• Charles-Pierre Pécoul.

    Jacques Louis DAVID (1748 - 1825)

  • Madame Charles-Pierre Pécoul, née Potain.

    Jacques Louis DAVID (1748 - 1825)

La grande bourgeoisie à la fin de l'Ancien Régime

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Contexte historique

Lors de son premier séjour à Rome, de 1775 à 1780, David rencontre le fils de monsieur Pécoul, qui lui remet un mot d’introduction pour son père, intendant des Bâtiments du Roi, pensant qu’il peut apporter quelque appui à un artiste à ses débuts. Monsieur Pécoul est le représentant type de la bourgeoisie. En pleine ascension financière, celle-ci impose son pouvoir par la réalité économique. Mais elle subit par ailleurs la frustration politique et, pour l’historien Ernest Labrousse, le bourgeois reste un « refoulé social ».
Bientôt ami de la famille, David épousera l’une des trois filles de monsieur Pécoul, Charlotte.

Analyse des images

Bien calé dans son fauteuil, voire un peu tassé, monsieur Pécoul est représenté grandeur nature, assis de trois quarts. Sa silhouette massive se détache sur un fond nu, uni. La composition très sobre laisse apercevoir une table couverte d’un tapis rouge sur laquelle s’appuie le personnage ; dans la main gauche il tient une tabatière. Sa mise est celle d’un homme cossu : habit brun à boutons d’or, gilet de satin blanc brodé, culottes de satin noir, sans oublier la perruque. Rendu d’une manière large et sobre, le costume permet d’asseoir le personnage dans sa dimension sociale. Mais le traitement du détail fait déborder le personnage de son costume, qui se déstructure sous la pression du corps. Et le visage et les mains ont un modelé précis qui se fait réaliste. David ne craint pas reproduire le caractère bonhomme de son beau-père : l’œil est humide, les mains potelées. C’est par ce visage et ces mains qu’on reconnaît le personnage. La bonhommie transpire sous le costume bourgeois.

Dans sa toilette presque tapageuse, Geneviève-Jacqueline Pécoul présente sans fard ses formes plantureuses. Sa robe éclatante et son bonnet superbe la font apparaître comme endimanchée, mais son sourire est là, sincère, qui rappelle la même bienveillance que son mari. Présentée elle aussi sur un fond neutre qui fait ressortir les couleurs vives, sa personne est criante de vérité tant par l’air aimable de son visage que par le rendu de tissus, depuis la robe de satin jusqu’à l’exécution des dentelles.

Interprétation

Conçus comme des pendants les portraits de monsieur et madame Pécoul sont peints avec une sincérité presque ironique. C’est la représentation d’un couple de bourgeois parisiens, sans finesse, mais tout à fait bonhommes. Une classe riche, sûre d’elle, qui exprime par l’aisance de sa pose et par son air de satisfaction la prépondérance que commence à prendre la bourgeoisie sous le règne de Louis XVI. C’est l’époque où la distance entre les gens de cour et la bourgeoisie, qui étend de plus en plus son empire, commence à se réduire. Traités d’une manière large ces portraits témoignent d’une véritable joie de peindre, digne des Flamands. Les physionomies sont saisies avec une franchise qui rappellent la verve et l’humour de Frans Hals.

Bibliographie

André CHASTEL L’Art français tome IV « Le temps de l’éloquence : 1775-1825 », Flammarion, 1995, rééd.2000.
Régine PERNOUD Histoire de la bourgeoisie en France T.2 : Les temps modernes Paris, Seuil coll. « Points-Histoire », 1981.
Pierre GOUBERT et Daniel ROCHE Les Français et l’Ancien régime T. Culture et société Paris, Colin, 1991.
Alexis de TOCQUEVILLE L’ancien régime et la Révolution Paris, nouv.
éd.
Robert Laffont coll.Bouquin, 1997.
Jacques-Louis David : 1748-1825 catalogue de l’exposition organisée au Grand Palais en 1989-1990, Paris, RMN, 1989.

Pour citer cet article
Nathalie de LA PERRIÈRE-ALFSEN, « La grande bourgeoisie à la fin de l'Ancien Régime », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 31 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/grande-bourgeoisie-fin-ancien-regime?i=418&d=1&e=nathalie%20de%20la%20perriere-alfsen&id_sel=677
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