Le marquis de Montcalm, héros de la guerre de Sept Ans

Auteur : Pascal DUPUY

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Contexte historique

Louis-Joseph de Montcalm de Saint-Véran est né le 28 février 1712 au château de Candiac, à proximité de Nîmes. Issu d’une famille de la vieille noblesse provinciale, il épouse en octobre 1736 une jeune femme appartenant à deux des plus anciennes et puissantes familles de la noblesse de robe et du parlement de Paris. Son mariage lui assure relations et moyens financiers. Très jeune, il est initié au métier des armes et, grâce à son père, devient lieutenant-colonel du régiment d’infanterie de Hainaut.

Après avoir dirigé une compagnie lors de la guerre de Succession de Pologne, le jeune homme participe à la guerre de Succession d’Autriche, au cours de laquelle il est blessé. Peu de temps après, en 1741, il obtient la charge de colonel du régiment d’Auxerrois, puis est fait chevalier de l’ordre de Saint-Louis.

À trente et un ans, sa carrière semble promise à un bel avenir. En janvier 1756, M. d’Argenson, ministre de la Guerre, le fait désigner commandant des troupes de Sa Majesté dans l’Amérique septentrionale. Cinq mois plus tard, il appareille pour le Canada ; il atteint Québec le 13 mai, puis Montréal le 16.

La guerre de Sept Ans, qui éclate entre la France, l’Autriche et la Russie d’un côté et l’Angleterre et la Prusse de l’autre, lui permet de s’illustrer. Montcalm participe activement au conflit et défend avec courage les intérêts français au Canada. Il meurt le 14 septembre 1759 lors de la bataille de Québec, devant les troupes anglaises commandées par James Wolfe, un autre jeune général qui y est tué lui aussi. Les deux hommes deviennent alors les figures héroïques de la mémoire militaire française et britannique.

Analyse des images

Cette estampe en contrepartie évoquant la mort tragique du marquis de Montcalm est tirée d’un dessin longtemps attribué à Louis Watteau (1731-1798). En réalité, le lavis brun et gris sur dessin à la pierre noire et à la sanguine avec rehauts de craie blanche, conservé à la National Gallery of Canada (Ottawa), est réalisé en 1782 puis exposé au Salon de Lille en 1783 par François Watteau (1758-1823), fils du précédent et petit-neveu de Jean-Antoine Watteau (1684-1721), célèbre peintre du début du XVIIIe siècle.

Le dessin est gravé par Juste Chevillet en 1783, puis un an plus tard par P.-A. Martini, les deux estampes établissant sa renommée. Mais cette reconnaissance, le dessin et la gravure la doivent à une autre estampe, très populaire dans toute l’Europe, de William Woollett (1735-1785), réalisée en 1776 d’après le célèbre tableau de Benjamin West (1738-1820), La Mort du général Wolfe (1770, National Gallery of Canada). Dans cette œuvre, West s’affranchit d’un certain nombre de conventions et, en rejetant le costume antique traditionnel au profit de l’uniforme du XVIIIe siècle, contemporanéise la peinture d’histoire à un degré jusque-là rarement atteint.

Comme West, François Watteau compose son œuvre à partir d’un groupe d’hommes recueillis devant le corps du chef militaire mourant. Si Woollett grave fidèlement le tableau original de West, Chevillet comme Martini respectent quant à eux la composition générale du dessin, tout en modifiant de nombreux détails.

Interprétation

Le dessin de Watteau et le tableau de West encouragent le sentiment patriotique français et britannique. Au regard du succès de l’œuvre de West, on peut raisonnablement avancer que Watteau a souhaité établir « un contrepoids français et patriotique de la planche anglaise » (Gaëtane Maës), alors que la guerre d’Indépendance américaine était sur le point de se terminer.

Le dessin de Watteau développe un sentiment expressif bien plus marqué que le tableau de West qui, lui, est davantage fondé sur le recueillement. Les soldats français témoignent de manière très expressive et théâtrale leur anxiété et leur chagrin : un aide de camp vient recueillir les dernières paroles du jeune général, tandis qu’au loin, la bataille est toujours âprement engagée.

Probablement dans un souci d’exotisme, le graveur ajoute un palmier devant la tente du général, en une touche pour le moins insolite. De même, peut-être pour évoquer le tableau de West, Chevillet représente aux pieds de Montcalm deux Amérindiens dégageant des éclats de boulets. Il a été avancé que Watteau aurait recueilli auprès d’anciens officiers des détails sur les circonstances de la mort de Montcalm. Si certains éléments corroborent ceci, l’artiste fait cependant, dans un parti pris de grandiloquence, mourir son héros sur le champ de bataille, alors que son décès a lieu dans une maison de Québec où il avait été transporté. Mais la vérité historique importe peu à Watteau, qui cherche avant tout à mettre en évidence le courage et la détermination de Montcalm.

Bibliographie

COLLECTIF, Conflits de sociétés au Canada français pendant la guerre de Sept Ans et leur influence sur les opérations, actes de colloque (Ottawa, 1978), Vincennes, Service historique de l’armée de terre, 1978.

DZIEMBOWSKI Edmond, Un nouveau patriotisme français (1750-1770) : la France face à la puissance anglaise à l’époque de la guerre de Sept Ans, Oxford, Voltaire Foundation, coll. « Studies on Voltaire and the Eighteenth Century » (no 365), 1998.

MAËS Gaëtane, Les Watteau de Lille : Louis Watteau (1731-1798), François Watteau (1758-1823), Paris, Arthéna, 1998.

Pour citer cet article
Pascal DUPUY, « Le marquis de Montcalm, héros de la guerre de Sept Ans », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 22 Août 2018. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/marquis-montcalm-heros-guerre-sept-ans
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