• Le triomphe des armées françaises.

    Antoine Maxime MONSALDY (1768 - 1816)

  • Discours du général Bernadotte

Les conquêtes du Directoire

Date de publication : Mai 2003

Partager sur:

Contexte historique

Pourquoi la guerre sous le Directoire ?



A peine proclamée, la République avait dû se battre pour survivre contre les puissances européennes coalisées. Depuis les victoires de 1794, d’autres ambitions l’emportent sur la défense. L’idée des frontières naturelles veut mettre les limites de la France en conformité avec la « Nature » : la mer, la montagne et le Rhin, et suscite les annexions de la Savoie, de la Belgique, de la partie sud de la Rhénanie, de la région de Porrentruy, de Montbéliard, du comté de Nice. La politique d’expansion révolutionnaire devient plus belliqueuse encore avec la doctrine des Républiques sœurs que soutiennent les patriotes de diverses régions d’Europe.



En 1796, le Directoire désire annexer la rive gauche du Rhin. Il se lance dans une attaque principale en Allemagne, avec l’armée de Sambre et Meuse, sous les ordres de Hoche, Pichegru et Jourdan, entre Dusseldorf et Mayence et avec l’armée de Rhin et Moselle, sous le commandement de Moreau, entre Mayence et Bâle.



Bonaparte devait effectuer en Italie des manœuvres de diversion. Mais après une campagne-éclair, c’est lui qui fait triompher la politique d’expansion révolutionnaire. Il crée la République cispadane et signe avec le pape la paix de Tolentino (19 février 1797), contre les directives de son gouvernement. L’offensive française en Allemagne, au contraire, a été repoussée en automne 1796. Dès qu’elle reprend avec Hoche et Moreau, Bonaparte brûle les étapes sur le chemin de l’Autriche et conclut avec l’archiduc Charles l’armistice de Leoben puis la paix de Campo-Formio (18 avril et 18 octobre 1797) : il jette les bases de sa politique italienne en créant les Républiques cisalpine et ligurienne.

Analyse des images

L’ivresse de conquêtes des jeunes généraux



Sous un titre conventionnel, l’allégorie bascule avec humour dans l’excitation du succès. Démantelant les grandes puissances d’Europe, quatre jeunes généraux ont opéré des conquêtes d’ampleur inouïe. Ils portent comme des trophées des fragments détachés par eux de la carte de l’Europe! Antoine Monsaldy (1768-1816) graveur français un temps installé à Rome, a réalisé un montage original de réductions de deux cartes itinéraires de Jean-Baptiste Poirson, vendues chez le même éditeur, Jean, à Paris où il faut convaincre l’opinion.



Jeunes comme des héros antiques, les vainqueurs portent l’uniforme de général en chef : habit bleu national, culotte et gilet blancs, ceinture dorée. Chacun coiffe le chapeau à sa guise, « en bataille » ( pointes de part et d’autre du visage), comme Hoche, à gauche, et Moreau ou « en colonne » (pointes en avant et en arrière de la tête), comme Pichegru.



Hoche tient la carte détaillée du théâtre de l’expédition manquée des émigrés à Quiberon, en juin et juillet 1795. Sa victoire de l’an III est en réalité plus proche des aspirations de l’an II - sauver la République de ses ennemis extérieurs et intérieurs - que des conquêtes du Directoire.



Pichegru a pénétré aux Pays-Bas en 1794, après la reprise de la Belgique, occupé Amsterdam et la Haye et la République batave a pu s’organiser. Général en chef de Sambre et Meuse, il est populaire auprès de la « jeunesse dorée »des fameux Muscadins et Incroyables. Moreau, à la tête de l’armée de Rhin et Moselle, roule le coin de la carte pour dissimuler l’Angleterre !



Bonaparte – ici le plus ressemblant des quatre - arrache de l’Empire, au sens littéral du terme, l’Italie septentrionale et centrale, avec toutes les possessions de Venise. Narquois, le bras gauche replié dans le dos, il se tourne vers les trois autres : à lui seul n’a-t-il pas conquis toute l’Italie du Nord ? L’aigle du Saint Empire, emblème des Habsbourg, débordée par les assauts subis, tient dans ses serres un sabre cassé et s’agrippe au cadre du territoire qui lui reste!



La carte des puissances en place avant la campagne d’Italie a été utilisée sans attendre les limites de la République cisalpine. Détacher cette région de l’Empire suffit à montrer l’emprise exercée par les troupes de Bonaparte : la carte de l’Italie, datée de l’armistice de Leoben (29 germinal an V/ 18 avril 1797) donne déjà les possessions de Venise aux mains de Bonaparte, alors que l’occupation ne se fera qu’au 15 mai. L’annexion de la rive gauche du Rhin apparaît aussi immédiate, bien que prévue dans une étape ultérieure. Avec un sens aigu de la propagande, l’image présente Bonaparte en vainqueur inégalé et le loue en même temps comme le héros qui apporte la paix voulue par l’opinion.



A la même époque, le discours du général Bernadotte (1763-1844, qui deviendra maréchal d’Empire puis roi de Suède et de Norvège) chargé par Bonaparte de remettre au Directoire les drapeaux pris par l’armée d’Italie, le 10 fructidor an V/27 août 1797, vise à exalter les victoires de Bonaparte et à convaincre le Directoire et l’opinion de sa volonté de maintenir la République contre la menace royaliste. Opération de propagande, certes, mais le ton qu’adopte le jeune général est révélateur de cette période nouvelle. Il ne s’agit plus de défendre la patrie dans l’enthousiasme patriotique de l’an II. Ses injonctions au Directoire pour qu’il réprime les factions ne sont pas moins fermes que sa conviction du rôle politique que pourra jouer l’armée. A partir de l’an IV, un appétit de conquête l’emporte qui se cristallise autour de ces chefs militaires jeunes et soucieux de gloire.

Interprétation

La propagande au service des conquêtes



Bonaparte, installé à cette époque au château de Mombello près de Milan, entouré d’une véritable cour où figurent savants et artistes, réorganise toute l’Italie du nord. Il sait que les accords de Leoben ne plairont pas au Directoire qui souhaite avant tout l’annexion de la rive gauche du Rhin. Il charge alors les courriers qui en emportent le texte à Paris de proclamer tout au long de leur route que la paix avec l’Autriche est faite, de façon à créer un mouvement d’opinion qui mette le Directoire devant le fait accompli. Cette gravure est probablement liée à ce contexte : produire une carte était le meilleur moyen de présenter la situation victorieuse.



La rivalité des trois jeunes généraux avec Bonaparte ne durera plus que quelques semaines. Le 5 septembre de cette année 1797, Pichegru, dont les sympathies royalistes sont connues de Bonaparte et du Directoire dès juin est condamné à la déportation en Guyane à la suite du coup d’Etat républicain du Dix-Huit Fructidor. Le 19, Hoche, rongé par la tuberculose, meurt au quartier général de Wetzlar, à 29 ans. Le 23, Moreau est destitué pour avoir caché au Directoire des preuves de la trahison de Pichegru. Sous peu, la voie sera ainsi libérée pour l’exceptionnel génie du dernier.

Animations
Les conquêtes du Directoire
Bibliographie

Pierre-Dominique CHEYNET, Archives nationales (France), Les procès-verbaux du Directoire exécutif, an V-an VIII : inventaire des registres des délibérations et des minutes des arrêtés, lettres et actes du Directoire...Paris, Centre historique des Archives nationales, 2001, tome II, p. 188.
Jacques GODECHOT, La Révolution française, chronologie commentée, 1787-1799Paris, Perrin, 1988 Jacques GODECHOTLa Grande Nation, l’expansion révolutionnaire de la France dans le monde, 1789-1799Paris, Aubier, 1956, rééd.2001
Annie JOURDAN, Napoléon. Héros, imperator, mécèneParis, Aubier, 1998

Pour citer cet article
Luce-Marie ALBIGÈS, « Les conquêtes du Directoire », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/conquetes-directoire?i=481&d=1&c=cartes&id_sel=783
Commentaires

Découvrez aussi