La famine de 1921

Date de publication : Janvier 2005

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Contexte historique
Au cours de la guerre civile qui oppose les bolcheviks et leurs adversaires de toutes tendances, une terrible famine survient. Elle touche notamment la région de la Volga dont fait partie la petite localité de Buzuluck. À son apogée, durant l’été 1922, près de 30 millions de personnes sont sous-alimentées. La situation se dégrade d’autant plus que le Commissariat du peuple à l’Agriculture et celui à l’Approvisionnement ont ordonné des réquisitions de grains qui entament les semences destinées aux prochaines semailles. La disette se transforme alors en famine. Devant l’ampleur de la catastrophe et l’impéritie de l’État soviétique, Lénine, dérogeant à sa politique d’isolationnisme, décide de faire appel à l’aide internationale et de laisser des organisations étrangères intervenir sur le territoire russe.
Analyse des images
Afin de collecter des dons, le Comité français de secours aux enfants, sous l’égide de la Croix-Rouge, édite une brochure préfacée par Anatole France. Elle reproduit vingt-cinq photographies dont certaines particulièrement atroces : enfants affamés, au corps déformé par l’hydropisie, cadavres d’enfants, d’adolescents ou d’adultes. La photographie représente les morts ramassés en deux jours et entassés au cimetière.
Interprétation
Malgré les aides internationales de l’American Relief Administration (ARA), de la Croix-Rouge, des Quakers et de l’Union internationale de secours aux enfants qui nourrissent 11 millions de personnes, la famine de 1921-1922 a causé environ 5 millions de morts.
Tant bien que mal, le gouvernement bolchevique n’est parvenu à alimenter que 3 millions de personnes. Lénine avait d’abord autorisé le Comité panrusse d’aide aux affamés, organisé par des intellectuels russes de renom, à entrer en relation avec l’étranger. L’une des personnalités les plus actives en est le docteur Fridtjof Nansen (1861-1930), explorateur et naturaliste norvégien, homme politique partisan de la Société des Nations qui s’était occupé des échanges de prisonniers de guerre russes et allemands et qui devait créer un passeport portant son nom, sous l’égide de la SDN, au profit des Russes ayant fui la guerre civile.
Mais, dès la signature des accords avec les organisations d’aide, Lénine interdit ce comité le 27 août 1921 et lui substitue une bureaucratique Commission centrale d’aide aux affamés qui se révèle inefficace. Simultanément il renforce la répression : les intellectuels sont arrêtés ou expulsés tandis que des prêtres de l’Église orthodoxe sont exécutés.
Bibliographie
Marc FERROLa Révolution russe d’octobre 1917Paris, Albin Michel, collection « Bibliothèque de l’évolution de l’humanité », 1997.
Malia MARTINComprendre la révolution russeParis, Seuil.
Richard PIPESLa Révolution russetraduit de l’américain sous la direction de Jean-Mathieu LUCCIONI, Paris, Presses universitaires de France, 1993.
Pour citer cet article
Jean-Louis PANNE, « La famine de 1921 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/famine-1921?i=574&oe_zoom=995&id_sel=995
Commentaires
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Ksven le 18/02/2013 à 01:02:24
Les commentaires sur la famine me paraissent superficiels. Peut-être le manque de place? S'il est clair que le dr Nansen a agit autant qu'il le pouvait pour soulager la misère en russie, il était bien seul car les organisations dépendant de Herbert Hoover ont alimenté, avec les fonds collectés, les troupes de Koltchak, Youdenitch (pogromistes de renom) et dans une moindre mesure soulagé les habitants des régions occupées par ces chefs de guerre. Herbert Hoover ne s'en cachait pas et a déclaré devant le sénat américain que la famine était une arme de guerre. Tout ceci pour ne pas parler du blocus imposé par une intervention étrangère en dehors de tout cadre légal (pas de déclaration de guerre). La aussi, les mémoires du général Graves, chef du corps expéditionnaire américain sont instructives.