• Alexandre Natanson.

    Félix VALLOTTON (1865 - 1925)

  • Marthe Mellot.

    Félix VALLOTTON (1865 - 1925)

  • Misia à sa coiffeuse.

    Félix VALLOTTON (1865 - 1925)

Félix Vallotton et la Revue blanche

Date de publication : Février 2010

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Contexte historique

La floraison des petites revues d’avant-garde

Les années 1880 et 1890, âge d’or de la presse en France, voient l’éclosion d’une multiplicité de revues littéraires et artistiques. Ces publications bénéficient de la récente loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, mais aussi des progrès techniques relatifs à l’insertion et à la reproduction des images. Malgré leur tirage restreint et leur diffusion souvent limitée à un cercle d’initiés, elles se présentent comme une voie d’expression privilégiée pour les nouvelles tendances littéraires et picturales. Ces petites revues permettent à leurs collaborateurs d’échapper à un secteur éditorial en cours d’industrialisation et à un contexte artistique officiel relativement peu ouvert aux innovations. Elles favorisent en outre la communication entre tous les secteurs de la création : poésie, théâtre, musique, peinture, estampe…

La plus célèbre d’entre elles, avec La Plume de Léon Deschamps, est sans doute La Revue blanche. Née en Belgique en 1889, elle prend véritablement son essor avec son transfert à Paris en octobre 1891, où elle paraîtra jusqu’en 1903. Elle doit son existence à la volonté et à la collaboration des trois frères Natanson, issus d’une famille juive d’origine polonaise : Alexandre (1867-1936), le généreux aîné qui assume les responsabilités administratives et financières, Thadée (1868-1951), directeur éditorial et critique d’art, et Alfred (1873-1932), qui assure la chronique théâtrale.

Analyse des images

La famille Natanson et son réseau

Ces trois portraits de Félix Vallotton livrent de nombreuses informations sur la famille Natanson, indissociables de l’esprit de La Revue blanche.
Alexandre Natanson est représenté de manière frontale et classique sur un balcon à la rambarde rehaussée de dorures. Sa pose est très droite, presque rigide, à peine détendue par sa jambe droite croisée. Un nœud papillon à rayures violettes vient légèrement égayer sa veste de couleur beige, introduisant une petite touche de fantaisie. Subtilement, le portrait procure une impression de gravité et de tristesse. Victime d’une dépression, Alexandre décidera de mettre fin à l’aventure du titre en avril 1903.

Marthe Mellot, comédienne, est l’épouse d’Alfred, le plus jeune des trois frères. Vallotton livre de la jeune femme un portrait intime : assise avec naturel sur un fauteuil, devant un fond neutre, Marthe présente un visage à l’expression rêveuse, tandis que sa robe réveille les tonalités très douces de la composition. Ce portrait d’une grande simplicité révèle les relations amicales que Vallotton entretient avec l’ensemble du clan des Natanson ; il évoque aussi l’ouverture de La Revue blanche à l’univers dramatique.

Avec le portrait de Misia, l’épouse de Thadée Natanson, Vallotton rend hommage à l’une des personnalités les plus influentes du cercle de La Revue blanche. Penchée au-dessus de sa table de toilette, la jeune femme s’observe dans son miroir. Le peintre renforce l’intimité de cette scène par les limites que lui donnent le rideau à gauche et le bout de l’armoire à droite. Le lieu qu’il a choisi lui permet de mettre l’accent sur la coquetterie et la féminité du modèle, qui entretient des relations de séduction avec bien des collaborateurs de la revue, poètes et peintres. Le rôle de ces derniers est d’ailleurs discrètement évoqué par l’estampe accrochée au mur, allusion aux travaux de Vallotton pour La Revue blanche.

Interprétation

Le rayonnement de La Revue blanche

Très étroitement lié aux peintres nabis, le cercle fondateur de La Revue blanche contribue fortement à valoriser leur art. Ce soutien passe par les textes critiques de Thadée Natanson et par la diffusion des œuvres. De 1893 à 1895, chaque numéro présente en frontispice une estampe originale ; des expositions sont organisées, et des affiches commandées à Bonnard ou à Toulouse-Lautrec. Vallotton occupe une place privilégiée avec la reproduction de ses bois gravés dans plus de soixante livraisons. La revue offre ainsi une visibilité non négligeable à ces peintres qui évoluent hors des milieux officiels. Elle prend également parti en faveur de l’Art nouveau et joue un rôle de mécène quand elle commande l’aménagement de ses bureaux à Henry Van de Velde en 1900. La finesse de ses choix en matière littéraire et théâtrale contribue également à son rayonnement, grâce à la participation critique d’André Gide, de Gustave Kahn, d’Alfred Jarry et à la publication de textes de Verlaine, de Jules Laforgue ou de Mallarmé.

Enfin, La Revue blanche se distingue par ses tendances anarchistes à travers son secrétaire de rédaction, Félix Fénéon, et par son engagement politique en faveur de Dreyfus. Ses prises de positions lui vaudront d’ailleurs de tirer, à son apogée, jusqu’à 10 000 exemplaires, chiffre considérable pour une revue d’avant-garde.

Bibliographie

Olivier BARROT et Pascal ORY, La Revue blanche : histoire, anthologie, portraits, Paris, U.G.E., coll. « 10/18 », 1994.
Georges BERNIER, La Revue blanche : ses amis, ses artistes, Paris, Hazan, 1991.
Paul-Henri BOURRELIER, La Revue blanche, une génération dans l’engagement, 1890-1905, Paris, Fayard, 2007.
Geneviève COMÈS, « Le groupe de la Revue blanche (1889-1903) », La Revue des revues, n° 4, printemps 1987, p.
4-11.

Pour citer cet article
Fabienne FRAVALO, « Félix Vallotton et la Revue blanche », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/felix-vallotton-revue-blanche?i=1043&d=61&t=331&id_sel=1913
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