• Gaulois.

    Jean-Baptiste CARPEAUX (1827 - 1875)

  • Gaulois.

    Henri Alfred DUBOIS (1859 - 1943)

  • Chef gaulois.

    Emmanuel FREMIET (1824 - 1910)

Le chef gaulois

Date de publication : Janvier 2010

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Contexte historique
Le retour de Vercingétorix

Traditionnellement, la royauté française se réclamait de Clovis et des Francs. Ses adversaires républicains se sont eux choisi un personnage alors moins bien connu sur le plan historique : Vercingétorix, proclamé champion de l’indépendance nationale, de la liberté du peuple, de la bravoure et du sacrifice. Au XIXe siècle, période de surgissement des nationalismes partout en Europe, les Français ne peuvent plus se revendiquer des Francs ; quant à l’origine gréco-romaine, elle renvoie pour ses détracteurs autant au césarisme de Bonaparte qu’à l’intervention de l’Église catholique dans les affaires nationales. La réappropriation du passé gaulois en général et de Vercingétorix en particulier, solution à ce dilemme identitaire, n’est toutefois pas dénuée d’ambiguïté. Napoléon III, tout en signant une Histoire de Jules César, ordonne ainsi des fouilles à Alésia et Gergovie (1860), puis à Bibracte (mont Beuvray, 1867), et fonde en 1867 le musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye. Avec l’empereur, les principales institutions s’emparent de la figure de Vercingétorix : en 1864, l’Académie française lance un concours de poésie qui a pour thème le grand chef arverne. La même année, Gustave Courbet, parmi beaucoup d’autres (Chassériau, par exemple), le peint dans Le Chêne de Vercingétorix. Sous la IIIe République, instaurée en 1870, le façonnement précoce d’une conscience nationale par le biais de l’instruction publique consolide l’adoption de Vercingétorix.
Analyse des images
L’archétype du Gaulois

Dans ce dessin, quelques lignes vigoureusement tracées à l’encre de Chine ont suffi à Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) pour brosser le portrait d’un Gaulois, codifié dans sa carrure, son visage et son attitude. La poitrine nue dit le barbare, mais aussi la force brute, animale, soulignée par les muscles saillants du bras ; les traits simples, le menton, les yeux, disent la détermination ; quant à la longue moustache et aux cheveux flottants, ils désignent une « race », presque une caste.

La médaille intitulée Gaulois est signée Henri Alfred Dubois. Gravé en fin relief sur une surface vierge d’inscription, le profil restitue minutieusement les attributs capillaires (moustache, longs cheveux nattés) caractéristiques de la représentation du Gaulois élaborée par l’historien Amédée Thierry. Le personnage porte également une armure et un casque en pointe finement décoré.

Le sculpteur Emmanuel Frémiet (1824-1910) a coulé dans le bronze Du Guesclin, François Ier et Napoléon III lui-même (1868) ; on lui doit aussi la statue équestre de Jeanne d’Arc qui se trouve place des Pyramides à Paris. Il est par ailleurs l’auteur de nombreuses sculptures animalières (implantées par exemple devant le musée d’Orsay) dont le naturalisme a pu être qualifié de « réalisme clinique ». Plus que par ses proportions (un peu plus d’un mètre cinquante de haut), c’est par le souci du détail que frappe cette œuvre très fouillée où Frémiet se montre d’une extrême précision dans les muscles, la robe et le regard du cheval, le moindre pli des braies, les ornements de l’armure, les proportions et la place de chaque arme dans l’ensemble.
Interprétation
Les grands hommes qui ont fait la France

Les attributs rapidement brossés dans le dessin de Carpeaux sont autant de codes qui se retrouvent dans les œuvres de Dubois et Frémiet : vigueur, virilité, détermination. Bien que conservée au musée d’Orsay, la médaille de Dubois ressemble singulièrement à la tête de la statue de Frémiet, commandée par Napoléon III avec son pendant le cavalier romain pour le tout nouveau musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye : les traits du visage, l’équilibre des nattes, le casque et l’armure sont identiques en tous points. La médaille dessinée par Dubois se veut sans doute un rappel des monnaies antiques en bronze, mais a peut-être surtout servi de support de diffusion à l’image créée par Frémiet, dans un contexte d’assimilation du thème gaulois.

Dans le socle de la statue a été gravée la mention « L’armure et les armes font partie des collections du musée ». Avec une précision quasi maniaque, le sculpteur a en effet accumulé les armes sur cette statue à vocation pédagogique, qui concentre tout ce que l’on croit savoir à l’époque sur les Gaulois. Cette synthèse séduisante mélange en fait époques et régions, et cette œuvre anachronique finit par manquer son objectif initial. En revanche, à la différence de la statue de Vercingétorix par Millet placée sur le site d’Alésia, il n’y a ici nulle ressemblance avec les traits du guerrier. À partir du milieu des années 1880, dans une république née sous occupation étrangère, la figure de Vercingétorix se propage entre autres sous forme de statues équestres – l’exemple le plus fameux étant l’œuvre de Bartholdi érigée à Clermont-Ferrand. Le XIXe siècle français, tour à tour monarchique, impérial et républicain, a adoubé l’ennemi vaincu de César, symbole du chef intrépide autant que de la nation qui résiste les armes à la main. À l’instar de celles de Clovis ou Jeanne d’Arc, l’épopée de Vercingétorix sert de vecteur à la propagande patriotique. Quoique toujours relativement mal connu, il entre alors définitivement dans le récit national comme un de nos « grands hommes ».
Bibliographie
Anny BRAUNWALD et André HARDY, Dessins de Jean-Baptiste Carpeaux à Valenciennes, Valenciennes, Musée des Beaux-Arts de Valenciennes, 1975.
Jean-Louis BRUNAUX, Nos ancêtres les Gaulois, Paris, Le Seuil, coll. « L’Univers Historique », 2008.
Kristof POMIAN, « Gaulois et Francs », in Pierre Nora (éd.), Les Lieux de mémoire, Gallimard, Paris, 1992.
André SIMON, Vercingétorix et l’idéologie française, Paris, Imago, 1989.
Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « Le chef gaulois », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/chef-gaulois?i=1042&d=1&musee=Mus%C3%A9e%20des%20Beaux-Arts%20d%27Arras&id_sel=1910
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