• La cathédrale de Reims, septembre 1917.

    Joseph Félix BOUCHOR (1853 - 1937)

  • La cathédrale de Soissons coupée en deux par les obus.

    Joseph Félix BOUCHOR (1853 - 1937)

  • Saint-Jean-des-Vignes, Soissons, septembre 1918.

    Joseph Félix BOUCHOR (1853 - 1937)

Les ravages de la guerre 14-18

Date de publication : Juin 2006
Auteur : Alain GALOIN

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Contexte historique
La guerre de 1914-1918 marque tragiquement l’entrée du monde dans le XXe siècle. Ce fut une guerre mondiale et totale : à des degrés divers, tous les continents y furent impliqués, même si l’essentiel des opérations militaires se déroulèrent en Europe. Prévu et préparé depuis longtemps, le conflit était inéluctable pour l’Allemagne qui avait vainement tenté d’isoler diplomatiquement la France depuis la guerre de 1870. Le mécanisme des alliances – Triple-Alliance et Triple-Entente – devait irrémédiablement fonctionner pour peu que se produisît l’étincelle qui déclencherait les hostilités. Le 28 juin 1914, l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l’Empire austro-hongrois, à Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine, fut cette étincelle qui embrasa l’Europe.

Malgré le nombre important de puissances engagées dans le conflit dès les premiers mois de la guerre – Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie, Empire ottoman, Bulgarie, Serbie, Russie, France, Grande-Bretagne, Roumanie –, l’affrontement fut essentiellement franco-allemand au départ. L’Allemagne déclare la guerre à la France le 3 août 1914, et, dès le lendemain, les troupes allemandes, violant sa neutralité, envahissent la Belgique et pénètrent en territoire français. L’empereur Guillaume II concentre sur ce front l’essentiel de ses forces, soit soixante-dix-huit divisions, n’en envoyant que neuf combattre les Russes, à l’est : le plan Schlieffen prévoit de vaincre la France en six semaines.

Alors que les troupes françaises se portent vers le nord et l’est du pays, les Allemands s’engouffrent dans la vallée de l’Oise. Le 31 août 1914, ils sont à Compiègne, le 2 septembre à Soissons, à Senlis et à Meaux ; le 3 septembre, ils entrent dans Reims. Pour arrêter la progression des troupes ennemies, le général Joffre, commandant en chef des armées françaises, déclenche alors la bataille de la Marne, contre-offensive victorieuse qui délivre Épernay le 11 septembre et Reims le 13, mais qui ne suffit pas à bouter l’adversaire hors des frontières. Commence alors une guerre de tranchées qui va durer près de quatre ans et engendrer d’immenses pertes humaines et des dommages matériels considérables.
Analyse des images
Issu par sa mère du baron Pas de Beaulieu, capitaine de vaisseau qui prit part à la guerre d’indépendance des États-Unis en 1778 dans l’escadre du comte d’Estaing, Joseph-Félix Bouchor est né à Paris en 1853. Vers l’âge de vingt ans, il se découvre une soudaine passion pour la peinture, que ses amis Édouard Manet (1832-1883) et le caricaturiste André Gill (1840-1885) encouragent vivement. En 1914, âgé de soixante et un ans, il demande à être mobilisé et devient peintre attaché au musée de l’Armée. Pendant toute la guerre, il parcourt le front, esquissant sur le vif les combats, les édifices ravagés, les scènes de la vie des soldats dans les tranchées. Portraitiste, il fixe sur le papier les traits de nombreuses personnalités civiles et militaires engagées dans le conflit : les généraux Joffre, Gallieni, Foch, Pétain, Franchet d’Espérey… mais aussi le roi des Belges Albert Ier, André Tardieu, Raymond Poincaré, Alexandre Millerand, Gabriele d’Annunzio… Nombre de ces portraits furent reproduits à des milliers d’exemplaires sous forme de cartes postales et distribués aux combattants.

Joseph-Félix Bouchor a laissé de précieux témoignages picturaux sur les dommages subis par le patrimoine civil et religieux pendant la Première Guerre mondiale. En septembre 1917, il est à Reims où il brosse un tableau représentant la cathédrale en grande partie détruite par les bombardements allemands. La façade se dresse, intacte, au milieu de la ville meurtrie. On devine – plus qu’on ne voit – la nef désormais à ciel ouvert.

Un an plus tard, en septembre 1918, il est à Soissons où il peint la cathédrale dont la façade est coupée du reste de l’édifice, les trois premières travées de la nef ayant été anéanties par les obus. C’est également en septembre 1918 qu’il représente la façade monumentale de l’église abbatiale Saint-Jean-des-Vignes qui domine cette ville de l’Aisne particulièrement sinistrée et qui, par sa situation élevée, constitue une cible privilégiée pour l’artillerie allemande.
Interprétation
Pendant les trois années et demie que dure cette guerre d’usure, les lignes allemandes demeurent à 1 500 mètres au nord-est de Reims, qui subit 1 051 jours de bombardements. La cathédrale est atteinte dès le 19 septembre 1914. Un gigantesque incendie embrase l’édifice, détruisant la totalité des toitures. Le monument sera ensuite endommagé à plusieurs reprises, notamment en avril 1917 et juillet 1918. À la fin de la guerre, la ville est détruite à 90 %. Durant une nuit de l’hiver 1918-1919, la voûte de la prestigieuse basilique Saint-Remi, ébranlée par les obus pendant près de quatre ans, s’effondre. L’acharnement des Allemands à détruire Reims, la cité royale, bouleverse l’opinion publique, convaincue que l’ennemi est un « barbare » sans âme. C’est avec la générosité des alliés américains, organisée par de grandes personnalités telles que Myron T. Herrick, ambassadeur des États-Unis en France, que la ville se relève progressivement de ses ruines. John Davison Rockefeller (1839-1937) est, avec le Danemark, le principal mécène de la reconstruction de la cathédrale, reconstruction qui s’est échelonnée sur dix ans.

La situation de Soissons pendant la Grande Guerre offre une similitude frappante avec celle de Reims. Investie par les Allemands le 2 septembre 1914, elle est libérée le 12, lors de la contre-offensive française de la Marne, mais jusqu’en mars 1917, l’ennemi occupe la cote 312, sur les hauteurs qui dominent la ville. Pendant deux ans et demi, Soissons est ainsi soumise à des bombardements nourris. En 1918, la ville est détruite à 80 %. La cathédrale a été systématiquement visée, mais aussi l’abbaye Saint-Jean-des-Vignes, le palais de justice, l’hôpital…

Le conflit n’a donc pas épargné les monuments historiques. L’incendie volontaire de la bibliothèque de Louvain, la destruction du centre historique d’Arras, le bombardement de la cathédrale de Reims, causèrent une douloureuse stupeur. Il fallut se rendre à l’évidence : rien n’échapperait à cette guerre à outrance, encouragée par l’exaspération des sentiments nationaux.
Bibliographie
Stéphane AUDOUIN-ROUZEAU et Jean-Jacques BECKER (dir.), Encyclopédie de la Grande Guerre, 1914-1918, Paris, Bayard, 2004.
Marthe CAILLAUD, « Pages de la guerre 14-18 en Picardie : La Somme, Quennevières, Laffaux, Ugny-le-Gay », in Annales historiques compiégnoises n° 27, 1984.
Lieutenant-colonel Michel DICHARD, « Aperçu historique sur les combats de 1914 à 1918 dans la région de Compiègne », in Annales historiques compiégnoises n° 47-48, 1991.
John HORNE et Alan KRAMER, 1914.
Les atrocités allemandes
, Paris, Tallandier, 2004.
Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, Paris, Fayard, 2004.
Soissons avant et pendant la guerre, Clermont-Ferrand, Michelin et Cie, coll. « Guides illustrés Michelin des champs de bataille (1914-1918) », 1930.
Pour citer cet article
Alain GALOIN, « Les ravages de la guerre 14-18 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/ravages-guerre-14-18?i=704&d=71&c=Guerre%20de%2014-18
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