Nouveau jeu du mât de cocagne

Date de publication : Juillet 2007

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Contexte historique
Du haut de la fête foraine

Le mât de cocagne est, au XIXe et au début du XXe siècles, l’objet le plus haut de la foire avant d’être dominé par la grande roue. C’est un divertissement populaire, ancestral et très prisé, un jeu de force et d’adresse destiné à tous. Chance, défi et prospérité sont de mise pour un jeu campagnard classique qui fait allusion à une attraction de fête de village récupérée par les champs de foires et les distractions citadines. Nous retrouvons dans cette représentation l’idée de la fête foraine telle que nous l’entendons encore aujourd’hui avec une évolution privilégiant entresorts et manèges. Longtemps la fête foraine va réunir les attractions les plus anciennes comme le mât de cocagne ou le théâtre forain et les manèges les plus modernes, fonctionnant à l’électricité.
Analyse des images
La fête foraine comme jeu de société

Cette illustration a été conçue pour un couvercle d’un jeu de société. Sur la tranche, quatre personnages sont figurés en train de monter au mât. Le dessin est signé par Ludovic et le texte précise : Très amusant – Facile à jouer , en bas à gauche : Encore un qui ne l’aura pas ! La timbale ! La timbale ! et en bas à droite : Encore un qui ne l’aura pas ! Encore un qui est en bas !
L’image s’organise autour de quatre attractions constitutives de la fête foraine devant lesquelles se presse une foule hétéroclite.
Sur la gauche, l’entresort de la femme géante est une baraque foraine dans laquelle on peut entrer et sortir sans arrêt pour assister à un spectacle fixe ; cela peut-être des phénomènes, des animaux exotiques, des cires anatomiques, des curiosités en tout genre. Le boniment est assuré par un nain afin d’accentuer la différence de taille, il vient régulièrement relancer le public pour l’inciter à entrer voir : La belle Elisa, 200 kg ! La femme géante ! Une toile peinte accrédite sa présence et sa stature. En face, lui faisant de la contrecarre, Le rempart du midi une baraque de lutte, avec des lutteurs dessinés. Enfin, au fond de l’allée un manége, attraction qui apparaît vers 1900 avec le manège à vapeur. Les nouvelles énergies vont permettre de se libérer des contraintes de poids et ouvrir la voie aux sensations fortes et à une véritable industrie des loisirs.
Le mât de cocagne est au premier plan, cerné de badauds : à gauche, le maire et son épouse, puis un brigadier de gendarmerie, un meunier, des spectateurs simples et à droite, élégants à la mode 1900, un couple de bourgeois. Le mât est une longue pièce de bois souvent placée perpendiculairement et pour augmenter la difficulté de l’ascension, il est parfois savonné. Il peut également être placé horizontalement et les lutteurs doivent le parcourir dans toute sa longueur. En haut, trônent les trophées qui sont en l’occurrence à l’époque des aliments de valeur : de la viande, des bouteilles de Champagne, des montres à gousset, un sac, du jambon, une pipe, une timbale en or. Manger de la viande, boire du Champagne, représentent alors l’opulence et une richesse inhabituelle.
Interprétation
Le pays de Cocagne pour tous

Ce couvercle de jeu a été fait par les établissements Saussine, fabricant de jeux en cartonnage installé à Paris entre 1860 et 1980. La popularité de ce type d’attractions foraine est telle que des jeux de société s’en sont inspirés. Elle associe en effet fête, chance aux jeux et distraction pour tous. Ce couvercle présente une véritable typologie de la fête foraine avec un manège, un entresort, un métier de banque et un jeu de force.
L’allusion au pays de Cocagne correspond, du nord de l’Europe aux régions méridionales, à une sorte de paradis où la nature y est généreuse, où l’on mène une vie de plaisir et de luxe. On ne peut s’empêcher de penser au tableau Le pays de Cocagne de Pieter Bruegel l’Ancien exécuté en 1567 et aujourd’hui conservé à la Pinacothèque de Munich. Trois personnages, représentant le clergé, la noblesse et la paysannerie, sont repus et somnolents sous une sorte d’arbre couronné d’une table dressée de mets. Ils sont égaux devant l’aspiration d’un paradis terrestre et la promesse de la prospérité. Cocagne est une terre de fêtes et de bombances perpétuelles, d'inversion des valeurs et des lois naturelles, où l'on prône le jeu et la paresse, et où le travail est proscrit. Tout comme le bœuf gras ou le rêve de Lazare, cela coïncide avec le rêve de tout un chacun, issu de la ville ou des champs, de bien manger dans une société où le spectre de la pénurie est toujours menaçant.
Bibliographie
Marcel CAMPIONForain, une vie de combatParis, édition Lattés, 1999.
Zeev GOURARIERManèges d’autrefoisParis, Flammarion 1991.
Gilles-Antoine LANGLOISJours de fête, de Tivoli à EurodisneyParis, Editions Syros Alternatives, 1992.
Pour citer cet article
Valérie RANSON-ENGUIALE, « Nouveau jeu du mât de cocagne », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/nouveau-jeu-mat-cocagne?i=805
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