La révolte du papier timbré

Date de publication : Juin 2013
Auteur : Pascal DUPUY

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Contexte historique

Contexte la dernière grande révolte populaire

La révolte du papier timbré, ou des bonnets rouge, qui éclate en Bretagne en juillet 1675 est la dernière grande révolte populaire du XVIIe siècle en France. Louis XIV, en guerre avec les Provinces-Unies, a besoin d’argent. Pour y remédier, Colbert décide de vendre des offices, d’augmenter les impôts (taille, aides, gabelles…) et d’en inventer d’autres : taxes sur les maîtrises d’arts et métiers, sur la vaisselle d’étain, sur le papier timbré… Cette dernière mesure, un impôt camouflé, qui oblige de timbrer les actes notariés entraine une vague de protestations en Bretagne, une province rattachée relativement récemment à la couronne française (1532) et qui connaissait jusqu’à lors un régime d’exemptions et de libertés. Ces impôts imposés sans concertation et sans l’aval des états de la province de Bretagne provoquent des soulèvements tout d’abord urbains (Rennes, le 18 avril 1675, Nantes, Dinan, Vannes, Guingamp…), puis enfin villageois.

La répression se met rapidement en place mais pendant plus de trois mois, les autorités constituées (le gouverneur, le duc de Chaulnes, les lieutenants de Haute et de Basse Bretagne) sont incapables de maîtriser la situation. D’autant qu’à partir de juillet, ces soulèvements anti-fiscaux prennent une dimension anti-nobiliaire avec des insurgés forçant les seigneurs à renoncer aux prélèvements domaniaux. Ils rédigent même un « code paysan » réclamant à la fois « la liberté de la province armonique » mais aussi la suppression des droits seigneuriaux. La répression sera à la mesure de ces contestations à l’autorité du roi et à la société d’ordres : le parlement de Rennes, jugé trop laxiste est exilé à Vannes et le duc de Chaulnes, qui a obtenu des renforts militaires, pratique procès expéditifs et exécutions sommaires. L’ensemble de ces mesures répressives ramènent bientôt le calme et la soumission.

Analyse des images

Description Une critique de la politique fiscale de Louis XIV

Jean-Bernard Chalette, né en 1631, est le fils de Jean Chalette, (1581–1644) établi à Toulouse comme peintre portraitiste. Il donnera à son fils son premier apprentissage de peintre. A sa mort, Jean-Bernard est accueilli dans l’atelier de son successeur, Antoine Durant. Maitre-peintre en 1661, Chalette quitte Toulouse, sa ville natale et on le retrouve en 1663 à Rennes comme directeur du chantier des ornements du dedans du Parlement de Bretagne. Il réalise alors de nombreux tableaux dont l’Allégorie de la révolte du papier timbré conservée aujourd’hui au musée de Rennes.

L’œuvre, commandée par monseigneur Jean de La Monneraye, protonotaire apostolique et archidiacre de Rennes, dont les armes figurent dans le coin en bas à droite du tableau, critique la politique fiscale de Louis XIV et celle du gouverneur de Bretagne, artisan de la répression : le duc de Chaulnes. Ce dernier est peut-être représenté sous la forme de l’être repoussant et maléfique conduisant le char tiré par deux tigres féroces ou sous les traits de l’être monstrueux placé à l’arrière plan devant la ville en flammes. Le char est guidé par un homme assis sur un trône. A ses pieds gisent des sacs d’or, des coffres regorgeant de bijoux et de pierres précieuses. Autour du char, on relève des hommes en armures inanimés et les corps gisants de femmes et d’enfants. Au premier plan à droite à l’abri d’une tenture, les allégories de la Justice et la Paix, deux jeunes femmes vêtues à l’antique et entourées de leurs attributs symboliques respectifs (balance pour l’une et couronne de laurier pour l’autre) détournent le regard et ne semblent pas prendre la mesure des scènes de violence en train de se dérouler devant elles.

Interprétation

Analyse une allégorie polémique

Le tableau est intitulé : « Les riches et les pauvres sont injustement accablés » en une claire indication de son propos. Il est daté de 1676, soit une année à peine après le soulèvement. Une autre inscription en latin, un extrait du verset 57.2 des Psaumes de David "Si vere utique justitiam loquimini, RECTA judicate, filii hominum" (Si vraiment vous parlez de justice, jugez DROITEMENT, enfants des hommes) renforce l’argumentaire décliné dans le tableau.

L’œuvre, sous une forme allégorique, commente de manière polémique la politique fiscale de l’Etat français et la répression qui a suivie en Bretagne la révolte du papier timbré. Le char, conduit par un diable, écrasant la population symbolise l’Etat et ses impôts injustes. La Justice et la Paix préfèrent ignorer la scène ainsi que les violences et les meurtres commis autour d’elles. L’extrait du psaume de David insiste sur l’absence de droiture (inscrit en majuscules) qui a conduit à ce nouvel impôt. La ville en flammes rappelle les incendies qui ont éclaté à Rennes lors de la répression menée par le duc de Chaulnes, l’un des êtres monstrueux aux ordres du monarque qui semble avoir signé par là un pacte avec le diable.

Bibliographie

GARLAN Yvon et NIERES Claude, Les révoltes bretonnes de 1675.
Papier timbré et bonnets rouge
, Paris, Editions sociales, 1975.
« Jean-Bernard Chalette, maître-peintre à Rennes au XVIIe siècle », Bulletin des Amis du Musée de Rennes, 1979, p.
67-77.

Pour citer cet article
Pascal DUPUY, « La révolte du papier timbré », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 27 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/revolte-papier-timbre?i=1297&d=1&musee=Mus%C3%A9e%20des%20Beaux-Arts%20de%20Rennes
Commentaires
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ChristianeDeh le 03/11/2015 à 10:11:59
Puis-je me permettre: la phrase 'il réalise...dont l'allegorie...' N'est pas tout à fait exacte, il vaudrait mieux indiquer qu'apres la révolte et l'exil du parlement à Vannes Challette s'est retrouvé au chômage technique et s'est tourné vers des commandes privées, et que c'est dans ce cadre qu'il a exécuté la commande de Jean de la Monneraye.
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