• Brief aus der Heimat [Lettre du pays].

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Les « Malgré-eux » dans l’armée allemande

Date de publication : Novembre 2013

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Contexte historique
Depuis la signature de l’armistice, le 22 juin 1940, la France vaincue est en partie occupée, mais le régime de l’Occupation varie d’un territoire à l’autre. Dès juillet 1940, l’Allemagne rétablit la frontière de 1871 et sépare Alsace et Moselle du reste de la France : c’est ce que l’on appelle l’« annexion de fait ». En août 1942, les Statthalter (gouverneurs) et Gauleiter (chefs du parti nazi dans la province) de l’Oberrhein (Rhin supérieur) et de la Westmark (Marche de l’Ouest) reçoivent l’ordre du gouvernement allemand d’instituer le service militaire obligatoire dans l’armée allemande en Alsace et en Lorraine annexées. Les besoins en effectifs de la Wehrmacht sont tels, depuis l’invasion de l’Union soviétique en juin 1941, que le haut commandement accepte puis réclame ces renforts. Un tour de passe-passe juridique, la naturalisation in extremis de la majorité des habitants des anciens départements français du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle, permet de donner à cette mesure une allure légale alors que le droit international et la loi allemande sur la conscription de 1935 s’y opposaient. On rappellera que la France n’avait pas cédé les trois départements à l’Allemagne puisque les deux pays n’avaient pas signé de traité de paix et que leurs relations étaient régies par la convention d’armistice de juin 1940. Josef Bürckel (1895-1944), le Gauleiter de la Westmark, a ainsi supervisé le recensement puis l’incorporation d’environ 30 000 jeunes Lorrains de Moselle, nés entre 1914 et 1927.
Analyse des images
Brief aus der Heimat (« Lettre du pays ») est un périodique de propagande publié dans les arrondissements administratifs par les autorités du parti nazi sur le territoire (la Kreisleitung, ou direction d’arrondissement). Celui de l’arrondissement de Sarreguemines (Saargemünd) est destiné non seulement aux habitants, mais également aux soldats et aux hommes appelés au service du travail (R.A.D.-Männer), originaires des secteurs de Bitche, Sarreguemines et Sarralbe, symbolisés par les blasons stylisés des trois chefs-lieux de cantons. Le service du travail du Reich (Reichsarbeitsdienst ou R.A.D.) avait été introduit en Lorraine annexée en avril 1941. Il concernait les jeunes gens de dix-sept à vingt-cinq ans, garçons et filles, et, pour les garçons, servait de préparation militaire (six puis trois mois).
Interprétation
L’Allemagne, au début de l’année 1944, ne cache pas les pertes très lourdes que l’ennemi lui inflige. Les populations allemandes, auxquelles sont assimilés les habitants de la Moselle, sont informées de ces pertes dans un sens que l’on veut héroïque : les jeunes gens des localités citées sur la liste, dont le portrait, en uniforme ou en civil, accompagne l’avis mortuaire, ont « donné leur vie pour la Grande Allemagne », ce qui est vrai uniquement pour les engagés volontaires (car il y en eut). On notera que certains jeunes gens portent des patronymes romans non germanisés (Leroy, Lejeune). On recourt aux poètes, dans la tradition classique allemande, pour appuyer la démarche d’intégration nationale : sur la page de titre figure ainsi un texte de Hermann Claudius (1878-1980), homme de lettres engagé à l’époque nazie (« Tu dois croire en l’Allemagne, sinon te ne vis que pour la mort, et tu dois lutter avec l’Allemagne jusqu’au lever du jour ») tandis que l’avis mortuaire présente une citation de Walter Flex (1887-1917, mort des suites de blessures reçues sur le Front) à la gloire de l’Allemagne, appelée à vivre sur la tombe de ses soldats, telle « le bosquet sacré des héros ». Pourtant, les incorporés de force alsaciens-lorrains, les « Malgré-nous », n’avaient pas choisi de mourir pour l’Allemagne nazie. Sept mille Lorrains de Moselle ont péri sur le Front entre 1943 et 1945, puis en captivité soviétique après le 8 mai 1945.
Bibliographie
Collectif, Malgré eux dans l’armée allemande.
L’incorporation de force des Mosellans 1942-1945
, Lyon / Metz, Libel / Conseil général de la Moselle, 2012.
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Actes de la rencontre de l’Amam (15-17 octobre 2002)
, Colmar, Archives départementales du Haut-Rhin, 2003.
GRANDHOMME Jean-Noël, Les Malgré-nous de la Kriegsmarine.
Destins d’Alsaciens et de Lorrains dans la marine de guerre du IIIe Reich
, Strasbourg, La Nuée bleue, 2011.
KLEINHENTZ Laurent, Malgré-nous qui êtes-vous ? Histoires d’incorporés de force mosellans, Farébersviller-Faulquemont, chez l’auteur, 3 vol., 1996-1999.
NONNENMACHER Georges-Gilbert, La grande honte : de l’incorporation de force des Alsaciens-Lorrains, Eupenois-Malmédiens et Luxembourgeois dans l’armée allemande au cours de la deuxième guerre mondiale, Colmar, Association des évadés et incorporés de force, groupement du Haut-Rhin, 1965.
RIEDWEG Eugène, Les Malgré-nous.
Histoire de l’incorporation de force des Alsaciens-Mosellans dans l’armée allemande
, Mulhouse, Éditions du Rhin, 1re éd.
1995.
WILMOUTH Philippe, Mémoires parallèles.
Moselle-Alsace de 1940 à nos jours : l’annexion de 1940-1945, les Malgré-nous, le procès de Bordeaux
, Ars-sur-Moselle, Serge Domini, 2012.
Pour citer cet article
Jean-Eric IUNG, « Les « Malgré-eux » dans l’armée allemande », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 31 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/malgre-eux-armee-allemande?i=1320
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