• La cour des Etudes de l'Ecole des Beaux-Arts (Paris).

    Félix DUBAN (1797 - 1870)

  • Portail du château d'Anet, Ecole des Beaux-Arts.
  • Portique de Gaillon.

    Charles REY DE SARLAT (1970 - 1970)

  • La Renommée distribuant des couronnes.

    Paul DELAROCHE (1797 - 1856)

L'école des beaux-arts et ses bâtiments au XIXe siècle

Date de publication : Février 2011

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Contexte historique

La fondation de l’École des beaux-arts

Officiellement instituée par une ordonnance de Louis-Philippe en date du 4 août 1819, l’École des beaux-arts existe de facto depuis la Révolution, laquelle supprima les anciennes académies royales, l’académie de peinture et de sculpture et celle d’architecture, créées sous le règne de Louis XIV.

À ses débuts, l’École occupe les locaux mêmes des académies disparues, au Louvre. Mais Napoléon ayant décidé de transformer le Louvre en musée, elle est contrainte en 1805 de quitter le bâtiment pour le collège des Quatre-Nations, une installation précaire qui se prolonge durant une vingtaine d’années. En 1816, l’École est transférée non loin de là, dans l’ancien couvent des Petits-Augustins qui abritait auparavant le musée des Monuments français d’Alexandre Lenoir. Elle s’y installe définitivement en 1829. D’abord confiés à François Debret, les travaux démarrent en 1820 ; le bâtiment des Loges, édifié dans un style classique italianisant, est le premier à sortir de terre en 1824. Beau-frère de Debret et lauréat du grand prix d’architecture, le jeune architecte Félix Duban (1798-1870), alors chargé de la restauration des monuments nationaux, prend le relais en 1832 jusqu’à sa mort en 1870.

Analyse des images

La construction de l’École des beaux-arts
Devant les richesses de l’ancien musée des Monuments français, Duban décide d’intégrer à son projet les vestiges architecturaux et décoratifs demeurés sur place après la fermeture du musée. Inspiré de l’architecture de la Renaissance italienne, en particulier du palais de la Chancellerie à Rome, le nouveau Palais des études abrite divers moulages de modèles d’architecture, des répliques d’œuvres antiques et les œuvres primées des élèves. Sa façade et sa cour intérieure sont décorées des noms gravés ou des portraits en médaillon d’artistes de l’Antiquité jusqu’au XVIIe siècle.

Achevé en 1839, le bâtiment est en outre mis en valeur par deux cours successives, ainsi que le montre un dessin réalisé Duban vers 1837. La première, située sur la rue Bonaparte, est bordée sur sa droite par les bâtiments de l’ancien couvent des Petits-Augustins et par sa chapelle.

La façade de la chapelle, photographiée par Édouard Baldus (1813-1889), est constituée par l’avant-corps du château d’Anet édifié sous Henri II et récupéré par Lenoir pour son musée des Monuments français. Au fond de cette cour des Études s’élève l’arc du château de Gaillon, du début du XVIe siècle. Situé entre deux hémicycles parsemés d’anciens fragments d’architecture, cet arc met en valeur la façade du palais, suivant un dispositif inspiré de la place du Panthéon à Paris.
D’autres fragments provenant de Gaillon ont été laissés en place dans la cour dite de Gaillon, tel ce portique, représenté par Charles Rey de Sarlat, à travers lequel on aperçoit des copies de statues antiques.

La conservation de tous ces éléments monumentaux dans les bâtiments de l’École joue un rôle central dans la pédagogie historiciste conçue par Duban. Celle-ci trouve son prolongement dans la vaste fresque de La Renommée distribuant des couronnes qui décore l’hémicycle de l’amphithéâtre d’honneur, la salle des Prix, au fond du Palais des études. Commandée par l’architecte à son ami Paul Delaroche (1797-1856), peintre à succès célèbre pour ses toiles historiques et fin connaisseur des œuvres des primitifs italiens, cette fresque est achevée en 1841. Une esquisse à l’huile de 1836, conservée au musée des Beaux-Arts de Nantes, donne un aperçu de ce que sera l’œuvre finale. Illusionniste et très vivante, cette monumentale composition murale constitue un panthéon des personnalités les plus marquantes de l’histoire de l’art depuis l’Antiquité, à travers soixante-quinze portraits imaginaires de peintres, sculpteurs et architectes représentant les disciplines enseignées à l’École. S’y côtoient dans une synthèse harmonieuse artistes grecs et romains, italiens et flamands, gothiques et classiques, dominés au centre par les maîtres grecs Phidias, Ictinos et Apelle, assis dans une sorte d’alcôve, au pied d’un temple ionique. Autour d’eux, quatre figures allégoriques incarnent les arts grec, romain, du Moyen Âge et de la Renaissance. Cette histoire de la peinture complète celle de l’architecture mise en œuvre par Duban dans les différents bâtiments de l’École.

Interprétation

Une vision historiciste des beaux-arts

Cette conception de l’architecture traduit le dessein à la fois pédagogique et archéologique de Duban, qui souhaite faire dialoguer au sein d’un même espace des éléments architecturaux issus de temps très éloignés, depuis l’Antiquité jusqu’à l’époque contemporaine.

En faisant du Palais des études un musée et en proposant aux élèves et aux visiteurs de l’École un parcours dans l’histoire de l’architecture française, Duban remet en cause les conceptions esthétiques de l’Académie, pour laquelle seule l’Antiquité incarnait la perfection absolue. Véritable manifeste, cette approche historiciste s’inscrit dans une conception innovante de l’architecture, où les éléments plus anciens trouvent leur place dans le tissu urbain moderne et où la Renaissance française, qui a su intégrer les données de l’histoire à un idéal antique retrouvé, est présentée comme un modèle à suivre.

Dans l’œuvre qu’il a menée à l’École, Duban a cherché à faire un travail de mémoire collective et à préserver, comme le fit Alexandre Lenoir, les monuments anciens. Sa démarche fait ainsi de lui le chef de file de la nouvelle école romantique, qui redécouvre les monuments français du Moyen Âge et de la Renaissance et participe à leur restauration. Si, dans l’immédiat, la vision historiciste de Duban eut du mal à s’imposer, elle n’en exerça pas moins une influence décisive sur la réflexion que la modernisation de l’enseignement des beaux-arts a suscitée tout au long du XIXe siècle.

Bibliographie

Les Beaux-Arts, de l’Académie aux Quat’z’arts, anthologie historique et littéraire établie par Annie Jacques, Paris, É.N.S.B.A., 2001.
Jeanne LAURENT, A propos de l’école des Beaux-Arts, Paris, É.N.S.B.A., 1987.
Sylvain BELLANGER et Françoise HAMON (dir.), Félix Duban, 1798-1870, les couleurs de l’architecte, catalogue de l’exposition du château de Blois, 15 juin-29 septembre 1996, Paris, Gallimard-Electa, 1996.
Paul Delaroche, un peintre dans l’Histoire, catalogue de l’exposition, Nantes, musée des Beaux-Arts, 22 octobre 1999-17 janvier 2000, Montpellier, pavillon du musée Fabre, 3 février-23 avril 2000, Nantes-Paris-Montpellier, Musée des Beaux-Arts-R.M.N.-Musée Fabre, 1999.

Pour citer cet article
Charlotte DENOËL, « L'école des beaux-arts et ses bâtiments au XIXe siècle », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/ecole-beaux-arts-ses-batiments-xixe-siecle?i=1127&d=1&c=Ecole%20des%20Beaux-Arts&id_sel=2110
Commentaires
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Fgjd le 01/11/2013 à 04:11:26
Ne serait-ce pas Louis XVIII plutot que Louis-Philippe dans la premiere phrase?

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