Un transparent de Carmontelle

Date de publication : Février 2009

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Contexte historique

Louis Carrogis dit Carmontelle, lecteur du duc de Chartres et « divertisseur » pour les Orléans, est plus connu au XVIIIe siècle pour ses comédies que pour ses transparents. Pourtant, c’est à partir des années 1780 qu’il est également plus actif dans la création de jeux d’optique. Il nomme « transparents » les dessins très fins qu’il présente à la haute société. « Exposés à la lumière du jour, devant un seul carreau de ses croisées, ils se déroulaient successivement aux yeux des spectateurs pendant une heure […] Pour peindre ces sortes de tableaux, il était obligé de travailler debout sur le papier appliqué à sa vitre » (Joseph F. Michaud, Louis Gabriel Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne, 1813). Très à la mode au XVIIIe siècle, car considérée comme un objet à la fois pédagogique et ludique, la lanterne magique est présente dans de nombreuses familles de la noblesse ou de la haute bourgeoisie. Elle est un moyen de socialiser la science. À l’époque où Cosmorama, Panorama, Diorama, Fantasmagories et lanterne magique deviennent de plus en plus accessibles au plus grand nombre, ces transparents proposent un spectacle que Carmontelle, tel un véritable réalisateur, monte de toutes pièces. Ce procédé offre une grande facilité d’exécution et d’emploi, propre à intéresser les artistes et les amateurs. Il fait figure de précurseur à la fin du XVIIIe siècle par son habileté à mêler images en mouvement et histoire parlée.

Analyse des images

Ce transparent porte encore les traces du cadre dessiné par Carmontelle. En effet, afin de donner plus de relief à la scène, il l’entoure d’un liseré noir (système que le cinématographe reprendra par la suite) qui protège également le dessin. Carmontelle actionne lui-même les manivelles qui permettent de dérouler les mètres de transparents où sont peintes les différentes scènes ; il donne vie aux personnages par des changements de voix et raconte son histoire par un défilement sans temps morts. Carmontelle exécute ces tableautins dans un esprit qui se rapproche de la peinture de paysage. Il utilise comme cadre à ses histoires, en général, le domaine du duc d’Orléans, Monceau, souvent idéalisé dans ses représentations, mais il recrée également de nombreuses demeures d’Île-de-France ainsi que des villages ou de simples échoppes. Le transparent présenté ici montre l’insouciance de la noblesse de l’Ancien Régime. Dans la première scène trois personnages, richement vêtus, marchant au bord d’un canal, découvrent une ruine au détour d’un chemin. Dans la seconde, les protagonistes, d’allure pareillement aristocratique, font des tours de barque dans une atmosphère empreinte de galanterie. Dans l’esprit de son temps, Carmontelle, avec son invention illusionniste accompagnée de jeux de mots et de calembours, se moque de la bonne société dont il fait partie et qui est en train de disparaître.

Interprétation

Quand les découvertes et les possibilités matérielles commencent à faire bouger les images, Carmontelle, en véritable homme de théâtre, est un des premiers artistes à vouloir faire de ses créations une œuvre complète. Il cherche à faire évoluer ses paysages et ses personnages en temps réel dans un décor changeant au fil des situations. Certains rouleaux de transparents complets ne permettent cependant pas de connaître l’action véritable de ces pièces puisque Carmontelle n’a laissé aucun élément qui en préciserait l’intrigue. Dans la veine de Robertson, inventeur dans les années 1790 des Fantasmagories où il mêlait lanterne magique, illusion et musique, Carmontelle réunit théâtre, musique et image animée dans une composition éphémère, nouvelle sorte de spectacle adaptable à des publics différents, transportable et maniable par une seule personne. Dans un but de contrôle de l’image, de l’action et du texte, Carmontelle a voulu créer une œuvre d’art totale.

Bibliographie

Laurence CHATEL DU BRANCION, « Les transparents de Carmontelle », in Acte 2 du Nouveau Musée national de Monaco, catalogue de l’exposition Lumière, transparence, opacité au Nouveau Musée national de Monaco, 10 octobre-26 novembre 2006, sous la direction de Jean-Michel Bouhours, Milan, Skira, 2006.
FAMIN, « Revue nécrologique de M.Carmontelle » in La Gazette nationale ou le Moniteur universel, n° 364, mardi 30 décembre 1806, p.
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Pour citer cet article
Saskia HANSELAAR, « Un transparent de Carmontelle », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/transparent-carmontelle?i=966&d=1&e=saskia%20hanselaar
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