• Opération Dynamo : l'attente des soldats
    Embarquement des troupes françaises et britanniques pour l'Angleterre, opération Dynamo. Prise de vue entre 27 mai et le 4 juin 1940. Bataille de Dunkerque (21 mai au 4 juin 1940).

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  • Embarquement des troupes pour l'Angleterre, opération Dynamo
    Embarquement des troupes françaises et britanniques pour l'Angleterre, opération Dynamo. Prise de vue entre 27 mai et le 4 juin 1940. Bataille de Dunkerque (21 mai au 4 juin 1940).

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  • Soldats français embarqués à bord du Brancelas
    Soldats français embarqués à bord du Brancelas. Lors de l'évacuation des troupes françaises et britanniques pour l'Angleterre (opération Dynamo) ; prise de vue entre 27 mai et le 4 juin 1940. Bataille de Dunkerque (21 mai au 4 juin 1940).

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Dunkerque : l’évacuation des soldats

Date de publication : Mars 2018

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Contexte historique

Les images d’une gigantesque retraite

Du 20 mai au 3 juin 1940 se déroule la bataille de Dunkerque. Dépassées et défaites par les forces allemandes, les troupes alliées se trouvent bientôt encerclées de la Manche à Dunkerque et sans échappatoire. Pour les britanniques, il s’agit alors d’organiser dans l’urgence la retraite de plusieurs centaines de milliers d’hommes au Royaume-Uni, en assurant la protection terrestre et aérienne de la zone où les réembarquements ont lieu.

Le 26 mai 1940, l’armée britannique ordonne unilatéralement l’évacuation des troupes. Du 27 mai au 4 juin « l’Opération Dynamo » est organisée et sous la menace de plus en plus pressante de l’ennemi. Elle se conclut par l’évacuation inespérée de près de 340 000 soldats (dont environ 200 000 Britanniques et 140 000 Français) à partir du port et des plages de la ville. 35 000 soldats français sont néanmoins faits prisonniers.

Il existe de très nombreuses photographies de cet épisode militaire majeur de la Seconde Guerre Mondiale. Prises du côté des vainqueurs, bien sûr, qui les ont largement diffusées à des fins de propagande. Mais  également de celui des vaincus, qui filment et photographient leur propre déroute. Ainsi, les trois clichés Embarquement des troupes, opération Dynamo et Soldats français embarqués à bord du Brancelas offrent-ils un aperçu saisissant de ces diverses opérations d’évacuation, permettant de mieux saisir le déroulement de cette gigantesque retraite.

Dépassant leur première fonction documentaire, les images du « miracle de Dunkerque » sont bientôt utilisées pour exalter l’héroïsme national, entre prise de conscience du péril imminent et appel à la résistance sacrificielle. Alors que l’Opération Dynamo devient « une Victoire dans la Défaite », elles illustrent la résilience exemplaire de toute une Nation, ravivant l’orgueil (blessé) des britanniques. Parmi tant d’autres, ces images participent donc d’un récit à la fois quasi-mythologique et performatif, voué par ailleurs à la postérité littéraire et cinématographique.

Analyse des images

Des plages aux bateaux : des hommes.

Ces images ont été prises par des membres des armées britanniques et françaises entre le 26 mai et le 4 juin. Au cœur de l’événement, leurs auteurs connaissent vraisemblablement la même expérience que ceux qu’ils photographient, livrant un témoignage de l’intérieur.

Le premier des deux clichés intitulé Embarquement des troupes montre des rangs de soldats qui attendent leur évacuation sur les plages de Dunkerque. Positionné en hauteur sur une dune, le photographe peut proposer un plan très large. Si l’image suggère bien le nombre important d’hommes, elle présente ces derniers au sein d’une immense étendue de sable et de mer que l’on imagine battue par les vents, un vaste horizon désert qui semble infini, presque poétique. Leur présence (à droite) est ainsi réduite à quelques figures sombres, géométriques ou plus serpentines, qui se détachent sur fond blanc. On distingue pourtant quelques silhouettes au premier plan ou celles, plus au loin, de ceux veillent au bon déroulement de l’opération.

Le second cliché nommé, opération Dynamo est pris à bord d’un navire que rejoint à pied une colonne de soldats. À partir de la ville (une rue et quelques bâtiments sont visibles en arrière plan) puis de la plage, ils s’enfoncent progressivement dans l’eau, pour finir par nager quelques mètres avant de monter à bord. Enfin, sur Soldats français embarqués à bord du Brancelas, le plan se fait plus serré, qui montre des soldats français reconnaissables à leurs uniformes (mais aussi quelques britanniques voire deux ou trois marins civils) embarquer sur le Brancelas à partir d’une barque. Sur le bateau les hommes sont massés, chaque coin d’espace est occupé.

Interprétation

Une « Victoire dans la défaite »

Ces trois clichés offrent un éclairage intéressant sur les conditions pratiques et la réalisation concrète des opérations.

Soldats français embarqués à bord du Brancelas permet de rappeler que bon nombre de soldats français ont pu fuir en Angleterre au cours de l’Opération Dynamo. Alors que le plan d’évacuation initial prévoyait uniquement le sauvetage des 45 000 hommes du Corps expéditionnaire britannique en deux jours (considérant qu’ensuite il serait impossible de poursuivre l’opération), seuls 25 000 soldats avaient été rapatriés le 28 mai au soir. C’est seulement ensuite que se produit « le miracle de Dunkerque ». Du 29 mai au 1er juin, près de 230 000 hommes sont évacués, dont les premiers soldats français, puis encore environ 80 000 du 2 au 4 juin. Au vu de ces chiffres impressionnants, on comprend donc que chaque navire soit intégralement rempli, comme le montre bien Soldats français embarqués à bord du Brancelas.

Un grand nombre de soldats ont pu s’embraquer à partir de la digue de protection du port sur 42 destroyers britanniques ou d’autres grands bâtiments stationnés en eau profonde. Mais Embarquement des troupes françaises et britanniques, opération Dynamo témoigne du fait que beaucoup d'autres sont partis à pied des plages, nageant vers des bateaux plus légers à faible fond qui les attendaient non loin.

Lors de l’opération, près de 700 bateaux dont des ferries, des chalutiers, des remorqueurs, des péniches, des yachts et d'autres embarcations privées encore plus modestes sont mobilisés. Ces « little ships » venus des côtes anglaises firent la légende de l’Opération Dynamo et servirent d’ailleurs beaucoup plus souvent à acheminer les hommes vers de plus gros navires qu’à les ramener directement en Angleterre.

Quant au premier cliché Embarquement des troupes françaises et britanniques, opération Dynamo, il indique que la retraite s’est organisée d’une manière relativement disciplinée. Certes, il s’agit d’abord d’une image de défaite où les soldats paraissent échoués en cette grande étendue, comme livrés à l’incertitude inquiétante d’un horizon brumeux. Mais les files sont assez régulières, bien encadrées. Stoïques comme sur les deux autres images, les hommes et leurs chefs ne cèdent pas à la panique, garantissant le succès (inattendu) de l’Opération et annonçant peut-être déjà des lendemains victorieux.  

Bibliographie

AZEMA, Jean-Pierre, De Munich à la Libération, 1938-1944, Éditions du Seuil, Paris, 1979.

AZEMA, Jean-Pierre, « 1939-1940, l'année terrible. Dunkerque : sortir de la nasse, Le Monde du 27 juillet 1989.

DIVINE, David, les 9 jours de Dunkerque, traduit de l'anglais par Daniel Mauroc, Collection "l'Heure H", Calmann-Lévy, Paris, 1964.

HOLMES, Richard, Dunkirk evacuation, Oxford University Press, coll. « The Oxford Companion to Military History », New York, 2001.

TAYLOR, A.J.P, English History 1914–1945, coll. « Oxford History of England », Londres, Oxford, 1965.

Films :

WRIGHT, Joe, Les heures sombres, film de 2017.

NOLAN, Christopher, Dunkerque, film de 2017.

NORMAN, Leslie,  Dunkerque, film de 1958.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « Dunkerque : l’évacuation des soldats », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Mai 2018. URL : http://www.histoire-image.org/fr/etudes/dunkerque-evacuation-soldats
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