Alger, « capitale » de la France Libre

Date de publication : Mai 2014

Partager sur:

Contexte historique

Séance inaugurale de l’Assemblée consultative provisoire d’Alger

Le 8 novembre 1942, l’opération Torch (nom de code du débarquement Allié en Afrique du Nord) permet la libération progressive de l’Algérie et du Maroc. Après une période de transition où l’Afrique française du Nord reste partiellement soumise au régime de Vichy, la création du Comité français de Libération nationale (CFLN) du 3 juin 1943 entérine la fusion des deux autorités françaises engagées du côté Allié : le Comité français national de Londres dirigé par le général de Gaulle (chef de la France Libre) et le Commandement en chef civil et militaire d’Alger, dirigé par le général Giraud.

Organisme gouvernemental (dirigé d’abord par les deux hommes puis de facto par le seul de Gaulle à partir d’octobre 1943), le CFLN créée par l’ordonnance du 17 septembre 1943 une Assemblée consultative provisoire. Placée sous l’autorité du CFLN, ce parlement de la résistance doit « représenter les mouvements résistants, les partis politiques et les territoires engagés dans la guerre au côté des Alliés » en rendant des avis sur les décisions du CFLN.

Représentée par Alger, capitale provisoire de la France, la séance inaugurale de cette Assemblée se tient au palais Carnot d’Alger le 3 novembre 1943. A l’instar des nombreuses images mondialement diffusées de cet événement à la fois politique et hautement symbolique, une telle photographie comporte de nombreuses significations, lourdes de conséquences sur les consciences et les représentations de l’époque.

Analyse des images

De Gaulle au centre

Photographie de reportage destinée aux actualités (la séance est aussi filmée), Alger, capitale provisoire de la France nous montre le un moment du discours que de Gaulle, en tant que président du CFLN, fait au début de cette séance inaugurale.

Placé parmi les membres de l’Assemblée (que l’on découvre au premier plan de dos) et assez près de la tribune, le photographe a choisi de cadrer le général au centre de l’image. C’est d’ailleurs une succession verticale de trois éléments qui construit symboliquement et visuellement la photographie : le buste de Marianne qui se détache sur un grand drapeau tricolore couvrant tout le mur du fond ; le socle sur lequel il est posé, qui comporte les sigles RF et la croix de Lorraine ; De Gaulle lui-même, en uniforme, les mains sur le pupitre et s’exprimant aux micros. Dans la suite de cet axe structurant, deux secrétaires de séance prennent des notes de manière presque mimétique, qui semblent poursuivre cette ligne et la diffuser, horizontale maintenant, dans l’Assemblée.

Deux rangées se dessinent face aux « députés », tout en se poursuivant sur les côtés. Elles sont constituées essentiellement de militaires : marine, armée de terre et de l’air (d’Afrique du Nord et de la France Libre). Les femmes (plutôt dans la rangée du bas) et les hommes (en haut) sont ici tous en uniformes et sont placés selon leur arme et leur troupe (regroupés en haut, alternés pour les femmes). Deux membres du CFLN sont par ailleurs assis à des bureaux placés juste derrière l’orateur.

Interprétation

Le retour de la République

Alger, capitale provisoire de la France représente d’abord le retour de la République française. Proscrite (de fait et au moins partiellement) du Régime de Vichy qui lui préférait d’autres emblèmes, Marianne surplombe à nouveau l’Assemblée et donc le pays de son autorité. De même, la mention RF (République Française), qui la suit et la répète dans l’ordre vertical.

La croix de Lorraine, signe de la France Libre s’inscrit elle aussi dans cette « lignée » symbolique et politique. S’il ne s’agit pas ici de la République à proprement parler, l’image suggère pourtant une sorte de continuité et de lien constitutif entre les deux entités. Certes, la première reste la référence première, au-dessus, mais elle se conjugue désormais à la seconde.

Une croix de Lorraine qui, elle-même, se continue dans l’homme qui, à proprement parler, l’incarne. De Gaulle, dont le haut du corps la recouvre en partie, donnant l’impression de fusionner avec elle. Depuis peu unique président du CFLN et ayant enfin réalisé l’unité sous son commandement, le général apparaît alors aux yeux de tous comme celui qui représente et exprime la France, définie par cette ligne Marianne - RF - Croix de Lorraine - de Gaulle.

Les militaires victorieux et les députés constituent aussi cette France retrouvée, rassemblée et réalisée. En effet, et même s’ils ne sont pas élus, les membres de l’Assemblée (qui est à ce titre provisoire) se sont illustrés, selon Crémieux-Brilhac « en s'opposant à l'ennemi et au régime de Vichy. Des délégués des mouvements de résistance et des centrales syndicales reconstituées dans la clandestinité sur le sol national, des parlementaires de 1939 n'ayant pas souscrit le 10 juillet 1940 à l'abdication de la République, des représentants des comités de la France libre à travers le monde ou des combattants volontaires toujours en uniforme des Forces françaises libres » composent cette scène où la France résistante et le chef que celle-ci se reconnaît désormais sont exposés.

Bibliographie

AZEMA, Jean-Pierre, De Munich à la Libération, 1938-1944, Paris, Éditions du Seuil, 1979.
CREMIEUX-BRILHAC, Jean-Louis, La France libre, Paris, Gallimard, 1996.
DANAN, Yves Maxime, La vie politique à Alger de 1940 à 1944, Paris, L.G.D.J., 1963.
DE GAULLE, Charles, Mémoires de guerre – L'Unité : 1942-1944 (tome II), Paris, Plon, 1956.
LEVISSE-TOUZE, Christine, L'Afrique du Nord dans la guerre, 1939-1945, Paris, Albin Michel, 1998.
MARCOT, François [dir.], Dictionnaire historique de la Résistance.
Résistance intérieure et France libre
, Paris, Robert Laffont (coll. Bouquins), 2006.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « Alger, « capitale » de la France Libre », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/alger-capitale-france-libre?i=1341
Commentaires