Un homme politique au faîte de sa puissance

Date de publication : Février 2007
Auteur : Alain BOSCUS

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Contexte historique
Sénateur, président du Sénat, ancien ministre, Emile Combes devient président du Conseil en mai 1902. Figure importante du radicalisme, il est appelé, après la victoire du Bloc des gauches, à mener une politique anticléricale destinée à réduire la puissance de l’Eglise catholique dans la société civile, et une politique de fermeté destinée à républicaniser l’administration de l’Etat, la magistrature et l’armée
Analyse des images
L’envoyé du diable ?

Droit (à la limite de la raideur), Emile Combes regarde fixement sur sa gauche, ses yeux sont aussi perçants qu’il a l’air déterminé et entêté. Muni d’une plume, il écrit quelques lignes sur une feuille posée au coin d’un guéridon. Ce qu’il écrit semble d’une extrême importance, mais son écriture quasi automatique ne lui demande pas d’attention particulière. Il porte une redingote noire, un discret nœud papillon et un pantalon de velours côtelé gris. Son extrême élégance et son assurance ne parviennent pas toutefois à masquer son être proprement diabolique. Une queue reptilienne dépasse très largement de sa veste et deux cornes formées par ses cheveux tressés pointent vers l’arrière, tandis qu’à ses pieds ses chaussures fendues en leur centre se confondent aisément avec des sabots de bouc.

Autour de lui, tout suggère la présence du « Malin ». L’horizon et l’infini sont dominés par les ténèbres et les flammes de l’enfer. Au loin, un hibou impassible, oiseau de proie allié des forces de la nuit, surveille attentivement le paysage du haut d’un rocher dénudé, tandis qu’au-dessus d’Emile Combes trois diablotins chauves-souris tournoient dans les airs.

Le monde réel lui-même, au tout premier plan, n’est que l’antichambre de l’enfer : le carrelage de forme triangulaire renvoie à la trinité maçonnique, et la table recouverte d’une nappe sur laquelle on aperçoit Belzébuth a elle aussi des pieds de bouc. Comment, dans ces conditions, l’écriture d’Emile Combes ne susciterait-elle pas le feu, celui-là même qui alimente l’enfer... ?
Le talent du caricaturiste permet de bien saisir les caractères négatifs dont il veut affubler son personnage : la perfidie et la tromperie sont suggérées par son attribut reptilien ; la malignité par le plissement de ses yeux et par les surcharges de couleur rouge portées sur ses paupières ; la violence de son action par tout ce qui rappelle le démon, par la couleur rouge et la forme hérissée de la plume avec laquelle il écrit.
Interprétation
Un portrait-charge suggestif

Ce portrait-charge est issu d’une série d’une trentaine de tableaux consacrés aux hommes politiques les plus importants du début du siècle. Commandés par les magasins parisiens de prêt-à-porter du Hight life Taylor, ces tableaux réalisés par Sirat et Moloch étaient présentés, sur le lieu de vente même, à une clientèle aisée censée apprécier les différents modèles de costumes portés par les nombreux personnages caricaturés. Moloch apporte ici son soutien aux forces cléricales adversaires du Bloc et de la « laïcité de son combat ». Il utilise, pour ce faire, les différents éléments et symboles susceptibles d’être tout de suite compris et assimilés par l’opinion publique. Cependant, bien que sensible aux critiques suscitées par l’action du président du Conseil, le caricaturiste a dû tenir compte de la réalité et le représenter aussi tel qu’il était : petit, élégant, d’un caractère intraitable et déterminé, largement dominé par des pensées et des buts politiques et idéologiques qui dépassaient son époque et sa propre personnalité.
Bibliographie
Serge BERSTEIN Histoire du parti radical PFNSP, 1980-1982.
Gabriel MERLE Emile Combes Fayard, 1995.
Berstein Serge Histoire du parti radical PFNSP, 1980-1982.
Merle Gabriel Emile Combes Fayard, 1995.
Pour citer cet article
Alain BOSCUS, « Un homme politique au faîte de sa puissance », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 01 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/homme-politique-faite-sa-puissance?i=178
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