• Scène de carnaval : dans une calèche divers personnages costumés.

    Eugène LAMI (1800 - 1890)

  • Programme officiel du cortège de la mi-carème 1893.

    GILLSAER

  • Nice, le carnaval, bataille de confettis.

    Jean GILLETTA (1856 - 1933)

  • La mi-Carême à Paris : la bataille de confettis sur les boulevards.

    Paul GÉNIAUX (1873)

Le carnaval et ses réjouissances

Date de publication : Janvier 2013

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Contexte historique
Histoire et symbolique du carnaval

Fête d’origine païenne, le carnaval est étroitement encadré au Moyen Âge par l’Église qui l’inscrit dans le calendrier liturgique et en fixe la durée : du lendemain de l’Épiphanie au mardi gras, dernier jour avant la période de jeûne dite du carême. Il s’accompagne de nombreuses manifestations durant lesquelles l’ordre établi est mis à bas au profit d’un chaos éphémère. Cette « fête que le peuple se donne à lui-même », selon l’expression de Goethe, est l’occasion de débordements, de travestissements, de manifestations de sauvagerie ou encore d’inversions de sexes et de codes sociaux.

Les masques et les déguisements que les participants revêtent renvoient au folklore et à la mythologie populaires ; tel l’homme sauvage, ils sont des survivances de cultes païens de la fertilité, de la régénération de la nature. Cette fête subit de nombreuses transformations au fil de l’histoire : les aspects brutaux et le caractère subversif qui étaient les siens à l’époque médiévale tendent à s’effacer au cours du XVIIIe siècle au profit des bals masqués aristocratiques, sous l’influence de Venise, puis, au XIXe siècle, au profit des cortèges et défilés rigoureusement contrôlés par les autorités. Le carnaval est alors l’occasion de réjouissances variées, qui vont du festin à la parade en passant par les aspersions, barbouillages, batailles de projectiles, jeux de l’ours, chasses, farces, déguisements, chants, danses…
Analyse des images
Réjouissances carnavalesques

Cette aquarelle d’Eugène Lami (1800-1890), peintre de la vie parisienne élégante sous la monarchie de Juillet et le Second Empire, représente une scène de carnaval : dans une rue du quartier de la Madeleine, une calèche tirée par plusieurs chevaux transporte un grand nombre de personnes des deux sexes portant des déguisements variés. Les fêtards se dirigent probablement vers un bal masqué de la capitale, réservé à la noblesse, ou vers les faubourgs de Belleville où bourgeois et aristocrates costumés n’hésitaient pas à aller s’encanailler parmi les classes populaires qui y festoyaient.

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, bals et festins font place à de fastueux défilés, en particulier sous l’influence de la ville de Nice qui en lança la mode à partir de 1873, en instituant un corso carnavalesque auquel était rattaché un Comité organisateur de la fête. Désormais, défilés de chars, cavalcades, mascarades, etc., constituent les moments forts du carnaval dans les grandes villes. Ils sont étroitement contrôlés par les autorités, comme en témoigne ce programme officiel illustré du cortège parisien de la mi-carême 1893, paru dans le supplément au journal La Patrie. Fantassins, cavaliers, calèches… forment un immense cortège qui défile suivant une trajectoire prédéfinie et attire des foules de spectateurs.

Nice a également joué un rôle de premier plan dans le succès des confettis, en instaurant la mode des batailles de projectiles durant la seconde moitié du XIXe siècle. Toutes sortes de projectiles sont employés : fleurs, dragées, bonbons, confettis de plâtre que l’on vendait avec un masque de protection en treillis de fer peint ; ce n’est que dans les années 1890 que les confettis en papier font leur apparition à Nice. Ils font le bonheur des fêtards, ainsi que le suggère cette image de Jean Giletta (1856-1933), photographe attitré de la Côte d’Azur qui ouvrit un atelier à Nice en 1880 puis une maison d’édition de cartes postales. Pris en gros plan, ce cliché montre trois personnages masqués et déguisés qui se jettent des confettis à la figure.

Le succès de ces projectiles multicolores ne tarda pas à gagner Paris : Paul Géniaux (1873- après 1930), autre photographe de la vie quotidienne à Paris, a immortalisé dans une veine réaliste les joyeuses batailles de confettis auxquelles hommes, femmes et enfants se livraient sur les boulevards durant la période de carnaval.
Interprétation
Un carnaval urbain

Au XIXe siècle, tous ces rites et réjouissances urbains sont dûment contrôlés par les pouvoirs publics, qui craignent avant tout les comportements licencieux et déréglés. Sous l’influence d’un idéal scientiste et matérialiste déniant tout pouvoir intrinsèque aux forces de la nature et hostile aux superstitions païennes, la tradition carnavalesque est profondément bouleversée, et le carnaval prend un autre visage, plus urbain.

L’ascension de la bourgeoisie dans les villes, la crainte des classes populaires dangereuses, des manifestations de rue et le renforcement de l’ordre public conduisent les édiles locaux à organiser le carnaval de manière différente : de nouvelles festivités pittoresques y sont introduites, et priorité est donnée aux défilés de chars allégoriques qui suivent des trajets bien définis à l’avance, de manière à pouvoir contrôler l’espace public. Cette dimension touristique et récréative du carnaval, qui tient les spectateurs à l’écart, a pris le pas sur les libertinages d’autrefois, sans pour autant anéantir les anciennes traditions. Certaines demeurent encore populaires en bien des régions, comme la chasse à l’ours dans les Pyrénées ou le paillassou, avatar de l’homme sauvage, dans le midi de la France.
Pour citer cet article
Charlotte DENOËL, « Le carnaval et ses réjouissances », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/carnaval-ses-rejouissances?i=1083&d=1&c=carnaval&id_sel=2015
Commentaires
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Histoire_image le 25/02/2013 à 12:02:09
Bonjour,

Goethe a effectivement fait part de ses impressions lors du carnaval de Rome auquel il a assisté en 1787.

Il existe également une tradition carnavalesque en Allemagne. Voir cet article pour plus d'informations

A bientôt,

Anne-Lise
knut le 06/02/2013 à 05:02:02
Bonjour,

vous citez Goethe, mais il est rarement question du carnaval
en Allemagne dans la presse française. Est-ce par ignorance?
f le 29/01/2013 à 04:01:33
Bonjour,

Excellent article assez succint de l'histoire de Carnaval. Je vous en remercie. En plus il tombe à point nommer vu que la fête sera dans quelques semaines.

Vous n'évoquez pas l'origine "carnivore" de carnaval par contre...C'est dommage. peu de personnes connaissent cette étymologie.

Bonne continuation