Portrait du père Gérard

Date de publication : Février 2005

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Contexte historique

Réunis à Versailles le 5 mai 1789 dans le cadre des états généraux, les députés du tiers état se déclarent Assemblée nationale constituante le 9 juillet 1789. La Constitution sera achevée le 3 septembre 1791. Parmi les députés siégeait un paysan du pays de Rennes, Michel Gérard (1735-1815), qui fut bientôt connu sous le nom de « Père Gérard ». Salué par le roi, le jour de la présentation des députés, par un « Bonjour, bonhomme ! », il devint célèbre par ses manières, son costume, et le ton direct de ses interventions. On le connaît par un tableau de David (Le Conventionnel Gérard et sa famille) conservé au musée de Tessé au Mans.

Analyse des images

Symbole du bon sens paysan, la figure du Père Gérard, fut utilisée tant par les royalistes, qui publièrent un pamphlet intitulé Motion du Père Gérard, Député de Bretagne, que par les républicains. Collot d’Herbois, connu plus tard comme l’un des principaux tribuns de la Convention, édita en 1792 un livret intitulé Almanach du Père Gérard. Destiné à vanter auprès des publics populaires les bienfaits de la monarchie constitutionnelle – « Ô ! la bonne constitution que la constitution française, elle assure la paix, la tranquillité, notre bonheur et celui de nos enfants » –, il se compose de douze entretiens dialogués entre le Père Gérard et les paysans, qui traitent de la nation, de la loi, des contributions publiques, des tribunaux, etc., en opposant la nouvelle Constitution à l’ordre ancien. Reprenant les mêmes éléments, Letourmy édita pour sa part Le Véritable Père Gérard, ainsi que la présente image. Il utilise la composition qui sert de frontispice à l’ouvrage de Collot d’Herbois, une taille-douce dont le titre, Le Père Gérard tient le livre de la Constitution et l’Esplique à ses concitoyens, résume la scène. La présence de personnages en perruques veut évoquer une réconciliation autour de la Constitution. Ainsi, le texte du livret montre le Père Gérard faisant jurer fidélité au receveur du château : « Le plus beau triomphe de notre constitution sera de soumettre, par la seule force de la raison, ses ennemis les plus déclarés. Ne rejetons pas celui qui vient jurer de bonne foi, quoiqu’un peu tard, de lui rester fidèle. »

Interprétation

L’image populaire et la littérature de colportage furent utilisées comme moyen de diffusion des idées en direction des classes populaires. Le livret de Collot d’Herbois reçut ainsi le Prix de l’almanach patriotique pour 1792, que lui décerna la Société des amis de la Constitution lors d’un concours dont le jury comprenait l’abbé Grégoire et Condorcet. Les contre-révolutionnaires lui répondirent dans la même veine par un Almanach de l’abbé Maury. Les productions des sociétés lettrées parisiennes étaient reprises et réinterprétées par les éditeurs populaires de province.

Bibliographie

Ouzi ELYADA, Presse populaire et feuilles volantes de la Révolution, Paris, Société des études robespierristes, 1989.
Jeremy POPKIN, Revolutionary News, Durham, Duke University Press, 1990.
Albert SOBOUL, Paysans, sans-culottes et jacobins, Paris, Librairie Clavreuil, 1966.
Georges SORIA, Grande histoire de la Révolution française, Paris, Bordas, 1988.
Catalogue de l’exposition Images de la Révolution.
L’imagerie orléanaise à l’époque révolutionnaire
, Musée des Beaux-Arts d’Orléans, 1989.

Pour citer cet article
Frédéric MAGUET, « Portrait du père Gérard », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/portrait-pere-gerard?i=585&d=11
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