Départ de Louis XV après le lit de justice

Date de publication : Avril 2018

Université d'Evry-Val d'Essonne

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Contexte historique

L’inauguration du règne

Ce tableau réalisé par le peintre Pierre-Denis Martin commémore l’un des événements fondateurs du règne de Louis XV. La scène se déroule au sein de l’ancien palais de la Cité, devenu le siège du Parlement de Paris, l’institution gardienne des lois fondamentales du royaume de France et du processus successoral. Malgré une composition surchargée, l’artiste parvient à embrasser tous les aspects de cette cérémonie publique : des lieux porteurs de symboles ancestraux, les grands du royaume qui accompagnent le nouveau souverain et la foule qui marque sa fidélité au pouvoir à travers des acclamations.

Né en 1663 et mort en 1742, le peintre Pierre-Denis Martin, est l’élève de Parrocel et Van der Meulen. Il devient Peintre ordinaire et pensionnaire du roy et de Sa Majesté. À ce titre, il reçoit des commandes émanant de la Cour et représente les événements officiels, comme la série qu’il consacre au Sacre de Louis XV ou le lit de justice inaugural représenté ici plus de vingt ans après sa tenue. Cette toile exposée au château de Versailles provient de la collection personnelle du roi. Elle est présentée en 1737 dans la galerie d’Apollon du Louvre et réglée en 1738 pour la somme de 3 000 livres. Une copie est conservée au Musée Carnavalet, avec également une déclinaison gravée qui témoigne de l’envergure de l’événement.

Analyse des images

La foule des grands jours

Le jeune Louis XV, est au cœur de la toile et de toutes les attentions. Il est entouré par les ducs et pairs du royaume, dont les costumes noirs laissent apparaître les rubans rouges et bleus des ordres royaux de Saint-Louis et du Saint-Esprit. Ce tableau permet d’étudier le plan du palais avant le terrible incendie de 1776. L’artiste capte la scène depuis la porte de la rue Sainte-Anne, du côté de la cour du May et de la façade sud de la Sainte-Chapelle. La chambre des comptes se trouve sur la gauche, avec son escalier dédié. Sur la droite, on aperçoit le chevet de l’ancienne chapelle Saint-Michel et la porte qui ouvrait sur la rue de la Barillerie. De nombreuses boutiques se répartissent en contrebas des bâtiments, notamment sur le pourtour de la Sainte-Chapelle.

L’horloge indique pratiquement cinq heures de l’après-midi. Le cortège officiel vient de descendre l’escalier construit par Charles VIII qui rejoint la longue salle des Merciers, puis la grande salle du Palais et enfin la Grand-Chambre du Parlement, où toutes les chambres s’assemblent lors des lits de justice pour marquer leur soumission au souverain. Bâton au clair, les gardes de la Maison militaire du roi peinent à contenir la foule qui guette la sortie du souverain depuis des heures. Les badauds se pressent dans la cour du Parlement, aux fenêtres, aux balcons et même sur les toits ! Les cochers cherchent à se frayer un chemin à travers la foule encadrée par les rangées de gardes suisses aux habits rouges et les gardes françaises aux habits bleus.

Interprétation

L’enfant-roi

Ce tableau évoque l’histoire d’une journée singulière articulée autour de moments-clés. Arrivé de Vincennes où il séjourne depuis le 7 septembre, moins d’une semaine après la mort du Roi-Soleil, le jeune Louis XV reçoit d’abord les clés de la ville de Paris. Vers trois heures de l’après-midi, il rejoint le parlement de Paris sur l’île de la Cité, où il vénère les reliques de la Vraie Croix dans la Sainte-Chapelle. Si la succession royale est instantanée, le lit de justice inaugural participe aux grands rituels monarchiques qui rythment la vie du royaume et participent à la légitimation du pouvoir. À ce titre, le tableau de Martin doit être mis en regard avec celui de Louis-Michel Dumesnil qui décrit la configuration du lit de justice.

Désormais, Louis XV incarne le renouveau de la monarchie et une vague d’espoirs. Il est porté en triomphe devant la foule par les deux nobles affectés à sa surveillance tout au long de la journée : le prince Charles de Lorraine, Grand écuyer de France et le duc de Tresmes, premier gentilhomme de la Chambre. Seulement âgé de cinq ans, il ne règne pas de manière personnelle, mais par l’entremise du Régent Philippe d’Orléans, officiellement installé le 2 septembre par ces Messieurs du parlement de Paris, des officiers puissants, qui s’érigent plus tard en contre-pouvoir face aux manifestations de l’absolutisme royal.

Pour citer cet article
Stéphane BLOND, « Départ de Louis XV après le lit de justice », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Avril 2018. URL : http://www.histoire-image.org/fr/etudes/depart-louis-xv-apres-lit-justice
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