• Liberté de la presse.

    ANONYME

  • Saisie des presses du National.

    Victor-Jean ADAM (1801 - 1866)

Presse et politique

Date de publication : Septembre 2006

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Contexte historique

La censure dans l'édition française sous l'Ancien Régime

Officiellement née au XVIe siècle, avec l'ordonnance de François Ier du 13 janvier 1535 interdisant l'impression de tout nouveau livre à la suite de l'Affaire des Placards, la censure s'inscrit au cœur du fonctionnement institutionnel et social de l'Ancien Régime. L'évolution de la législation dans ce domaine suit celle de l'Histoire de France, jusqu'à la chute de la monarchie en 1789. Soumise par les pouvoirs royaux successifs à une surveillance étroite, la librairie française fonctionne suivant un système de permissions et de privilèges définis par un maquis de plus en plus touffu de lois et de règlements. Si une relative tolérance s'installe au cours du XVIIIe siècle, avec la multiplication des permissions tacites et la nomination de Lamoignon de Malesherbes, esprit éclairé, comme directeur de la librairie en 1750, l'un des premiers gestes de l'Assemblée nationale au moment de la Révolution est d'abolir la censure. Suivant l'article XI de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, promulgué le 26 août 1789, « tout citoyen peut (...) parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ».

Analyse des images

La presse mise en liberté surveillée

Bien qu'assortie de quelques mesures de contrôle, cette liberté nouvelle de la presse et l'abolition de toute censure préalable se traduisent dans le domaine de l'édition par une avalanche de publications, le plus souvent des libelles et des pamphlets à caractère politique, entre 1789 et 1793.

Une estampe de l'époque illustre bien cette frénésie éditoriale : tandis que les imprimeurs et les typographes s'affairent devant leur établi, une foule s'empare des pamphlets et des journaux fraîchement sortis des presses, se bousculant les uns et les autres pour être les premiers à diffuser les nouvelles dans la rue. Le tumulte de la foule et les expressions contrastées des visages reflètent la violence des passions politiques sous la Révolution et mettent en évidence le rôle joué par les écrits dans le surgissement de l'opinion publique qui s'affirme tout au long du XIXe siècle.

Mais cette « folle liberté » ne dure guère longtemps : l'ancien système de la librairie est bientôt remplacé par un nouvel ordre législatif émanant de la volonté populaire sous la Terreur. Le 29 mars 1793, la Convention vote un décret rétablissant la censure répressive. Un temps mise en sommeil après la chute de Robespierre, cette censure est à nouveau remise à l'ordre du jour par Napoléon qui, s'appuyant sur la police, instaure un contrôle strict sur la librairie et l'imprimerie et promulgue une série de règlements réorganisant ces deux branches en 1810.

Sous la Restauration, la censure préalable est supprimée, tandis qu'une série de textes législatifs tendent à fixer les cadres de cette liberté de la presse. Parallèlement, de nombreux débats surgissent à cette époque autour des idées libérales énoncées sous la Révolution.

Cependant, les ordonnances promulguées par Charles X le 26 juillet 1830, visant à museler la presse d'opposition, brisent net cet élan libéral et ramènent la presse et l'édition vingt ans en arrière. La réaction des ouvriers du livre ne se fait pas attendre : le lendemain, les imprimeries ferment, des manifestations éclatent au Palais-Royal, débouchant sur une véritable insurrection, et les gens du livre font paraître une protestation contre le pouvoir en place dans deux journaux de l'opposition, Le Temps et Le National, fondé le 3 janvier 1830 par un groupe de libéraux mené par Thiers. Ceux-ci font alors l'objet d'une violente répression, comme le montre cette lithographie de Victor Adam représentant la saisie du National par la police le 27 juillet. Celle-ci brise les presses, dont certains éléments gisent à terre au premier plan, et s'empare des exemplaires séditieux. La révolution de 1830 est pourtant bel et bien en marche, entraînant la chute de Charles X et l'avènement de Louis-Philippe.

Interprétation

La presse et la naissance de l'opinion publique

Parvenu au pouvoir à la faveur des ordonnances de Charles X contre la presse périodique, Louis-Philippe est contraint de rétablir la liberté de la presse : la Charte constitutionnelle promulguée le 14 août 1830 stipule que « les citoyens ont le droit de publier et de faire imprimer leurs opinions en se conformant aux lois [et que] la censure ne pourra jamais être rétablie ».Cependant, cette victoire des principes libéraux n'est qu'apparente, et l'on en revient bientôt aux méthodes répressives des gouvernements précédents. Jamais démentie tout au long du XIXe siècle, cette surveillance étroite de l'imprimerie et de la librairie montre à quel point la presse représentait un enjeu crucial aux yeux des pouvoirs en place qui cherchaient à contrôler l'opinion publique et museler toute forme d'opposition. En pleine expansion à partir de la Monarchie de Juillet, les journaux touchent un lectorat de plus en plus large, en particulier grâce aux progrès de l'alphabétisation, à la diminution du prix de l'abonnement et à la publication de romans-feuilletons populaires. Utilisés comme tribunes par les différents partis politiques pour diffuser leurs idées au-delà des sphères gouvernementales, ils ont joué un grand rôle dans la constitution de l'opinion publique et l'avènement de la démocratie.

Bibliographie

Roger CHARTIER et Henri-Jean MARTIN (dir.)Histoire de l'édition françaisetomes II et III, Paris, Promodis, 1984-1985.
André Jardin et André-Jean TudescqLa France des notables (1815-1848)2 tomes, Paris, Seuil, « Nouvelle histoire de la France contemporaine », vol.
6, 1988.
Robert NETZHistoire de la censure dans l'éditionParis, PUF, 1997.

Pour citer cet article
Charlotte DENOËL, « Presse et politique », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/presse-politique?i=727
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