L’industrie de la soie sous la monarchie de Juillet

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Contexte historique

Le 24 août 1841, le plus jeune fils de Louis-Philippe visite l’atelier du tisseur Carquillat.

Dix ans auparavant, son frère, le duc d’Orléans, avait repris la ville aux ouvriers en soie, les canuts, qui, en novembre 1831, s’étaient révoltés, voulant selon leur devise « vivre en travaillant ou mourir en combattant ». En avril 1834, une semaine de combats de rue avait mis fin à une nouvelle insurrection.

Mais en 1841, l’ordre règne. « Enrichissez-vous » est la devise du ministre Guizot.

Analyse des images

Le duc d’Aumale est escorté de notabilités : le lieutenant-général Aymard, qui avait écrasé la révolte de 1834 ; le maire de la Croix-Rousse, alors commune indépendante ; le préfet ; le président du Conseil des prud’hommes. Le chef d’atelier Carquillat et le fabricant Mathevon lui présentent un portrait tissé de Jacquard. Derrière madame Carquillat et sa fille arrive le « rondier », habituellement chargé par le fabricant d’inspecter le travail.

La lumière entre à flots dans l’atelier qui sert aussi d’appartement. On aperçoit en hauteur la soupente où loge le compagnon. Éliminant les détails prosaïques, le peintre Claude Bonnefond (1796-1860) n’a conservé, outre le métier surmonté de la mécanique Jacquard, que le dévidoir et la pendule de belles formes, une lanterne et le « chelu », petite lampe à huile pour le travail nocturne. Directeur de l’école des Beaux-Arts, membre de l’académie de Lyon, il est apprécié du public bourgeois. La Ville lui avait commandé le portrait de Jacquard (aujourd’hui au musée des Beaux-Arts), modèle du tissage présenté ici, qui avait été très admiré lors de l’Exposition de 1839.

Les tableaux tissés étaient très à la mode au XIXe siècle. Un dessinateur et un metteur en carte ont adapté l’œuvre du peintre au tissage « en taille douce ». Un perfectionnement technique de la mécanique Jacquard permet une grande précision des passages de la navette, pour que les points noirs de la trame sur le blanc de la chaîne créent l’illusion de la gravure au burin.

Interprétation

Cette œuvre de circonstance révèle plusieurs aspects de l’histoire lyonnaise : les hommes d’affaires, comme le commanditaire Mathevon, se sont ralliés à Louis-Philippe, qui répond à leurs aspirations d’ordre et de prospérité. Cette première visite princière dans un atelier de canuts symbolise l’encouragement à la production et la paix sociale revenue.

Une organisation originale, la Fabrique, assure la production des soieries, une des principales activités de la ville depuis le XVIe siècle. Les chefs d’atelier, propriétaires de leurs métiers, dépendent des fabricants-négociants pour la commande et les prix de façon. Ils emploient des apprentis et des compagnons qu’ils rétribuent, qu’ils logent, avec lesquels ils partagent la même vie de travail mais sans avoir exactement le même rang social. Ils sont responsables, instruits. Carquillat, à côté de son compagnon en blouse, est vêtu en bourgeois pour l’occasion. Mais le moment venu il a pu faire, lui aussi, le coup de feu contre les fabricants qui l’exploitent.

Production de luxe artisanale et liée au grand commerce, la soierie lyonnaise doit affronter la révolution industrielle, la concurrence, l’évolution de la mode vers les unis de fabrication plus simple. Un tour de force comme ce tableau tissé doit témoigner de l’habileté incomparable des canuts.

Bibliographie

Françoise BAYARD et Pierre CAYEZ (dir.), Histoire de Lyon : Des origines à nos jours, t. 2, Du XVIe à nos jours, Le Coteau, Horvath, 1990.

COLLECTIF, Les Tableaux tissés de la fabrique lyonnaise, catalogue de l’exposition organisée par la société des dessinateurs lyonnais, 1992.

Pour citer cet article
Hélène DELPECH, « L’industrie de la soie sous la monarchie de Juillet », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/industrie-soie-monarchie-juillet?i=77&d=1&c=Lyon
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