Les femmes dans l’armée de Libération

Date de publication : Février 2013

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Contexte historique

Les « Merlinettes »

Dans le cadre de l’organisation des troupes françaises libres, le général d’armée Giraud, commandant en chef des forces terrestres et aériennes en Afrique du Nord, et le colonel Merlin, commandant des transmissions en Afrique du Nord, créent le Corps féminin des transmissions (C.F.T.) le 22 novembre 1942. Cent cinquante femmes sont engagées, pour pallier le déficit de personnel masculin. Formées aux spécialités de radio, de téléphoniste, de télétypiste et de radio/secrétaire d’analyse, ces premières femmes « soldats » de l’armée de terre sont vite appelées les « Merlinettes » en référence au colonel Merlin.

En 1944, le nombre de ces combattantes atteint environ 2 400 (2 000 pour l’armée de terre, 400 pour l’armée de l’air), dont la majorité participe à la campagne d’Italie avec les forces françaises du général Juin. Après la reprise de Naples, de Rome, de Monte Cassino et de Sienne, elles sont également présentes lors du débarquement à Tarente le 9 août 1944, prélude à celui effectué en Provence, qui débute le 15 août 1944. Plusieurs « Merlinettes » débarquent ainsi à Saint-Tropez le 16 août, comme le montre le cliché « Personnel féminin de l’Armée de Terre » pris le jour même, et étudié ici.

Prise par les services de l’Armée alliée, cette photographie remplit avant tout une mission documentaire, et elle n’est pas spécialement destinée à la diffusion auprès du public civil. Elle n’en possède pas moins une forte valeur symbolique, susceptible de marquer les consciences et les représentations.

Analyse des images

Des femmes soldats

« Personnel féminin de l’Armée de Terre » semble avoir été prise par et pour des services anglophones de l’Armée de Libération. En effet, une légende en anglais précise la date et la nature de la scène : French WACS [pour Wire and Cable Service, c’est-à-dire les transmissions] assembling on the beach after landing at St. Tropez (« Femmes du corps des transmissions se regroupant sur la plage après le débarquement à Saint-Tropez »). Une indication manuscrite désigne aussi l’une de ces soldats par son nom.

La photographie représente une vingtaine de « Merlinettes » regroupées sur la plage. Si d’autres soldats apparaissent au second plan, le cliché est nettement centré sur les combattantes, dont le groupe assez compact occupe presque tout l’espace. Vêtues d’uniformes, casquées, disposant d’un équipement conséquent mais sans armes, elles semblent attendre de nouveaux ordres. Les visages sont à la fois fatigués, déterminés et concentrés, même si une ou deux d’entre elles prennent le temps de fixer le photographe.

Interprétation

Une guerre au(x) nouveau(x) visage(s)

Si la représentation proposée ici n’est pas à proprement parler nouvelle, puisque d’autres femmes de l’armée ont déjà participé aux opérations, ce document est tout de même assez moderne. À la « nouveauté » incarnée par l’avancée des troupes alliées sur des terres jusque-là occupées par les nazis (nouveaux uniformes, nouveaux équipements par rapport à ceux des Allemands, évolution des positions respectives), la scène ajoute évidemment l’image de corps et de visages différents de ceux, masculins, traditionnellement associés aux combats.

En dépit de son caractère relativement inédit et inhabituel, « Personnel féminin de l’Armée de Terre » montre bien des soldats « normaux », participant à part entière au débarquement. Élément comme un autre du déploiement (elles se regroupent et attendent de se mettre en mouvement dans le cadre d’une organisation d’ensemble), l’unité des « Merlinettes » ne semble pas ici devoir être traitée de manière spécifique. Si ces dernières ne possèdent pas d’armes, cela n’est pas dû au fait qu’elles soient des femmes, mais parce qu’elles appartiennent au corps des transmissions. Et comme les autres soldats, elles sont fixées sur leur mission et sur la suite des manœuvres.

Répondant à des impératifs militaires, le rassemblement effectué suggère néanmoins un groupe, un esprit de corps et une solidarité entre ces femmes qui ont choisi de lutter aux côtés des hommes.

Bibliographie

· Jean-Pierre AZÉMA, Nouvelle histoire de la France contemporaine, tome XIV « De Munich à la Libération, 1938-1944 », Paris, Le Seuil, coll. « Points Histoire », 1979, nouv. éd. 2002.

· Luc CAPDEVILLA, « La mobilisation des femmes dans la France combattante (1940-1945) » in Léora AUSLANDER et Michelle ZANCARINI-FOURNEL, Le Genre de la nation, revue < i>Clio. Histoire, Femmes et Sociétés, no 12, 2000, p. 57-80, disponible sur revues.org.

· Antoine CHAMPEAUX et Paul GAUJAC, Le Débarquement de Provence, Paris, Lavauzelle, 2008.

· Élodie JAUNEAU, « Images et représentations des premières soldates françaises (1938-1962) », in Héroïnes, revue Clio. Histoire, femmes, genre, histoire, no 30, 2009, p. 231-252, disponible sur revues.org.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « Les femmes dans l’armée de Libération », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 18 Novembre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/femmes-armee-liberation
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