue Saint-Honoré.

5. La jument Clio, la bien-nommée.

6. La toile dessine en fait trois bandes horizontales qui déclinent, mais en pastel, les trois couleurs du drapeau national : gris-bleu de l’édifice, blanc des pavés, orangé de la terre.

7. On reconnaît le baron Laffitte dans l’une des deux voitures qui suivent le duc d’Orléans.

8. Député de l’Hérault, choisi pour sa « voix superbe ». Le duc d’Orléans est entouré par La Fayette, les commissaires municipaux et les députés.

9. Dans la journée du 28 juillet, quai Voltaire et quai des Augustins, à l’Hôtel de Ville.

10. Composé de buffleteries, d’un bonnet à la grecque, d’un sabre et d’un pistolet.

Pour citer cet article
Myriam TSIKOUNAS, « L’avènement de Louis-Philippe : l’histoire officielle », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/avenement-louis-philippe-histoire-officielle?i=119&d=1&c=Palais-royal&id_sel=255
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