Les Pêcheurs à la ligne

Date de publication : Mai 2016

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Contexte historique

Les frères Wright, pionniers américains de l’aviation

En août 1908, Wilbur Wright impressionne la France en réalisant un vol à bord d’un aéroplane motorisé. Pour l’opinion publique, l’aviation est alors une découverte. Wilbur et son frère Orville Wright sont pourtant impliqués dans la conquête de l’air depuis 1899.

D’abord occupés à contrôler la trajectoire de vol de leurs planeurs, les frères Wright finissent par concevoir un engin muni d’un moteur qu’ils font voler pour la première fois à la fin de l’année 1903. Inquiets à l’idée de se faire dérober leur invention, ils restent très discrets dans les années qui suivent. A tel point que ceux qui croient à la véracité de ces exploits sont peu nombreux.

Les démonstrations françaises de 1908 font parties des premières que les frères exécutent. Wilbur est seul à bord, car son frère Orville est resté aux Etats-Unis pour mener des exhibitions en parallèle. Les deux ingénieurs ont en effet conçu plusieurs exemplaires de leur aéroplane Flyer Model A. Leur souhait est alors de vendre des licences de construction. Muni d’un moteur puissant, l’aéroplane est capable d’embarquer un passager. En France, l’événement a un grand retentissement dont la presse se fait l’écho. Au fil des mois, l’engin s’affiche dans de nombreux journaux. Il est notamment en couverture du Petit Journal, Supplément illustré du 9 septembre 1909, date à laquelle le Douanier Rousseau peint Les Pécheurs à la ligne.

Analyse des images

Incursion de la modernité

Lorsqu’il compose ses tableaux, le Douanier Rousseau s’appuie sur une abondante documentation visuelle qu’il n’hésite pas à copier fidèlement. Pour ses célèbres jungles, par exemple, il cite généreusement des journaux comme L’Illustration ou des publications plus inattendues comme un recueil de gravures montrant des animaux sauvages édité vers 1900 par les Galeries Lafayette.

Pour ses Pêcheurs à la ligne, il procède donc de même. Dans le ciel de sa vue fluviale, la représentation du Flyer Model A de Wilbur Wright reprend très exactement l’angle adopté par l’illustrateur ayant signé la couverture du Petit Journal, Supplément illustré de septembre 1909.

Rousseau joue ainsi du contraste que crée cette apparition moderne au milieu d’un paysage où seule une cheminée d’usine trahit l’époque. La pêche, activité immémoriale, ne semble cependant pas troublée par cette apparition aérienne.

Interprétation

Une obsession constante

Le Douanier Rousseau se passionne très tôt pour les nouveautés et les inventions de son époque. Dès 1890, il se portraiture ainsi devant la tour Eiffel tout juste achevée, ce qui fait de lui l’un des premiers peintres, après Georges Seurat, à peindre la Dame de Fer.

L’aéronautique constituait donc un sujet qu’il était naturellement enclin à représenter. Sur une Vue du Pont de Sèvres de la même époque, il se plait ainsi à réunir un dirigeable, une montgolfière et un avion. Ce goût de Rousseau pour l’innovation technique attire l’attention des peintres de l’avant-garde. Comme lui, ces artistes considèrent que bien avant le style, la modernité d’une œuvre tient à la modernité des sujets représentés. Robert Delaunay, l’un de ses plus proches amis parmi les peintres de la nouvelle génération, suit son œuvre avec attention. Dès 1909, il se met à son tour à peindre la tour Eiffel ainsi que les exploits de l’aviation.

Bibliographie

Guy COGEVAL, Gabriella BELLI, Le Douanier Rousseau, l’innocence archaïque, Musée d’Orsay/Hazan, Paris, 2016

Isabelle CAHN, Le Douanier Rousseau : naïf ou moderne ?, À propos, Garches, 2006

Christopher GREEN, Frances MORRIS, Claire FRÈCHES-THORY, Le Douanier Rousseau, Jungles à Paris, Editions de la Réunion des Musées Nationaux, Paris, 2006

Pour citer cet article
Benjamin BILLIET, « Les Pêcheurs à la ligne », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Juillet 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/pecheurs-ligne
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