Portrait du Prince impérial

Date de publication : Mai 2005
Auteur : Alain GALOIN

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Contexte historique
Au zénith lors du Congrès de Paris de 1856, le prestige de la France en Europe n’était déjà plus qu’un lointain souvenir en 1870. Le 3 juillet 1866, la défaite autrichienne de Sadowa avait clairement révélé les ambitions unitaires de la Prusse et la prépondérance sur le continent européen était passée de Paris à Berlin. Depuis 1866, la Prusse avait unifié son territoire et dominait l’Allemagne du Nord dont elle avait regroupé les petits États au sein d’une Confédération – à laquelle les États du Sud n’avaient pas adhéré, mais ils faisaient néanmoins partie de l’Union douanière prussienne.

Bismarck pensait que l’unité politique de tous les États allemands ne pouvait naître que d’une guerre contre la France, que sa politique étrangère avait discréditée aux yeux de l’Europe et qui n’était manifestement pas prête à s’engager dans un conflit armé avec la Prusse. L’affront suscité par la fameuse dépêche d’Ems va ainsi inciter Napoléon III et le ministère d’Émile Ollivier à déclarer la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. Ce faisant, la France se donne maladroitement le rôle d’agresseur.
Analyse des images
Jules Lefebvre a exécuté ce portrait du prince impérial le 17 juillet 1870, deux jours avant que n’éclate la guerre avec la Prusse.

Le fils de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie était alors un adolescent de 14 ans. C’était un enfant généreux, expansif, particulièrement enjoué, remuant, voire turbulent : on le surnommait « bougillon ». Il était excessivement gâté par son père, qui l’appelait affectueusement Loulou et le chérissait avec une passion tout empreinte d’indulgence. L’impératrice, quant à elle, compensait les mauvais effets de la faiblesse paternelle en imposant des règles d’éducation très strictes, considérant que la formation du prince impérial avait pour objectif essentiel de le préparer à son futur métier de souverain. Néanmoins, l’enfant fut élevé à la manière d’un petit bourgeois français, partageant très tôt la vie de ses parents, prenant part aux conversations et aux distractions de ses aînés. L’empereur l’associa cependant très jeune à la vie officielle et aux manifestations de prestige du règne. Ainsi, à l’âge de 11 ans, le prince dut-il assumer la présidence de l’Exposition universelle de 1867. En toutes circonstances, il faisait preuve d’une dignité souriante. Son charme personnel engendrait l’affection et la popularité. On appréciait sa droiture, sa franchise, son énergie. On admirait la passion qu’il avait de son nom et son désir d’en être digne.

Au moment où le prince pose pour Jules Lefebvre, il vit les derniers jours d’une enfance heureuse et insouciante dans ce palais de Saint-Cloud qui sera son dernier séjour français et qu’il ne reverra jamais ensuite. L’artiste a fait de l’adolescent un portrait intimiste, d’une grande profondeur psychologique. Le visage est sérieux, le sourire a déserté ses lèvres, le regard est triste et nostalgique, comme si le fils de Napoléon III était conscient de la situation. Il tourne la tête vers la gauche du tableau, derrière lui, vers le souvenir déjà lointain des fastes de l’empire.

Cet attachant portrait du prince impérial a figuré au Salon de 1874. L’impératrice Eugénie le conserva à Farnborough. Il fut vendu avec le mobilier de la souveraine en juillet 1927.
Interprétation
Lorsque survint la guerre franco-prussienne de 1870, Napoléon III, atteint de la maladie de la pierre, n’était manifestement pas en état de conduire une campagne militaire. Néanmoins, le 28 juillet 1870, il partit pour Metz, accompagné du prince impérial. Désireux d’éviter tout cérémonial pour son départ vers une guerre qu’il ne souhaitait pas, l’empereur gagna le front depuis la petite gare de Saint-Cloud. Pendant l’absence du souverain et de son fils, l’impératrice Eugénie assura la régence.

Le 30 juillet 1870, le prince passa en revue les lanciers de la garde impériale, alors stationnés à Metz, sur l’île de Chambière. Le 1er août, il accompagna son père à un conseil de guerre. Enfin, quelques jours après son arrivée au front, il participa à une bataille devant Sarrebruck, au cours de laquelle il reçut le baptême du feu. Tous les soldats furent unanimes à saluer le courage et le sang-froid du jeune homme ce jour-là. Napoléon III tint à envoyer un télégramme à l’impératrice, restée à Paris : « Deux août. Louis vient de recevoir le baptême du feu : il a été admirable de sang-froid, il n’a été nullement impressionné… Nous étions en première ligne et les balles et les boulets tombaient à nos pieds. Louis a conservé une balle qui est tombée auprès de lui. Napoléon. » Il s’agissait là d’un combat mineur, mais la campagne s’engageait mal. De place en place, le jeune prince suivit son père de Metz à Gravelotte, de Châlons à Rethel. Le 23 août 1870, l’empereur le quitta à Reims. Il le retrouva à Rethel pour le quitter à nouveau le 27 août à Tourteron, point de départ d’une odyssée mouvementée qui devait finalement conduire le prince impérial en exil en Angleterre où il arriva le 6 septembre. Il ne devait revoir l’empereur Napoléon III que vaincu, en 1871. Il conserva de cette humiliation d’un souverain déchu, honni et diminué une trace indélébile.
Bibliographie
André CASTELOT, Alain DECAUX et le général KOENIG, Le Livre de la famille impériale.
L’histoire de la famille Bonaparte à travers les collections du prince Napoléon
, Paris, Librairie académique Perrin, 1969.
Maurice QUENTIN-BAUCHART, Fils d’empereur, le petit prince, Paris, s.d.
Catherine SALLES, Le Second Empire, Paris, Larousse, 1985.
Catalogue de l’exposition Le Prince impérial, 1856-1879, Paris, Musée de la Légion d’honneur, 1979-1980.
Pour citer cet article
Alain GALOIN, « Portrait du Prince impérial », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/portrait-prince-imperial?i=603&d=1&c=dynastie%20imperiale
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