• Plan général du Mont-Saint-Michel.

    Édouard CORROYER (1835 - 1904)

  • Détails du cloître.

    Édouard CORROYER (1835 - 1904)

La restauration du Mont-Saint-Michel

Date de publication : Octobre 2013

Archives départementales de la Manche

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Contexte historique
En 1872, l’architecte Édouard Corroyer (1835-1904) est chargé par la direction des Beaux-Arts de la restauration du Mont-Saint-Michel, et notamment de l’abbaye qui sera classée Monument historique deux ans plus tard, en 1874. Le monastère, transformé en prison pendant la Révolution française, a en effet connu un terrible incendie en 1834 et nécessite des travaux. Jusqu’en 1888, Corroyer restaure les parties romanes, le cloître et le réfectoire : il renforce le transept de l’abbatiale qui menace alors de s’effondrer et dirige des travaux d’étanchéité sur la terrasse de l’ouest, durant lesquels sont découvertes les tombes de deux grands abbés du XIIe siècle, Robert de Torigini et Martin de Furmendi. Révoqué sous la pression de deux députés, l’architecte conserve l’ensemble des documents qu’il avait rassemblés dans le cadre de sa mission.

De 1888 à 1893, un second architecte, Victor Petitgrand, reconstruit entièrement la croisée du transept de l’église abbatiale en la coiffant d’une tour de style néo-roman, elle-même surmontée d’une flèche néo-gothique portant la statue de l’archange saint Michel sculptée par Emmanuel Frémiet. À la mort de Petitgrand, Paul Gout poursuit les travaux dans le chœur de l’église (1898), puis dans la nef (1910). Ses successeurs, Pierre Paquet (1923-1929), Bernard Haubold (1929-1933) et Ernest Herpe (1933-1957), s’attachent quant à eux à la mise en valeur du site et à la restauration des logis abbatiaux. Enfin, c’est à Yves-Marie Froidevaux, qui officie au Mont de 1957 à 1983, qu’il faut attribuer la résurrection de Notre-Dame-sous-Terre, la chapelle située à l’emplacement du sanctuaire primitif.
Analyse des images
Le document ici présenté est un plan du monument sur lequel sont figurées, grâce à un code couleur, les différentes campagnes de construction du Mont-Saint-Michel.

On découvre ainsi, en noir, l’église abbatiale ainsi que ses dépendances les plus anciennes. Il s’agit des parties romanes de l’abbaye construites au XIe siècle, période durant laquelle le monument est sous la protection des ducs de Normandie.

Les bâtiments figurés en bleu datent du XIIIe siècle. En 1204, alors que Philippe-Auguste rattache la Normandie au domaine royal, ses alliés bretons incendient le Mont. Cet événement marque le début de la construction de l’ensemble gothique, achevé vers 1228 et appelé la Merveille. Ce bâtiment se compose, sur trois niveaux, d’une partie orientale avec l’aumônerie, la salle des Hôtes et le réfectoire, et d’un ensemble occidental avec le cellier et la salle des Chevaliers. Le cloître, jardin clos suspendu à plus de 80 mètres au-dessus de la baie, est certainement l’élément le plus exceptionnel de cet ensemble. C’est également au XIIIe siècle, durant l’abbatiat de Richard Turstin (1236-1264), que se sont élevées la porterie et la salle de Belle-Chaise, toutes deux adossées au chœur de l’église abbatiale.

Le XVe siècle, marqué par la guerre de Cent Ans, voit les fortifications du monastère être renforcées. Ces constructions militaires concernent notamment l’édification d’un ensemble fortifié à l’entrée du monastère, le châtelet (en violet sur le plan) et les remparts protégeant le village (figurés en orange).
Interprétation
Conservé aux Archives départementales de la Manche, le fonds Édouard Corroyer se compose de nombreux plans, photographies, dessins et rapports produits par l’architecte entre 1873 et 1888. Ces documents sont un témoignage précieux non seulement de l’architecture du Mont-Saint-Michel avant sa restauration, mais aussi de son histoire tourmentée.

Selon l’historiographie, Aubert, évêque d’Avranches, fonde une église dédiée à l’archange Michel sur le Mont-Tombe. La tradition veut que cet édifice ait été consacré par l’évêque le 16 octobre 709 (ou 708). Le lieu devient très vite un important centre de pèlerinage dont la conséquence est le développement d’une communauté monastique et d’un village autour de celle-ci. Mais, en raison de la topographie du rocher, son architecture est originale et diffère de celle des autres monastères bénédictins présentant une organisation similaire où chaque bâtiment est dévolu à une activité spécifique.

Le Mont-Saint-Michel est aussi une importante place forte médiévale du fait de sa position géographique, au milieu d’une immense baie située sur une frontière, zone de pouvoir convoitée entre la Normandie et la Bretagne, puis entre les couronnes de France et d’Angleterre. Sanctuaire de l’archange, protecteur de la monarchie française, le site acquiert durant la guerre de Cent Ans une fonction symbolique par la résistance héroïque qu’il oppose aux Anglais. Au cours du conflit, le Mont-Saint-Michel est la seule forteresse normande qui résiste à l’assiégeant anglais.

Transformé en prison au XIXe siècle, le Mont-Saint-Michel est aujourd’hui l’un des plus importants sites touristiques français, accueillant chaque année près de 3 millions de visiteurs.

Consultez l’intégralité du fonds Édouard Corroyer sur le site des archives départementales de la Manche.

Bibliographie
NICOLAS-MÉRY David, SAINT-JAMES François, Le tour du Mont en 1300 ans, Rennes, Ouest-France, 2011.
HALAIS Jérémie, Mont et merveille : 13 siècles d’histoire, 13 histoires du Mont-Saint-Michel, Saint-Lô, Conseil général de la Manche, 2009.
DECAËNS Henry, Le Mont-Saint-Michel : 13 siècles d’histoire, Rennes, Ouest-France (coll. Histoire), 2008.
Pour citer cet article
Jérémie HALAIS, « La restauration du Mont-Saint-Michel », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/restauration-mont-saint-michel?i=1316&d=1211&id_sel=2452
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