La dissolution de Port-Royal

Date de publication : février 2015
Auteur : Pascal DUPUY

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Contexte historique

L’histoire de l’abbaye de Port-Royal-des-Champs, située dans la vallée de la Chevreuse, dans le Sud-Ouest parisien, est bien connue en raison de la place déterminante qu’elle occupe dans la diffusion du jansénisme en France au XVIIe siècle.

Cette abbaye de cisterciennes, fondée au tout début du XIIe siècle par Mathilde de Garlande et marquée par l’isolement et le recueillement, devient le bastion de la réforme catholique en France et représente l’opposition à l’absolutisme de Louis XIV. Ce dernier, dans ses Mémoires, explique qu’il s’est appliqué à « détruire le jansénisme et à dissiper les communautés où se fomentaient cet esprit de nouveauté ». Il entend avant tout par là l’abbaye de Port-Royal, à laquelle il s’attaque au tout début de son règne.

Après le rétablissement en 1678 d’une « paix de l’Église catholique », qui permet au mouvement de cesser d’être considéré comme dangereux pour le repos public et pour l’État, Louis XIV reprend au début du XVIIIe siècle son combat, sans cependant obtenir la soumission des religieuses. Il décide donc en 1709 de les disperser, puis deux ans plus tard, au crépuscule de son règne, de faire raser l’abbaye.

Ces décisions ne mettent toutefois pas un terme à la diffusion du jansénisme en France, qui continue d’irriguer les veines de l’opposition politique à la monarchie, en particulier grâce à son influence sur les parlements tout au long du XVIIIe siècle.

Analyse des images

Le tableau, postérieur aux événements, fonctionne en dyptique avec la toile Destruction de l’abbaye de Port-Royal. Il met en scène ce que les historiens du jansénisme ont souvent décrit : l’expédition de Marc-Pierre de Voyer de Paulmy, comte d’Argenson (1696-1764), lieutenant général de police de la Ville de Paris, venant informer les religieuses de la fermeture de l’abbaye.

Le 29 octobre 1709, au petit matin, le comte d’Argenson se présente au monastère, accompagné de plusieurs centaines d’archers et d’exempts ainsi que d’une douzaine de carrosses. Après s’être fait ouvrir les portes, il rassemble les quinze religieuses et les sept converses dans la salle du Chapitre. Il s’assis alors à la place de l’abbesse, entouré de ses deux commissaires (Borthon et Cailly) et de son greffier (Gaudion), et lit l’arrêt royal stipulant que le roi, « ésolu par des considérations importantes qui regardent le bien de son service et la tranquillité de son État », a décidé « de reléguer en différents lieux les religieuses qui composent la communauté de Port-Royal-des-Champs, ordre de Cîteaux ».

L’artiste représente le comte d’Argenson assis, entouré de ses deux commissaires et de son greffier et lisant l’arrêt royal dans la salle du Chapitre. Il décide de réunir autour de lui une douzaine de religieuses accablées et prises de chagrin, accompagnées de la prieure de Port-Royal qui tente vainement de prendre la parole afin de se défendre.

À l’arrière-plan, quelques archers et exempts sont figurés ; on peut imaginer les carrosses attendant dans la cour de l’abbaye, derrière les soldats.

Devant les commissaires et le greffier, un coffre ouvert évoque celui utilisé par le comte d’Argenson afin de réunir à la hâte et emporter avec lui divers papiers relatifs à l’abbaye.

Interprétation

Le tableau, comme son pendant, reprend les codes de la peinture d’histoire, mais se rapproche davantage, par son format, de la peinture de cabinet, probablement en raison de son contenu considéré comme « subversif » et uniquement dévoilé aux véritables « amis de la liberté ». En effet, la dispersion de Port-Royal inspire de nombreuses œuvres aux artistes de sensibilité janséniste, dans lesquelles ils montrent les religieuses comme des saintes persécutées.

C’est le parti pris du peintre anonyme de ce tableau, même si sa représentation joue modérément sur le pathos mais fait preuve, sans génie, d’une attention aux détails afin de donner à la scène un caractère documentaire assez réaliste. Pour cela, il puise dans les nombreux récits qui ont précisément décrit cette fameuse journée, et probablement les Mémoires historiques et chronologiques sur l’abbaye de Port-Royal de Pierre Guilbert (1755-1756).

De même, il choisit de représenter sur les murs de la salle du Chapitre plusieurs tableaux, des portraits des fondatrices de l’abbaye ainsi qu’une Vierge à l’Enfant, supports importants à la dévotion. Le règlement de Port-Royal précise d’ailleurs très clairement le nombre de tableaux qui devaient orner les murs du monastère, même s’il est difficile de savoir précisément aujourd’hui combien étaient réellement exposés.

Bibliographie

CHANTIN Jean-Pierre, Le Jansénisme : entre hérésie imaginaire et résistance catholique (XVIIe-XIXe siècle), Paris, Cerf/Fides, coll. « Bref » (no 53), 1996.

COLLECTIF, Un lieu de mémoire : Port-Royal-des-Champs, Chroniques de Port-Royal, no 54, 2004.

COLLECTIF, L’Abbaye de Port-Royal-des-Champs : huitième centenaire, Chroniques de Port-Royal, no 55, 2005.

PLAZENET Laurence, Port-Royal, Paris, Flammarion, coll. « Mille et une pages », 2012.

Pour citer cet article
Pascal DUPUY, « La dissolution de Port-Royal », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 18 octobre 2018. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/dissolution-port-royal
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