La statue de Jeanne d'Arc à Versailles

Date de publication : Août 2005

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Contexte historique
Cousin de Louis XVI, fils de Philippe Égalité qui vota la mort du roi en 1793, Louis-Philippe devient roi des Français à la suite des journées insurrectionnelles des Trois Glorieuses (juillet 1830), qui contraignirent Charles X à l’abdication. Il inaugure alors un nouveau régime politique, plus libéral et constitutionnel, qui entend rompre avec le légitimisme et réconcilier les deux France. Le choix de faire de Versailles, la demeure du roi, un musée national dédié « à toutes les gloires de la France » est éminemment politique. Il crée à cet effet des salles et galeries thématiques et chronologiques. La galerie de pierre, dans l’aile nord, rassemble les figures emblématiques de la période médiévale parmi lesquelles Jeanne d’Arc. Marie d’Orléans (1813-1839), troisième fille des dix enfants de Louis-Philippe, élève d’Ary Scheffer et de David d’Angers, sculpteur de talent, est chargée de réaliser un marbre de la « pucelle d’Orléans ».
Analyse des images
À la mémoire de Marie d’Orléans

C’est la nuit, la famille d’Orléans (Louis-Philippe et Marie-Amélie au centre) est venue admirer la statue de Jeanne que des domestiques éclairent à l’aide de lampes à réflecteurs tenues à bout de bras au-dessus des têtes. Les visages tristes, la lumière orangée des lampes, l’obscurité et la nudité des voûtes de la galerie, contribuent à créer une ambiance de recueillement et de mélancolie. La scène se déroule un soir de 1839, peu de temps après la mort prématurée de la princesse Marie, duchesse de Wurtemberg, dont ce marbre est l’une des dernières œuvres. La petite bergère de Domrémy n’est qu’un prétexte, c’est à leur fille décédée que les souverains rendent hommage. Toutefois, un sentiment de piété émane de la statue. Jeanne, figurée debout, l’air humble, la tête penchée, a le visage empreint d’une grande sérénité et d’une grande douceur. Elle serre sur son cœur, les mains jointes, l’épée de sainte Catherine de Fierbois qui prend ainsi des allures de crucifix. Cette posture religieuse est soulignée par les effets de lumière qui nimbent la frêle jeune fille. Marie d’Orléans a bien senti l’ambivalence de Jeanne, à la fois guerrière (armure, épée) et vierge investie d’une mission divine. C’est déjà une sainte qu’elle a représentée, près d’un siècle avant sa sanctification, et sa statue, reproduite à des centaines d’exemplaires, viendra figurer sainte Jeanne d’Arc dans la majorité des églises de France.
Interprétation
La naissance d’une sainte

Le siècle des Lumières vit renaître l’intérêt pour l’épopée johannique, les ouvrages plus ou moins respectueux (La Pucelle d’Orléans de Voltaire, 1755) se nourrissant des travaux érudits : Histoire de Jeanne d’Arc par Lenglet-Dufresnoy en 1753, découverte d’archives par L’Averdy (1787). Toutefois, la véritable résurrection date de l’époque romantique. En 1841, Michelet célèbre une Jeanne laïque et romantique, fille du peuple trahie par la monarchie et le clergé. Les ouvrages sur Jeanne d’Arc se multiplient : Jungfrau von Orléans de Schiller (1800), Jeanne d’Arc par Michelet (1841), Jeanne d’Arc d’après les chroniques contemporaines par Quicherat (1841-1849, reprise des pièces du procès), Giovanna d’Arco par Verdi en 1845 ; de nombreuses statues sont érigées sur les places publiques surtout après la défaite de 1870 (à Paris : place des Pyramides par Frémiet en 1874 ; rue de la Chapelle par Charpentier en 1891 ; boulevard Saint-Marcel par Chatrousse en 1891 ; place Saint-Augustin par Dubois en 1900 ; sur l’île aux Cygnes par Wederkinch en 1958)

La Révolution française ayant renforcé le sentiment national, les différents mouvements politiques s’emparent de la bergère : Bonaparte, sauveur de l’État et instaurateur de la paix religieuse, est le premier à s’associer à la jeune fille en lui faisant élever une statue à Orléans (1803-1804) ; Louis XVIII rachète la maison de Domrémy (1818). En commandant une statue de Jeanne à sa fille et une Entrée de Jeanne d’Arc à Orléans à Ary Scheffer en 1847 (tableau installé au centre de la galerie des Batailles face à l’unique fenêtre), Louis-Philippe entend honorer la vierge venue de l’Est pour délivrer Orléans et faire sacrer Charles VII. Chacun cherche à s’approprier le personnage de Jeanne : les catholiques insistent sur le caractère divin de sa mission ; les royalistes mettent en avant la protection accordée aux Valois ; les républicains insistent sur son origine populaire, son rôle libérateur et son abandon par le roi et l’Église ; après 1870, les nationalistes se reconnaissent dans l’action de la pucelle qui bouta les Anglais hors de France. Dans les livres dédiés aux enfants, tels le Petit Lavisse et Le Tour de la France par deux enfants de G. Bruno, l’accent est mis sur le patriotisme de la jeune Lorraine. Parallèlement, une action est menée dès 1860 par Alexandre-Henri Wallon et par l’évêque d’Orléans, Mgr Dupanloup, pour que soit déclenché un procès en béatification qui aboutira à la canonisation de Jeanne en 1920.
Bibliographie
Béatrice de ANDIA, Art ou politique, arcs, statues, colonnes de Paris, Paris, Action artistique de la Ville de Paris, 2003.
Claire CONSTANS, Les Peintures.
Musée national du Château de Versailles
, Paris, RMN, 1995.
Régine PERNOUD, J’ai nom Jeanne la Pucelle, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes », 1992.
Images de Jeanne d’Arc.
Hommage pour le 550e anniversaire de la libération d’Orléans et du sacre
, catalogue de l’exposition de l’hôtel de la Monnaie, juin-septembre 1979, Paris, Imprimerie nationale, 1979.
Pour citer cet article
Delphine DUBOIS, « La statue de Jeanne d'Arc à Versailles », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 27 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/statue-jeanne-arc-versailles?i=631&d=1&c=nationalisme
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