• L'impératrice Eugénie visitant les cholériques à Amiens.

    Auguste FERAGU (1816 - 1892)

  • L'impératrice Eugénie visitant les cholériques de l'Hôtel-Dieu à Amiens, le 4 juillet 1866.

    Paul-Félix GUERIE (1819)

  • L'impératrice Eugénie protégeant du choléra les villes d'Amiens et de Paris.

    Antoine-Léon BRUNEL-ROCQUE (1822)

Le choléra à Amiens (1866)

Auteur : Alain GALOIN

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Contexte historique

Entre l’été 1865 et l’hiver 1866, le choléra fit son apparition dans de nombreuses régions de France. Ce fut l’épidémie la plus grave depuis 1832. Le 30 juin 1866, l’empereur envoya le ministre de l’Agriculture et du Commerce et l’inspecteur des services sanitaires à Amiens où l’épidémie avait revêtu une exceptionnelle gravité. Il fit don de 5 000 francs en son nom personnel et de 1 000 francs au nom du prince impérial pour secourir les victimes (Le Moniteur, 4 juillet 1866). Quatre jours plus tard, l’impératrice fit une visite de bienfaisance à Amiens, visitant les hôpitaux et autres institutions. A propos de cette visite, Prosper Mérimée écrivait à Panizzi, le 5 juillet 1866 : “ Je ne suis pas sûr que ce soit très raisonnable, mais c’est très beau. ” En décembre 1865, l’impératrice avait rendu visite aux cholériques de l’hôpital Beaujon, à Paris. En 1866, le conseil municipal de la capitale fit frapper une médaille de bronze commémorative.

Analyse des images

La toile d’Auguste Feragu représente l’impératrice Eugénie sortant de l’hôtel-Dieu d’Amiens, le 4 juillet 1866. Derrière l’impératrice se tiennent les autorités civiles et religieuses : le docteur Connau, conseiller d’Etat et préfet de la Somme, accompagné de son épouse, monsieur Dhavernat, maire de la ville, l’évêque d’Amiens ; derrière ces notabilités, le personnel de santé, médecins et religieuses. L’impératrice est sobrement vêtue de noir ; elle est coiffée d’un petit bonnet noir fixé à l’aide d’un ruban noué sous le menton. Elle est accompagnée de la comtesse de Lourmel, dame du palais.
Devant l’hôtel-Dieu, quelques Amiénois l’attendent. Un petit garçon s’avance vers elle et lui tend une supplique.
L’hôtel-Dieu est situé dans le quartier Saint-Leu, quartier populaire dominé par la masse imposante de la cathédrale qui se dresse à l’arrière-plan. On aperçoit la foule grouillante et, à gauche, l’entrée de l’église Saint-Leu.
La toile de Paul-Félix Guérie représente l’impératrice Eugénie à l’intérieur même de l’Hôtel-Dieu. La grande salle commune, dont le haut plafond est soutenu par des piliers de bois, est divisée en deux par une cloison de planches. On aperçoit le tuyau du poêle qui permet de chauffer la salle. Les lits sont répartis sur trois rangées. Au centre de la toile, l’impératrice est penchée sur un lit où repose un malade. Comme dans le tableau d’Auguste Feragu, elle est très simplement vêtue de noir. Une sœur de charité se tient de l’autre côté du lit. Derrière l’impératrice se trouvent les autorités civiles, militaires et religieuses, notamment le préfet de la Somme et l’évêque d’Amiens. La salle est remplie d’une foule nombreuse. A droite, au pied d’un lit, un homme agenouillé nettoie le parquet.
La peinture sur toile d’Antoine-Léon Brunel-Rocque a la forme d’un médaillon ovale. Il s’agit de la composition originale, préparatoire à la décoration d’un vase commandé à la manufacture de Sèvres pour commémorer la visite de l’impératrice à Amiens le 4 juillet 1866. Il fut livré “ au nom de S.M. l’Empereur, au Musée Napoléon de la ville d’Amiens ” en mai 1870.
Le thème traité par Brunel-Rocque est une allégorie. Au centre de la composition, l’impératrice Eugénie, debout, tend les bras vers deux femmes agenouillées, tourelées, qui symbolisent les villes de Paris et d’Amiens éprouvées par l’épidémie. Aux pieds de la souveraine, deux dragons agonisants, lançant flammes et fumées, incarnent le choléra vaincu par l’intercession de l’impératrice.

Interprétation

Auguste Feragu et Paul-Félix Guérie ont représenté le même événement, mais ils l’ont mis en scène de façon totalement différente.
Le choléra est pratiquement absent du tableau d’Auguste Feragu. L’impératrice est représentée sortant de l’hôtel-Dieu et le peintre insiste davantage sur le caractère officiel de sa visite à Amiens. L’œil est attiré par ce petit garçon présentant une supplique à la souveraine, qui tend majestueusement la main pour la recevoir et montre ainsi que le pouvoir impérial est à l’écoute des problèmes et des aspirations du peuple.
A l’inverse, le choléra est au centre du tableau de Paul-Félix Guérie. Méprisant la mortelle contagion, l’impératrice se penche sur le lit d’un malade qu’elle réconforte. L’œuvre a une portée beaucoup plus sociale. L’univers hospitalier est représenté ici dans toute sa laideur : bâtiments vétustes aux murs lépreux, promiscuité, hygiène sommaire… L’impératrice est présentée comme un personnage proche de la misère du peuple.
Néanmoins, dans les deux cas, l’artiste se fait le propagandiste du régime impérial. Il met en évidence la volonté ostentatoire du pouvoir de partager les épreuves du peuple et de lui apporter aide et réconfort, une démarche teintée de paternalisme et qui n’est pas exempte de démagogie à un moment où les souverains sont en quête de popularité.
La composition d’Antoine-Léon Brunel-Rocque va beaucoup plus loin que les deux œuvres précédentes dans la propagande démagogique. Bien connu comme peintre de sujets religieux, Brunel-Rocque s’est délibérément inspiré de l’iconographie chrétienne pour représenter l’impératrice dans l’attitude d’une sainte victorieuse terrassant l’épidémie, lui prêtant ainsi le pouvoir thaumaturgique autrefois dévolu à certains souverains de la dynastie capétienne.

Bibliographie

Comte FLEURY , Louis SONOLET La société du Second Empire t.3, “ 1863-1867 ” , Paris, Albin Michel.
Le Journal de la France n° 60 (1970), reproduction couleur p.
1655.
Le Second Empire 1852-1870 in Histoire de France illustrée, 2000 ans d’images , reproduction couleur p.
85.
Etienne PALMA, “ Salon de 1868 ”, Revue de Paris 1868 vol.
XI, p.
239.
L’Art en France sous le Second Empire Catalogue de l’exposition , Paris, Grand Palais, 11 mai - 13 août 1979, p.
226 (notice n° 117 concernant le vase d’Amiens).
Catalogue Amiens, Musée de Picardie, 1876, p.
198, n° 2137.

Pour citer cet article
Alain GALOIN, « Le choléra à Amiens (1866) », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/cholera-amiens-1866?i=384&oe_zoom=331&id_sel=331
Commentaires
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PICTAVIA le 23/08/2015 à 12:08:20
Le tableau d'Auguste Feragu est peint d'après une photographie de l'événement intitulée : "Visite de sa Majesté l'impératrice à l'Hotel-Dieu / Amiens, 4 Juillet 1866".
De nombreux personnages présents sur la photo sont absents sur la toile, notamment TOUS les militaires...
Amiens Passion le 17/01/2013 à 09:01:00
Merci pour toutes ces informations !
Je suis amiénois depuis quelques mois et je me passionne pour cette jolie ville. J'ai récemment acheté le livre Histoire d'Amiens qui m'a appris énormément de choses et je me ballade avec plaisir dans les petites rues malgré le froid pour voir de visu tout cela !

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