Le baron Taylor

Date de publication : Septembre 2004

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Contexte historique
Né à Bruxelles en 1790, Isidore Taylor est issu d’une famille irlandaise venue s’établir en France sous la Révolution. Artiste, savant, administrateur de grandes institutions culturelles, le baron Taylor a consacré toute sa vie à l’art et à la défense de ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui le patrimoine artistique français. D’abord dramaturge et critique d’art il devient rapidement un infatigable voyageur sillonnant notamment le Proche-Orient, le nord de l’Europe et la péninsule Ibérique, d’où il rapporte de nombreuses œuvres. Son plus célèbre récit, Voyage pittoresque dans l’ancienne France, qui ne comporte pas moins de 25 volumes et de 6 000 planches, se veut un manifeste de la richesse des monuments français, du patrimoine national et une forme de glorification de l’art chrétien. Nombreuses sont les missions qui lui ont été confiées. Nommé directeur de la Comédie-Française en 1825 il fait montre d’une ouverture d’esprit qui permet à Victor Hugo d’y représenter Hernani en février 1830 et à Alexandre Dumas d’y monter Henri III. Paris lui doit l’obélisque de Louxor sur la place de la Concorde, dont il a organisé l’acquisition et le transfert en 1829, tandis que le Louvre, durant la monarchie de Juillet, s’est enrichi grâce à lui d’un département de peintures espagnoles. L’esthète a constitué tout au long de sa vie l’une des plus formidables collections privées de France.
Analyse des images
Représenté en buste, vêtu d’un habit d’apparat, âgé ici de quarante-quatre ans, le baron Taylor pose de trois quarts regardant vers la gauche, la veste légèrement ouverte, et se détachant sur un fond indistinct. La grande beauté du personnage, son air romantique, font de cette effigie l’un des portraits les plus remarquables de l’homme à qui Louis-Philippe confia de nombreuses missions culturelles. Le traitement de cette œuvre associe à la fois l’admiration que le peintre espagnol portait à Ingres et à Goya : ainsi les fermes empâtements de couleurs vives rappellent-ils le grand maître espagnol et s'insèrent harmonieusement dans une précision d'ensemble d'où se dégage une déroutante vérité psychologique, révèlant tout le talent du peintre.
Interprétation
Madrazo réalisa, lors de son premier séjour à Paris en 1833, deux portraits d’égale importance, qui demeurent des chefs-d’œuvre : celui d’Ingres (Hispanic Society, New York) et celui du baron Taylor. Séduit par ce portrait, Taylor commanda au jeune peintre espagnol une composition pour la salle des Croisades du château de Versailles. Rare témoignage de l’échange culturel intense entre la France et l’Espagne qui commençait alors à modifier considérablement les conceptions artistiques de part et d’autre des Pyrénées, ce portrait magistral du baron Taylor n’a hélas pas encore, aux yeux du public, recouvré sa véritable importance historique. Il illustre en effet de façon unique la forte complémentarité qui existe chez les premiers romantiques entre David, Ingres, Girodet et Goya avant l’éclosion de la nouvelle école de peinture initiée, entre autres, par Manet.
Bibliographie
Juan PLAZOLALe baron Taylor: Portrait d'un homme d'aveniréd.
Fondation Taylor, 1989
Pour citer cet article
Pascal TORRÈS, « Le baron Taylor », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 31 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/baron-taylor?i=539
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