Philippe d’Orléans, régent de France

Date de publication : Janvier 2015

Professeur à l'Université Paris VIII

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Contexte historique

Un tableau mystérieux

Ce tableau est une énigme : Carle Van Loo (1705-1765), son auteur présumé, second fils du peintre Louis Van Loo (1653-1712), n’était âgé que de dix-huit ans quand le Régent décéda en 1723. Quant au catalogue de référence de l’œuvre du peintre, il ne mentionne pas cette toile, alors que le catalogue des peintures de l’École française du Musée d’Orléans, qui l’expose, la classe dans la catégorie « École française », sans indication d’auteur, et la date des environs de 1749, soit au cœur du règne de Louis XV (1715-1774). Tous ces éléments conduisent à l’hypothèse que ce tableau pourrait représenter, soit le duc de Chartres, le fils de Philippe d’Orléans (tous les contemporains disent qu’il lui ressemblait), soit, effectivement, le Régent. Dans cette seconde hypothèse, il s’agirait d’un portrait posthume…

Mais précisément, par son mystère, cette peinture rend compte de la difficulté d’approche de Philippe d’Orléans, dont nous ne possédons que très peu de portraits : la plupart, comme celui-ci, sont incertains. Le Régent, en effet, est à plus d’un titre, une personnalité mystérieuse, quasi impénétrable, qui semble résister à toute analyse. « Le sphinx » ; c’est ainsi que le qualifie l’historien Jean Meyer dans l’essai biographique qu’il lui a consacré…

Analyse des images

Un prince de guerre

Dans ce grand portrait en pied, c’est l’homme de guerre qui est mis en avant, vêtu de son armure de combat, désignant le casque surmonté d’un panache blanc. C’est là une manière de le relier à Henri IV, son arrière grand-père, le fondateur de la dynastie des Bourbons : n’est-il pas en effet, le fils de Philippe de France, Monsieur, frère cadet de Louis XIV, et de sa seconde épouse, la princesse Palatine Elisabeth-Charlotte de Bavière ?

Homme de guerre, Philippe d’Orléans le fut effectivement, durant les deux dernières guerres du règne de Louis XIV (guerre de la Ligue d’Augsbourg, guerre de Succession d’Espagne) : sa première campagne eut lieu en 1691 – il a alors 17 ans – lorsqu’il participa au siège de Mons, présidé par le roi.

Dès lors, il ne cessa de manifester une fière et impétueuse bravoure : à Leuze, en septembre 1691, où il chargea à la tête de la cavalerie ; à Steinkerque en 1692 où il fut blessé ; à Neerwinden en 1693, où il mena cinq assauts successifs. En 1706, lors de la guerre de Succession d’Espagne, Louis XIV lui confia l’armée d’Italie, mais il ne put résister aux assauts des troupes d’Eugène de Savoie. Il alla l’année suivante en Espagne, où il connut de nouveau de nombreux succès, notamment en Catalogne, à Lérida et Tortosa.

Carle Van Loo a aussi représenté le prince tenant de la main gauche un bâton de commandement fleurdelisé. C’est là une manière de suggérer une autre fonction : Philippe d’Orléans assuma la direction du royaume durant huit ans, après la mort de Louis XIV, en attendant la majorité de Louis XV.

Interprétation

Un guerrier politique

Le Régent ne fut pas qu’un valeureux guerrier : il fut aussi et surtout un habile politique. Avec son remarquable sens de la formule, Jules Michelet a montré toute la richesse et la fécondité de la Régence : « Tout un siècle en huit années », qui ne se réduisent ni à une réaction aristocratique contre l’héritage louis-quartozien, ni à la succession d’une Régence libérale (1715-1717) et d’une Régence autoritaire (1718-1723).

Des analyses récentes ont en effet réévalué cet « après Louis XIV ». Elles ont montré que le Régent a tenté, sinon réussi, une manière de consensus. Il a recherché une participation accrue des élites dirigeantes (noblesse, parlement), longtemps frustrée du pouvoir, à l’exercice de l’autorité. Il a innové, en matière politique, avec la polysynodie (gouvernement par conseils spécialisés), en matière financière et économique avec l’audacieux système de Law. Sur le plan diplomatique, sa politique fut marquée par un pacifisme inspiré de Fénelon, pacifisme concrétisé par l’alliance avec l’Angleterre et la Hollande : une Triple Alliance fut signée le 4 janvier 1717. En matière intellectuelle, l’anglophilie fut à la mode. Et dans le domaine religieux, le Régent manifesta, par sa tolérance sceptique, une rupture avec la politique ultracatholique de Louis XIV : il libéra, par exemple, des prêtres jansénistes emprisonnés à la suite de l’application de la bulle Unigenitus.

Si rupture il y eut par rapport au règne de Louis XIV, c’est peut-être précisément dans cette accumulation de mesures nouvelles décidées et appliquées en un si court laps de temps. Alexandre Dupilet émet l’hypothèse que la polysynodie constituait un système précisément propre à l’épanouissement d’un « esprit de réforme ». Et que le Régent a été, finalement, le premier réformateur de la Régence.
Philippe d’Orléans fut bien, effectivement, comme le montre ce tableau, un guerrier, mais un guerrier politique !

Bibliographie

Mary O’NEILL, Les Peintres de l’école française des XVIIe et XVIIIe siècles : catalogue critique, Orléans, Musée des beaux arts, 1981.
Jean MEYER, Le Régent, Paris, Ramsay, 1985.
Jean-Christian PETITFILS, Le Régent, Paris, Fayard, 1986.
Alexandre DUPILET, La Régence absolue.
Philippe d’Orléans et la polysynodie (1715-1718)
, Seyssel, Champ Vallon, 2011.
Laurent LEMARCHAND, Paris ou Versailles ? La monarchie absolue entre deux capitales, 1715-1723, Paris, CTHS, 2014.
Denis REYNAUD, Chantal THOMAS (dir.), Le Régent, entre fable et histoire, Paris, CNRS, 2003.

Pour citer cet article
Joël CORNETTE, « Philippe d’Orléans, régent de France », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 13 Décembre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/philippe-orleans-regent-france
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