Le procès de Nuremberg

Date de publication : Décembre 2012

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Contexte historique

Le procès de Nuremberg

Intenté par les forces alliées contre vingt-quatre hauts responsables nazis, le procès de Nuremberg se tient du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946. Il est placé sous l’autorité du Tribunal militaire international instauré par les accords de Londres du 8 août 1945 et composé de quatre juges, quatre procureurs et quatre assesseurs soviétiques, français, américains et britanniques.

Pendant plus de dix mois, les accusés comparaissent pour complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Le procès est massivement couvert par la presse internationale (plus de quatre cents journalistes sont présents), et même filmé par le réalisateur américain John Ford. « Le banc des accusés au procès de Nuremberg » appartient aux innombrables photographies prises à cette occasion. Très largement diffusées, elles ancrent dans les représentations et les consciences l’image d’une justice légitime en acte et celle, corollaire, du châtiment des vaincus.

Analyse des images

Les accusés au procès

Structuré en trois plans horizontaux, le cliché offre une vue partielle du banc des accusés. Au premier plan, les avocats (on reconnaît les attributs de la fonction juridique) des accusés, dont certains suivent le procès à l’aide de casques de traduction, un procédé alors novateur – la langue des débats changeant selon les intervenants. Certains d’entre eux ont la tête tournée vers la droite (pour le spectateur), lieu de la prise de parole des témoins et de la projection des images sur l’écran spécialement placé en face de l’auditoire, tandis que d’autres examinent des documents.

Debout à l’arrière-plan, trois militaires du Tribunal international (reconnaissables à leur casque blanc et à leur uniforme) surveillent les accusés. L’air grave, solennel et presque dur, deux d’entre eux tournent légèrement la tête sur leur gauche, alors que le dernier, plus martial, regarde droit devant lui.

Au centre, et comme pris entre les deux autres ensembles, apparaissent certains des vingt-quatre accusés. Au premier rang de gauche à droite : Hermann Göring (le siège resté vide à sa gauche ce jour-là étant habituellement occupé par Rudolf Hess), Joachim von Ribbentrop, Wilhelm Keitel, Alfred Rosenberg. Au second rang de gauche à droite : Karl Dönitz, Erich Raeder, Baldur von Schirach, Fritz Sauckel et Alfred Jodl. À l’exception de Göring, dont le regard semble un peu errer, tous regardent sur leur gauche.

Interprétation

La justice et les jugés

« Le banc des accusés au procès de Nuremberg » présente un moment scénographique intéressant : le face-à-face entre les accusés et les juges (en face d’eux) est suspendu, puisque ces derniers regardent en effet presque tous dans la même direction, suivant vraisemblablement un témoignage (de victime ou de bourreau), un film sur les camps (tourné par les Alliés alors qu’ils les découvraient) ou encore l’intervention d’un expert. Le visage tendu des soldats et l’intérêt des accusés donnent à penser que le moment est assez important. Captant tous les regards, le hors-champ structure l’image et en est peut-être l’élément essentiel.

La photographie montre aussi au monde entier une justice en marche, qui suit son cours et sait respecter les procédures légales. Procès exceptionnel (notamment parce qu’il était filmé et photographié en permanence), Nuremberg reste cependant dans le cadre de la normalité juridique. Loin de la vengeance, à l’opposé de la barbarie qu’elle juge, une telle justice ne violente pas les accusés. Ceux-ci, habillés normalement et en relativement bonne santé, sont autorisés à suivre les débats (traduction) et à se défendre (présence des avocats). À l’exception de Göring, qui oscille entre inattention et désintérêt, les jugés paraissent plutôt concentrés sur les débats. Ils se tiennent dans une posture défensive (bras croisés, sourcils froncés), tout en essayant de conserver une certaine dignité.

Au-delà de leur fonction documentaire, les images du procès possèdent toutefois une valeur accusatrice. Il s’agit bien de montrer au monde des criminels, leurs crimes et leur punition. Sereine et humaine, la justice est aussi implacable, comme le rappelle la présence des militaires à l’arrière-plan. L’air fermé des soldats, leurs uniformes et leurs menottes témoignent du fait que, si la force n’est ici que le bras armé de la loi, elle s’impose néanmoins à des vaincus qui ont perdu la guerre et qui doivent aujourd’hui répondre de leurs actes. Le droit d’assister à son procès et de se défendre devient alors une contrainte, une injonction.

Bibliographie

· François de FONTETTE, Le Procès de Nuremberg, Paris, P.U.F., « Que-sais-je ? » 1996.

· Christian DELAGE, La Vérité par l’image, Paris, Denoël, 2006.

· Michel DOBKINE, Crimes contre l’humanité : extraits des actes du procès de Nuremberg, 18 octobre 1945-1er octobre 1946, Paris, Romillat, coll. « Retour au texte », 1992.

· Annette WIEVIORKA (dir.), Les Procès de Nuremberg et de Tokyo, Paris, Éditions Complexe, 1996.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « Le procès de Nuremberg », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 27 Juillet 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/proces-nuremberg
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