La méfiance envers les banques

Date de publication : Mai 2011

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Contexte historique
La méfiance à l’égard des banques dans les années trente 

La Banque Nationale de Crédit (B.N.C.), institution de la place financière parisienne, est rapidement entraînée au bord de la faillite par les contrecoups du krach de 1929. En 1931, la défiance à son égard est telle qu’elle a perdu 75 % de ses dépôts. Afin d’éviter un écroulement en chaîne, elle est placée en liquidation et reconstituée sous le sigle B.N.C.I. (Banque Nationale pour le Commerce et l’Industrie) en 1932. Cependant, du fait de la combinaison des incertitudes de la crise et de réalités plus troubles comme les scandales financiers ou « la vénalité du journalisme financier » (Jean-Noël Jeanneney, L’Argent caché. Milieux d’affaires et pouvoirs politiques dans la France du XXe siècle, p. 205-230.), les banques demeurent sujettes à caution aux yeux des déposants avant la guerre, ce qui se traduit notamment par une forte volatilité des dépôts. L’enjeu est donc majeur, pour les banquiers, de communiquer sur la confiance qu’il est possible d’accorder à leurs établissements.
Analyse des images
Cliché de l’épargnant serein 

La photographie est une vue prise dans un intérieur citadin cossu, avec une cheminée ornée de rosaces et surmontée d’un miroir utilisé ici pour un intéressant jeu de champ-contrechamp. François Kollar a repris ce procédé ailleurs, par exemple pour le portrait de Coco Chanel dans sa suite du Ritz (publicité de 1937). Dans le reflet apparaissent une fenêtre voilée, une table de travail ainsi qu’un projecteur électrique, élément moderne dans cet intérieur bourgeois plutôt conventionnel. Au centre de l’image, pipe en bouche, un homme d’âge mûr confortablement installé dans un fauteuil club en cuir usé. Vu en légère plongée, il porte un veston gris à rayures, un nœud papillon, des lunettes fines, des souliers vernis. Il lit Paris-Soir, quotidien de très grande diffusion qui tire à près de deux millions d’exemplaires vers 1938. Fidèle à sa ligne éditoriale, le journal accorde une large place aux faits divers et à la publicité.
Interprétation
Un trompe-l’œil historique 

« Vous êtes tranquilles… » : le slogan de la publicité veut rassurer l’honnête épargnant client de la B.N.C.I., lecteur placide de Paris-Soir et non petit porteur affolé. Cette présentation des choses est assez étonnante quand on connaît les origines de la B.N.C.I. et ses méthodes d’expansion agressives : cette firme « entretient » en effet depuis sa création « une réputation sulfureuse de société irrespectueuse des positions acquises, des accords de cartel, des bonnes mœurs interbancaires » (Hubert Bonin, Le Monde des banquiers français au XXe siècle, p. 97.). La tonalité du message publicitaire, assurément décalée en regard de la situation géopolitique d’alors, le fait plus largement entrer en résonance avec toutes les expressions, sinon d’un déni, du moins d’une légèreté vis-à-vis des périls qui s’accumulent. Comme le chantait Ray Ventura en 1935, la France de l’époque n’est-elle pas le pays où l’on rassure à force de « Tout va très bien, Madame la Marquise » ?
Bibliographie
Alain BELTRAN et Pascal GRISET, L’Économie française, 1914-1945, Paris, Armand Colin, 1994.
Hubert BONIN, Le Monde des banquiers français au XXe siècle, Bruxelles, Complexe, 2000.
Jean-Noël JEANNENEY, L’Argent caché.
Milieux d’affaires et pouvoirs politiques dans la France du XXe siècle
, Paris, Le Seuil, 1984.
Jean RIVOIRE, Histoire de la banque, Paris, P.U.F., 1992.
Pour citer cet article
François BOULOC, « La méfiance envers les banques », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/mefiance-banques?i=1146&d=1&c=banque
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