Le Père-Lachaise et les derniers combats de la Commune

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Contexte historique

Le Père-Lachaise et les derniers combats de la Commune

Situé au cœur du Paris populaire où les communards sont solidement implantés, le cimetière du Père-Lachaise est un camp retranché improvisé par les fédérés pendant que la Commune agonise sur ses dernières barricades. Deux cents fédérés armés d’une dizaine de canons se réfugient dans la nécropole assiégée par les troupes versaillaises qui, depuis la butte Montmartre, bombardent cette position de repli des communards, avant de donner l’assaut. Faute de munitions, des combats à l’arme blanche ont lieu au milieu des sépultures.

Analyse des images

L’action et son cadre

Peintre des campagnes révolutionnaires et napoléoniennes, Félix Philippoteaux (1815-1884) montre un désordre de fédérés et de communardes – l’une d’elles, à mi-chemin entre l’allégorie symbolique et la harpie réaliste, brandit un drapeau rouge – occupés à défendre la porte principale du cimetière, sur le boulevard de Ménilmontant, et à canonner Paris tout en affrontant des versaillais au corps à corps entre les tombes.

Si le peintre confond les deux phases de l’assaut et du « nettoyage » du Père-Lachaise en une unique scène, la composition de son tableau est bipartite, avec les combats au premier plan et une vue panoramique sur la capitale en flammes dans le registre supérieur, associant peinture d’histoire et peinture de paysage. Philippoteaux accorde autant d’importance au lieu et à sa topographie qu’aux combattants, comme en réponse à une remarque d’Alphonse Daudet dans ses Notes sur la vie (1882) : « Comme tous les tableaux de bataille sont bêtes ! Les soldats ne devraient être que l’accessoire, tant le paysage tient toute la place ; une bataille, c’est un bois, un ravin, une rue ou un champ de choux avec de la fumée. »

Interprétation

Réplique à Daudet

Dans ses Lettres à un absent – les futurs Contes du lundi (1871) –, Daudet consacre une nouvelle à « La bataille du Père-Lachaise ». Par le truchement du gardien du cimetière, l’écrivain présente son récit comme une démythification : « ― Une bataille ici ? Mais il n’y a jamais eu de bataille. C’est une invention des journaux. » En niant la bataille, le témoin-narrateur nie l’existence de combattants : face aux troupes régulières de Versailles, il n’y aurait eu dans le cimetière qu’un « ramassis » sacrilège d’ivrognes et de femmes de mauvaise vie faisant bombance au milieu des tombes.

Avec cette œuvre, Philippoteaux semble contredire les allégations de l’écrivain anticommunard.

Bibliographie

Jean BRAIRE, Sur les traces des communards. Guide de la Commune dans le Paris d’aujourd’hui, Paris, Les Amis de la Commune, 1988.

Alain DALOTEL, « Un pèlerinage rouge : la montée au mur des Fédérés (1878-1914) », Gavroche, no 9, avril-mai 1983, p. 14-20.

Danielle TARTAKOWSKY, Nous irons chanter sur vos tombes, Le Père-Lachaise, XIXe-XXe siècles, Paris, Aubier, 1999.

Pour citer cet article
Bertrand TILLIER, « Le Père-Lachaise et les derniers combats de la Commune », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/pere-lachaise-derniers-combats-commune?i=48&d=1&c=federes
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