Colbert

Date de publication : mars 2015
Auteur : Jean HUBAC

Inspecteur d'Académie Directeur académique adjoint

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Contexte historique

Un portrait de réception à l’Académie royale de peinture et de sculpture

Reçu à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1663, le peintre bellifontain Claude Lefebvre ne réalise son morceau de réception, ouvrage imposé par l’Académie à ses futurs membres, que quelques années plus tard. Il s’agit de ce Portrait de monseigneur Colbert, commandé dès 1662 mais présenté le 30 octobre 1666 et initialement placé dans la rotonde, parmi les portraits des bienfaiteurs de l’Académie.

Sous l’influence de son maître Charles Le Brun, Lefebvre se spécialise et excelle dans l’art du portrait grâce à une technique perfectionnée et reconnue par ses contemporains. Les nombreuses gravures de ses œuvres révèlent son succès comme peintre de cour – les graveurs Guillaume Chasteau et Benoît Audran assurent d’ailleurs la diffusion de son portrait de Colbert durant le règne de Louis XIV.

En 1666, le modèle – Jean-Baptiste Colbert – est le ministre le plus influent du début du règne personnel de Louis XIV. Issu d’une famille de banquiers et de marchands rémois, il assume alors de nombreuses fonctions, tant officielles qu’officieuses, et a présenté au roi en 1664 un vaste programme de réformes des finances du royaume (le « grand dessein »).

Le portrait de Lefebvre renouvelle l’image de Colbert, jusqu’alors fondée sur l’œuvre gravée de Robert Nanteuil, pour lui donner une stature plus majestueuse et plus glorieuse.

Analyse des images

Un serviteur de l’État en représentation

Colbert est représenté debout et de trois quarts, en grand trésorier des Ordres du Roi (ordres du Saint-Esprit et de Saint-Michel), dans une ample cape de soie noire frappée de la croix de l’ordre du Saint-Esprit, rappelée par le discret ruban bleu. Le contraste est marqué avec les fines dentelles du jabot et du poignet d’une part, et avec le délicat grain de la peau d’autre part. Le visage est serein, tourné vers le spectateur et encadré d’une abondante chevelure naturelle (Colbert ne cède à la mode de la perruque qu’à la fin de sa vie).

Le décor est sobre : une demi-colonne à l’arrière-plan gauche renvoie à la stabilité de la puissance publique que le ministre incarne. Devant un rideau noir, une pendule ouvragée surmontée d’un Atlas portant le monde symbolise la constance du grand commis au service du souverain, la vocation universelle de sa politique et le poids de la charge qui pèse sur ses épaules, comme le précise l’inscription latine « Par oneri cervix ». Au pied de la pendule ont été représentés deux feuillets ; l’un évoque l’histoire métallique, « projet colbertien d’immortaliser la gloire de Louis XIV » (Nicolas Milovanovic) confié par le ministre à la Petite Académie instituée en 1663, l’autre montre le plan de la porte des Tuileries menant à la cour du Carrousel, témoignant des travaux entrepris au Louvre par l’architecte Louis Le Vau sous la direction de Colbert.

Interprétation

Le premier des ministres de Louis XIV

Le portrait représente le sérieux et la puissance assumée d’un grand serviteur de l’État. En assimilant Colbert à Atlas, le peintre exploite une thématique fréquente au XVIIe siècle pour illustrer la grandeur et la servitude du premier des ministres.

Lefebvre utilise de manière subtile des détails faisant écho aux multiples fonctions de Colbert en 1666. Les médailles, le plan, la croix de l’ordre du Saint-Esprit et les dentelles témoignent ainsi des charges cumulées par le ministre d’État, membre du Conseil d’en-haut : patron de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, dite Petite Académie, en 1663, surintendant des Bâtiments, Arts et Manufactures en 1664, grand trésorier des Ordres du Roi et contrôleur général des Finances en 1665, qui favorise le commerce et l’industrie manufacturière.

Louis XIV a décidé de gouverner sans ministre principal à la mort du cardinal Mazarin en 1661. Il s’est pourtant entouré de ministres qui ne devaient leur autorité qu’à sa propre souveraineté. Colbert, issu de l’entourage du cardinal, connaît une ascension fulgurante durant la décennie 1660 et construit un réseau de familiers aux ramifications étendues dans les administrations de la monarchie. Malgré l’existence d’autres grands commis de l’État en 1666 (Michel Le Tellier et Hugues de Lionne surtout), Colbert apparaît comme le premier d’entre eux, aussi bien dans la réalité de ses fonctions que sur cette « sorte de portrait officiel du ministre » (Thierry Bajou).

Comme les portraits de Colbert peints par Philippe de Champaigne et Pierre Mignard, cette toile de Lefebvre constitue un modèle et une source d’inspiration pour d’autres artistes aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Bibliographie

BAJOU Thierry, La Peinture à Versailles (XVIIe siècle), Paris, Réunion des musées nationaux / Buchet-Chastel, 1998.

DORIVAL Bernard, « Recherches sur l’iconographie de Colbert : Colbert tel qu’il fut et tel qu’il voulut apparaître », dans MOUSNIER Roland (dir.), Un nouveau Colbert, actes de colloque (Paris, 1983), Paris, Société d’édition d’enseignement supérieur, 1985, p. 45-67.

MÉROT Alain, La Peinture française au XVIIe siècle, Paris, Gallimard/Electa, 1994.

MEYER Jean, Colbert, Paris, Hachette, coll. « Littérature générale », 1981.

MINISTÈRE DE LA CULTURE, Colbert (1619-1683), cat. exp. (Paris, 1983), Paris, ministère de la Culture, 1983.

Pour citer cet article
Jean HUBAC, « Colbert », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 12 décembre 2018. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/colbert?language=fr
Commentaires
Caroline Murat et ses enfants. François GERARD, Baron (1770 - 1837) Vers 1809-1810. Musée national du Château de Fontainebleau