• Spad XIII.

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  • Norman Prince près de son avion.

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  • Spad de Hall après avoir été abattu derrière les lignes allemandes.

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L'aviation dans la Guerre de 14-18

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Contexte historique
De l’aventure à la guerre

Depuis le début du XXe siècle, les débuts de l’aviation et les exploits de ses pionniers intéressent un public de plus en plus large, passionné par l’aventure et ses « as », la compétition et les records ou encore les progrès de la technique. La première traversée de la Manche effectuée par Louis Blériot en 1909, le premier vol transcontinental réalisé aux États-Unis par Cal Rodgers en 1911 ou encore la traversée de la Méditerranée par Roland Garros en 1913 sont ainsi des événements au retentissement réel et symbolique très important.

Lorsque la guerre de 1914-1918 éclate, une aviation à usage militaire se développe peu à peu, d’abord avec des avions de reconnaissance, puis avec des chasseurs et des bombardiers. C’est surtout à partir de la fin de 1916 que l’aviation, engagée dans des combats toujours plus nombreux, commence à jouer un rôle significatif – même s’il reste marginal par rapport à celui de l’infanterie ou de la marine. Les gouvernements et les armées s’emparent alors de cette passion pour l’aventure de l’aviation afin de l’exploiter et de la réorienter à des fins de propagande. Pour un public civil ou militaire lassé et parfois horrifié par les tranchées, les « as » deviennent les héros modernes d’une guerre propre, noble, chevaleresque et technique, qui peut faire rêver et permettre d’améliorer l’image de la guerre auprès des populations.

C’est dans ce contexte qu’ont été prises les photographies Norman Prince près de son avion et Spad de Hall après avoir été abattu derrière les lignes allemandes étudiées ici. Consacrées à l’escadrille La Fayette ou à celle qui lui succède après février 1918, elles montrent les machines utilisées par l’escadrille, ses héros et leurs combats.
Analyse des images
L’aviation, arme de la guerre moderne

Le premier cliché, Spad XIII, montre un assez gros plan d’un Spad S. XIII vu de profil. Cet avion de chasse biplan (deux ailes) et monoplace français fut conçu en avril 1917 par Louis Béchereau et fabriqué par S.P.A.D., société de construction aéronautique française créée en 1911. Amélioration du Spad S. VII, il possédait une envergure un peu plus grande que son prédécesseur, un moteur plus puissant et une deuxième mitrailleuse. À partir de mai 1917, il équipe l’armée de l’air française, dont l’escadrille La Fayette. On aperçoit distinctement ici les différents éléments de l’appareil (les deux ailes, les roues, l’hélice et le gouvernail), ainsi que les peintures de camouflage (sur son fuselage et ses roues) ou la cocarde tricolore sous les ailes.

Norman Prince près de son avion présente lui un gros plan saisissant. Norman Prince, citoyen des États-Unis né en 1887 et aviateur depuis 1912, a été l’un des grands artisans de la création, le 20 avril 1916, de l’escadrille La Fayette, corps de pilotes volontaires américains recrutés dans la Légion étrangère. Parmi les premiers, il participe à plusieurs opérations avant de mourir, le 15 octobre 1916, des suites d’un accident survenu au retour d’une mission. Il apparaît ici en uniforme de sergent devant son Nieuport, la tête levée vers les quatre roquettes qui, tout près de son visage, en arment l’aile droite décorée de la cocarde tricolore. La carlingue de l’appareil, son hélice et ses roues occupent quasiment tout le second plan.

James Norman Hall est né en 1887. Chargé d’un reportage sur la prochaine création de l’escadrille La Fayette, le romancier et poète américain s’y engage et, dès 1917, il participe aux combats. Le 7 mai 1918 (il est alors membre de l’aviation américaine, l’escadrille La Fayette ayant disparu), son appareil est touché par une batterie antiaérienne ennemie et s’écrase derrière les lignes allemandes près de Pagny-sur-Moselle (Meurthe-et-Moselle). Légèrement blessé, il reste prisonnier jusqu’en octobre 1918. Le cliché Spad de Hall après avoir été abattu derrière les lignes allemandes révèle la violence du choc : complètement enfoncé, le nez de l’appareil laisse apparaître le moteur, le train d’atterrissage s’est disloqué. Seules les ailes semblent à peu près intactes, surtout celles de gauche. Elles barrent horizontalement l’image et masquent le visage des soldats allemands alignés derrière l’avion tandis que d’autres se tiennent à sa droite.
Interprétation
Faits d’armes, faits d’hommes

Les trois photographies illustrent chacune à leur manière la spécificité des combats aériens, diffusant et entretenant la légende de leurs héros, ici ceux de l’escadrille La Fayette.

Spad XIII montre la modernité du nouvel avion dans toute son excellence technique. L’arme du futur est déjà tournée vers le ciel, et les camouflages suggèrent qu’elle sait aussi se faire discrète pour des attaques éclair et chirurgicales. Une arme à la précision et à l’efficacité ciblées, qui changent la pratique et surtout la perception de la guerre.

On retrouve la thématique de l’efficacité, associée à une plus grande martialité, dans Norman Prince près de son avion. Ici, la cocarde (déjà visible sur Spad XIII) déborde du cadre vers le spectateur, comme pour affirmer avec plus de force l’enjeu national et guerrier. Elle montre aussi que, comme les autres membres de l’escadrille, Prince a décidé de servir la France. Notons que si la guerre et l’armée sont une affaire collective (et nationale), l’aviation a la particularité de plus personnaliser ses membres (dont les performances sont relatées à titre individuel), souvent assez connus. Le cliché suggère ici que le héros sait servir une cause commune. Ainsi, l’ensemble formé au premier plan par la cocarde, les roquettes et Norman Prince est-il hautement symbolique : sous le « drapeau », les hommes (ici un pilote assez renommé) et les armes sont prêts à servir. Prince inspecte d’ailleurs les roquettes avec un air de satisfaction, de certitude et de fierté : nul doute qu’elles accompliront leur mission, surtout si l’avion, qui semble déjà prêt au combat et dont toute la puissance éclate au second plan, est piloté par un « as » aussi courageux et aussi déterminé que lui. L’aviateur semble d’ailleurs sur le point de partir en mission.

Paradoxalement, Spad de Hall après avoir été abattu derrière les lignes allemandes ne ressemble pas à une image de défaite. Certes, le cliché montre un appareil mis hors d’usage par l’ennemi, ce qui nuance d’ailleurs un peu l’impression de puissance des deux premiers clichés. Mais il ne montre ni mort, ni sang, ni champ de bataille, et semble plutôt plaider pour le courage et l’adresse des pilotes. D’ailleurs, les soldats semblent aussi fascinés par l’appareil que le public par les « aventures » guerrières des aviateurs – qui tiennent le compte du nombre d’avions ennemis abattus comme s’il s’agissait d’une compétition sportive. Relatant cet épisode dans High Adventure, Hall raconte que les aviateurs allemands l’invitèrent à manger avant de le faire prisonnier, ce qui confirme le respect porté aux pilotes même ennemis.
Bibliographie
Jean GISCLON, Chasseurs au groupe La Fayette, 1916-1945, Paris, Nel, 1997.
Jean GISCLON, Les As de l’Escadrille La Fayette, Paris, Hachette,1976.
Jean GISCLON, L’Escadrille La Fayette.
De l’Escadrille La Fayette au La Fayette Squadron, 1916-1945
, Paris, France Empire, 1975.
James Norman HALL, High Adventure: A Narrative of Air Fighting in France, Boston-New York, Houghton Mifflin Company, The Riverside Press Cambridge, 1918.
Pierre VALLAUD, 14-18, la première guerre mondiale, Paris, Fayard, 2004.
« L’Escadrille La Fayette », in revue Icare n° 158 (1996) et n° 160 (1997).
Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « L'aviation dans la Guerre de 14-18 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/aviation-guerre-14-18?i=1068&d=1&c=escadrille%20Lafayette&id_sel=1958
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